Le Premier ministre
15665
Monsieur Pierre Mauroy
Ancien Premier ministre
Sénateur-maire de Lille
Hôtel de Ville
59000 Lille
Paris, le 13 Octobre 1999
Monsieur le Premier ministre, cher ami,
Les lois de décentralisation, présentées par Gaston Deferre au
nom du Gouvernement que vous dirigiez, ont fait franchir des étapes décisives
à notre pays.
Elles ont créé de nouveaux foyers de responsabilité et favorisé la libération des initiatives. Les collectivités locales sont devenues des
acteurs majeurs de la vie économique, sociale et culturelle. Avec elles,
l’action publique s’est enrichie et la démocratie a progressé.
La loi relative à l’aménagement et au développement durable
du territoire, préparée par Mme Dominique Voynet, ministre de l’aménagement
du territoire, et de l’environnement, la loi relative au renforcement
de la coopération intercommunale présentée par M. Jean-Pierre Chevènement,
ministre de l’intérieur et le projet de loi relatif aux interventions économiques des collectivités locales, élaboré par M. Émile Zuccarelli,
ministre de la fonction publique, de la réforme de l’État et de la décentralisation,
offriront de nouveaux outils pour la décentralisation.
La Nation doit relever des défis qui concernent autant les collectivités
locales que l’État : le chômage, la crise urbaine, la fragilité du
monde rural. Dans ce contexte, des interrogations s’expriment concernant
la décentralisation.
Les responsables élus s’interrogent sur leur mission, du fait de
la complexité croissante de l’exercice de leurs fonctions, d’un certain
enchevêtrement des compétences et d’incertitudes sur l’étendue de leur
responsabilité, plus souvent mise en cause.
Nos concitoyens manifestent une exigence croissante pour la
qualité et la proximité des services qui leur sont rendus et pour la transparence
des décisions prises en leur nom.
Il paraît donc nécessaire de débattre des perspectives nouvelles
d’évolution de la décentralisation. Je connais la grande diversité des
opinions sur ce sujet. Aussi m’a-t-il semblé de bonne méthode de confronter
les points de vue.
J’ai donc décidé d’instituer une commission pluraliste chargée
de formuler des propositions sur l’avenir de la décentralisation et je souhaite
vous en confier la présidence.
Les travaux de la commission pourraient comporter, en premier
lieu, un bilan de la décentralisation réalisée par les lois de 1982 et
1983 et les nombreux textes qui ont suivi. Ils pourraient ensuite conduire à tracer de nouvelles perspectives.
De nouvelles étapes peuvent en effet être franchies afin que la
décentralisation soit plus légitime, plus efficace et plus solidaire.
Une plus large ouverture des mandats locaux à l’ensemble des
catégories sociales, une participation accrue des citoyens à la démocratie
locale, une plus grande responsabilité en matière fiscale des collectivités
locales peuvent mieux ancrer la démocratie locale dans l’esprit de nos
concitoyens.
La clarification des actions contractuelles et des relations
entre l’État et les collectivités territoriales, le renforcement des coopérations,
la mobilisation des moyens financiers pour les investissements à long terme, seraient de nature à rendre leur action plus efficace.
Enfin, l’exigence de la solidarité nationale rend davantage
nécessaires les actions correctrices et les mécanismes de péréquation,
pour éviter que la décentralisation ne conduise à un développement inégal
des territoires.
Je demande aux membres du Gouvernement de donner toutes
instructions aux administrations placées sous leur autorité de contribuer,
selon les demandes que vous leur adresserez, aux travaux de la commission.
Je souhaiterais disposer des conclusions générales de vos travaux
dès que vous l’estimerez possible dans le courant de l’année 2000.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression
de ma considération distinguée.
Avec mon amitié,
Lionel JOSPIN