Synthèse
Rapport
au Premier ministre sur l'attractivité du territoire français
Michel
Charzat
Juillet
2001
RESUME
DU RAPPORT
Conformément à la mission qui nous avait été confiée
par le Premier ministre, nous
avons tenté de formuler des propositions pour accroître l'attractivité
du territoire français, et
contribuer à en faire un lieu privilégié de création
d'emplois et de richesses.
Les divers travaux déjà réalisés sur ce sujet -
notamment le rapport de Frédéric
Lavenir sur « L'entreprise et l'Hexagone » - et surtout
les nombreuses personnalités
rencontrées du monde économique, syndical, universitaire,
politique nous ont permis
d'aboutir à un diagnostic clair. Loin de tout alarmisme déplacé,
mais aussi de toute
autosatisfaction, nous constatons que la France a des atouts reconnus
le territoire français, la
qualité des hommes et des femmes, la qualité de vie mais
aussi des faiblesses : une fiscalité
jugée dissuasive, un environnement juridique et social considéré
comme peu propice aux
affaires. Elle a su, jusqu'à présent, tirer parti de ces
atouts : le retour, depuis 1997, à une
croissance supérieure à la moyenne européenne, en est la
meilleure preuve.
Mais des échéances nouvelles l'avènement de
l'euro, l'élargissement de l'Union
européenne viennent sans cesse rebattre les cartes et font que,
dans un monde de plus en
plus mobile, aucune position n'est acquise pour longtemps. Il convient
donc, à notre sens, de
poursuivre le travail engagé depuis 1997 pour encourager l'innovation
et la recherche, alléger
la charge fiscale pesant sur l'emploi et sur l'investissement, redonner
sa vitalité au dialogue
social. Mieux : il faut donner à ce travail une nouvelle dimension, par
une véritable
mobilisation de la société française. Mobilisation dans
le cadre européen certes, qui est
désormais le prolongement nécessaire de la France et de son influence
dans le monde. Mais
mobilisation qui implique avant tout pour la France de répondre à
ces questions depuis trop
longtemps en suspens : comment rendre l'action publique plus efficace ?
Comment mettre en
place un nouveau contrat social entre des partenaires sociaux puissants et responsables
? Le
succès de la stratégie de compétitivité que nous
préconisons au service de la voie française
sera, en définitive, lié à ces postulats.
En tout état de cause, cette stratégie doit s'articuler,
à notre sens, autour de deux idées
essentielles : renforcer la vocation mondiale de la France d'une part,
consolider
l'enracinement national de nos entreprises d'autre part.
Renforcer la vocation mondiale de la France, cela signifie en faire un lieu
d'accueil
attractif pour les investisseurs étrangers à la recherche d'une
implantation durable, créatrice
d'emplois et de richesses.
A cette fin, il faut savoir améliorer notre image et la promouvoir. Cela
passe par
une stratégie de communication plus active auprès des investisseurs,
à même de combler le
décalage entre la France réelle, la 4 ème puissance économique
mondiale, le promoteur
d'Airbus et de la fusée Ariane, et la France imaginée ou
ressentie par les investisseurs
étrangers, celle de la baguette, du béret et de l'administration
selon Courteline. Cela passe par
des efforts pour faciliter la vie des étrangers qui s'installent
chez nous pendant quelques
années pour raisons professionnelles ou d'études, les «
impatriés », en simplifiant les
formalités administratives et en leur donnant un interlocuteur unique,
qui parle leur langue ou
à défaut l'anglais. Cela passe enfin par un accroissement
des échanges internationaux, pour
faire en sorte que la nouvelle génération des « décideurs
» étrangers conserve une certaine
sympathie pour la France et pour sa culture : créer en France de véritables
« Villa Médicis »
pour la recherche ou l'innovation, le luxe, la mode ou le management, où
les élites
internationales pourraient venir se familiariser à la culture et à
l'excellence françaises ;
maintenir par des opérations de prestige des réseaux d'influence
et de communication
internationaux ; favoriser l'accueil des étudiants étrangers
en France.
Au-delà de notre image, il faut savoir renforcer les atouts, qui nous
permettent à
l'heure actuelle de faire venir les étrangers et de mobiliser les
capitaux. C'est d'autant plus
vrai quand ces atouts sont menacés, comme c'est le cas dans le domaine
de la recherche et
de l'innovation. Face à la domination américaine dans les
hautes technologies, seule une
action volontariste, aussi bien à l'échelle européenne
qu'à l'échelle française, peut nous
éviter d'être définitivement distancés. Cela
implique d'accroître les financements européens
pour la recherche, de relancer les programmes de coopération et de mettre
enfin en place un
vrai brevet communautaire, peu coûteux. Cela implique également,
à l'échelle nationale, de
réactiver la politique de recherche sous l'égide du ministère
de la défense, prenant en cela
exemple sur le rôle de diffusion des technologies joué par la défense
aux Etats-Unis la
Silicon Valley et la route 128 sont les filles naturelles du Pentagone. Il convient
enfin de
promouvoir la recherche industrielle, par les financements budgétaires,
par une extension
du dispositif unanimement apprécié du crédit d'impôt
recherche (CIR) et last but not least
en poursuivant le travail de rapprochement entre le monde productif et
la recherche
publique, entamé par la loi Allègre sur l'innovation. En
matière de financement de
l'innovation justement, beaucoup a déjà été
fait depuis 1997. Nous proposons d'aller plus loin
pour drainer l'investissement vers les entreprises de croissance, améliorer
les dispositifs
fiscaux favorables à l'amorçage et renforcer les outils de
motivation destinés aux salariés
(élargissement du régime des bons de souscription de parts de
créateurs d'entreprise BSPCE
- aux entreprises cotées depuis moins de cinq ans sur un marché
d'entreprises innovantes et
abaissement du capital minimum requis pour une société par actions
simplifiée SAS - de
250 000 F à 50 000 F).
Un deuxième atout à renforcer, c'est notre système
de formation. Les filières de
formation initiale scientifiques et technologiques sont unanimement appréciées,
et la
présence d'IUT, de BTS, d'écoles d'ingénieurs
ou d'une université scientifique réputée est
souvent un argument majeur dans les choix de localisation. Cet argument ne conservera
toute
sa valeur que si les formations dispensées restent en prise avec les
besoins du monde
économique, ce qui implique notamment de les ouvrir encore davantage
sur
l'international. Il faut également faire en sorte que les filières
scientifiques et
technologiques gardent leur attractivité auprès des jeunes, dans
un contexte mondial où la
France, grâce au prestige attaché aux formations scientifiques
et mathématiques, souffre
plutôt moins de la pénurie d'ingénieurs et de scientifiques
que d'autres pays du monde. Mais
la formation initiale ne suffit pas à garantir une main-d'oeuvre
de qualité : d'où l'importance
cruciale attachée à la réussite du nouveau dispositif de
validation des acquis de l'expérience,
et la proposition que nous formulons d'un « passeport formation »,
qui garantirait le droit
individuel à la formation continue.
Il ne suffit pas de renforcer nos atouts, il faut aussi s'attaquer résolument
aux
faiblesses qui nuisent à notre attractivité auprès des
investisseurs étrangers. La première,
vivement ressentie par des investisseurs étrangers pour lesquels l'accord
des parties est une
chose sacrée, est l'insécurité juridique qu'ils
reprochent à la France, notamment sur le plan
fiscal et social. A cette fin, la mission propose de mieux faire connaître
les dispositifs existant
en France dans le domaine fiscal système du « rescrit »
notamment en leur accordant une
publicité accrue. S'agissant du domaine social, donner davantage
de place à l'accord des
partenaires sociaux par rapport à la loi est une oeuvre de longue haleine,
qui renvoie au
nouveau contrat social que nous appelons de nos voeux. Des premiers pas peuvent
aider à
amorcer le mouvement : donner aux partenaires sociaux pleine compétence
pour définir
l'étendue réelle de la notion de « cadre dirigeant
» selon la loi Aubry relative aux 35 heures ;
rendre obligatoire l'intervention d'un médiateur avant tout
recours judiciaire, en
élargissant ainsi à l'ensemble des conflits collectifs le
dispositif proposé par la loi de
modernisation sociale pour les seuls projets de restructuration.
Une deuxième faiblesse souvent dénoncée tient non à
notre cadre juridique mais à nos
pratiques administratives, trop complexes. A cet égard, le chantier de
la simplification doit
être repris ; l'Etat peut notamment s'employer à faciliter
la création des entreprises et à alléger
les problèmes de trésorerie des PME, en améliorant les
délais de paiement de l'Etat et des
acheteurs publics et surtout en raccourcissant les délais de remboursement
des crédits de
TVA pour cette population.
Consolider l'enracinement national de nos entreprises est le nécessaire
corollaire de
cette stratégie d'attractivité : il faut garder en France
les centres de décision, les implantations
stratégiques, les emplois hautement qualifiés que génèrent
les grands groupes d'origine
française qui « tiennent leur rang » dans la compétition
internationale. L'histoire ou
l'attachement sentimental n'y suffiront pas : il faut donner à
ces groupes ou aux grands
groupes de demain, qui naissent dans les secteurs de haute technologie
des raisons de
conserver en France leur « centre de gravité ». Ce n'est
pas une simple question d'amour-propre
cocardier : c'est la meilleure garantie que ces groupes, et ceux qui les
dirigent,
garderont, dans une économie mondialisée, une sensibilité
aux valeurs justice sociale,
cohésion, exception culturelle française que nous entendons
promouvoir.
Un premier impératif pour faire en sorte que ces groupes internationaux
restent à base
française est de leur fournir un cadre fiscal adapté à
leur développement. A cet égard, il
convient, à court terme, de réduire le coût fiscal des rapprochements
d'entreprises,
appelés à se multiplier avec le passage effectif à l'euro
(ouverture sur option du bénéfice du
régime fiscal des fusions aux opérations de dissolution-confusion
selon l'article 1844-5 du
code civil, fin des restrictions subsistant dans le cadre des opérations
d'apport partiel d'actifs
selon l'article 210B du CGI, neutralité du régime fiscal
des opérations de scission et
simplification du régime des apports de participations correspondant
à des branches complètes
d'activités). A moyen terme, on ne pourra faire l'économie
d'une réflexion sur le niveau
d'imposition global des entreprises, dans un contexte européen et
international radicalement
modifié par la réforme fiscale allemande. Il s'agira, ainsi,
de réfléchir sur la mise à niveau de
l'impôt sur les sociétés ; de réformer le régime
fiscal des distributions, reposant sur la
combinaison de l'avoir fiscal et du précompte, conçu dans
les années soixante et
profondément inadapté à des groupes français qui
ont acquis une envergure internationale.
Cela implique également de réfléchir sur le maintien de
l'imposition des plus-values sur
les titres de participation, où le basculement de l'Allemagne vers
l'exonération, qui devrait
être suivi à terme de l'Italie et du Royaume-Uni, a fait passer
la France dans le camp
minoritaire en Europe, huit et peut-être bientôt dix
pays sur quinze exonérant ces plus-values.
Il s'agira enfin de porter à son terme la réforme de la taxe
professionnelle qui, si
elle ne pénalise plus directement l'emploi, frappe toujours lourdement
les investissements des
entreprises.
Parmi ces problématiques de fiscalité des entreprises, une importance
particulière doit
être dévolue aux questions liées à la place financière
de Paris. Celle-ci joue en effet un rôle
structurant, au service du financement de l'économie nationale,
de l'innovation : l'essor
du capital-risque et du capital-investissement est pour beaucoup dans le dynamisme
français
retrouvé de ces dernières années. Or le risque d'affaiblissement
de la place financière de
Paris, face à Londres et même, au sein de la zone euro, devant
l'ascension de Francfort, n'est
pas négligeable. Il rendrait plus difficile le financement de nos entreprises,
de notre
croissance ; il aboutirait à ce que ce soit essentiellement des analystes
financiers et des
gestionnaires étrangers qui évaluent nos entreprises, et les jugent
en fonction de leurs critères
propres. Il entamerait aussi le dynamisme d'un secteur important pour Paris
et sa
région, générateur d'emplois hautement qualifiés
(mais aussi d'emplois administratifs de
support et de « back office »), de rentrées fiscales et d'une
partie du rayonnement
international d'une grande métropole. Les acteurs de la place financière
de Paris ont su se
fédérer, avec les collectivités locales, au sein de l'association
Paris Europlace, et impulser un
certain nombre d'actions pour accroître le rayonnement de cette place.
Nous proposons que
les pouvoirs publics accompagnent cette stratégie de renouveau. Au-delà
d'une mesure
technique (harmonisation du régime de TVA applicable aux FCP et aux SICAV),
deux
mesures essentielles pourraient être envisagées : la suppression
ou a minima la
déductibilité de la contribution des institutions financières
; la suppression du taux
marginal de la taxe sur les salaires. Cette deuxième mesure bénéficierait
également à tout le
secteur hospitalier et associatif ; son coût élevé rendrait
toutefois indispensable un étalement
sur plusieurs années.
Un deuxième impératif tient à la fiscalité des personnes,
celle qui touche les
patrimoines et les revenus.
S'agissant de la fiscalité des personnes, les entreprises implanteront
leurs centres
stratégiques recherche et développement, « design
», fonctions administratives de haut
niveau là où elles seront certaines de trouver ou
de pouvoir faire venir le personnel
de grande qualité dont elles ont besoin : scientifiques, créateurs,
managers, analystes
financiers
Or la combinaison de la fiscalité des revenus et des
cotisations sociales (ce qu'on
dénomme le « coin fiscalo-social ») rend extrêmement
difficile d'assurer à ces experts le
niveau de rémunération nette auxquels ils peuvent prétendre.
Pourquoi une entreprise
garderait-elle en France un centre mondial de recherche contre le cancer, où
ont vocation
à se retrouver les meilleurs spécialistes de la discipline recrutés
à travers le monde, s'il lui
coûte à peu près deux fois moins cher, à niveau de
rémunération après impôt égal, d'implanter
ce centre au Royaume-Uni ou en Belgique ? Certes, le niveau de prélèvements
obligatoires à
une justification financer un système de protection sociale et
des services collectifs
(éducation, santé, transports
) de qualité. La plupart
des pays européens ont pris la mesure
de ce problème, et neuf d'entre eux sur quinze (les seules exceptions
étant, outre la France,
l'Allemagne et les pays méditerranéens) ont d'ores et
déjà mis en place des régimes
spécifiques pour faciliter l'accueil ou le retour
des spécialistes dont ils ont besoin pour
leur croissance. Dans ces conditions, il convient d'étudier un régime
spécifique pour
garantir l'attractivité de la France vis-à-vis d'une
population d'« impatriés » qui ne
bénéficie pas de son modèle social. Sur le plan social,
cela pourrait prendre la forme d'une
déductibilité des cotisations versées à des régimes
étrangers, voire d'une forfaitisation des
prélèvements sociaux sur les salaires versés à ces
« impatriés ». Sur le plan fiscal, cela
pourrait aller d'une simple extension du régime dit des «
quartiers généraux » à la mise en
place, plus ambitieuse, d'un véritable régime fiscal «
impatriés », symétrique du régime
« expatriés » bénéficiant aux salariés
français expatriés à l'étranger par leur entreprise,
impliquant l'exonération d'une « indemnité d'impatriation
», plafonnée ou non, au regard de
l'impôt sur le revenu. Par ailleurs, une réforme du barème
de l'impôt sur le revenu, y intégrant
l'abattement de 20%, aurait un effet certain en terme de lisibilité
de notre système fiscal, en
ramenant notre taux marginal apparent d'imposition (actuellement proche
de 60%, en
intégrant CSG et CRDS) à un niveau compatible avec celui affiché
par nos concurrents (de
l'ordre de 40 à 45%).
S'agissant de la fiscalité du patrimoine, l'impôt de
solidarité sur la fortune, qui
contribue à l'équilibre de notre système de redistribution,
ne doit pas pour autant générer
d'effets pervers. Il faut chercher à ce que l'impôt soit
accepté et ne soit pas perçu comme
confiscatoire. Or le refus de toute actualisation du barème depuis plusieurs
années a eu un
impact psychologique négatif. C'est pourquoi nous recommandons que,
comme pour tout
autre impôt, le barème de l'ISF fasse l'objet d'une
actualisation régulière et de revenir
sur la mesure Juppé de 1996, qui a créé une véritable
« trappe à délocalisations ».
D'autre part, les règles d'exonération de l'outil
de travail peuvent jouer à rebours de leur
objet, qui était de favoriser les entrepreneurs par rapport aux «
rentiers ». C'est pourquoi il
nous paraît utile d'étudier deux options : la suppression
de l'exonération de l'outil de
travail et le passage à un impôt à assiette large et à
taux faible, capable de taxer plus
efficacement le capital improductif, ou un élargissement des conditions
d'exonération pour
en limiter les effets pervers (abaissement du seuil de détention de 25%
à 5%, élargissement
des fonctions donnant droit à exonération
).
Un troisième impératif enfin tient à la nécessité
de faire en sorte que nos entreprises restent,
pour une part significative, détenues par des actionnaires français,
et que les fonds de
pension anglo-saxons ou les autres investisseurs institutionnels étrangers
ne soient pas
les principaux bénéficiaires des efforts d'innovation et
de productivité consentis par les
salariés français.
Cela implique trois orientations essentielles.
La première serait de réorienter l'épargne longue
vers les actions. A l'heure actuelle en
effet, la France n'est pas, globalement, en déficit d'épargne
longue, avec un taux d'épargne
global de l'ordre de 15%. Elle soutient en revanche, à grand renfort
d'argent public, des
dispositifs comme l'assurance vie ou l'épargne logement, qui
ne contribuent que
faiblement à la croissance économique. Les placements en actions
ne représentent en effet
que 25% des 693 Md€ de placements détenus par les sociétés
d'assurance françaises, alors
que les actifs obligataires en totalisent les deux tiers. Il convient, à
cette fin, que les pouvoirs
publics recherchent un aménagement des règles prudentielles et
limitent les possibilités de
sortie anticipée, afin d'obtenir un rééquilibrage
progressif en faveur des actions. S'agissant
de l'épargne logement, le coût budgétaire des primes
versées (1,473 Md€) apparaît élevé pour
une épargne qui ne bénéficie que très minoritairement
(12,3%) à son but initial, à savoir les
prêts au logement. Les PEL et autres CEL sont donc aujourd'hui davantage
un véhicule
attractif pour une épargne sans risque qu'un soutien à l'accession
à la propriété. Pour y
remédier, il serait envisageable de revenir à la vocation originelle
du PEL et du CEL,
c'est-à-dire de conditionner la prime versée à l'octroi
d'un prêt logement. Ceci
« dégonflerait la bulle » et contribuerait à orienter
l'épargne vers des usages plus productifs.
A défaut, une alternative moins cohérente intellectuellement
serait de proposer qu'une
partie de l'épargne ainsi recueillie soit obligatoirement investie
en actions par les
établissements financiers collecteurs.
La deuxième serait de continuer à promouvoir l'épargne
salariale et l'actionnariat
salarié, en accélérant la parution des décrets d'application
de la nouvelle loi sur l'épargne
salariale et en réfléchissant à la suppression du prélèvement
de 8,2% au profit du fonds de
solidarité vieillesse sur la partie des versements des entreprises dépassant
2 300€, mesure qui
risque d'avoir un effet dissuasif sur le décollage de l'ensemble
du dispositif.
La troisième, enfin, serait d'aller plus loin que la loi sur l'épargne
salariale, dans
le sens du développement de l'implication patrimoniale des salariés.
Sur la base de
l'exemple récent de l'Allemagne, et plus ancien du Québec,
on peut imaginer qu'au travers de
fonds gérés par les syndicats ou les partenaires sociaux pourra
se développer une nouvelle
forme de régulation, susceptible d'accroître l'implication
effective des salariés dans la
gestion des entreprises. Le Fonds de solidarité des Travailleurs Québécois
(FTQ), géré par
une centrale syndicale et bénéficiant, pour les versements des
salariés et des employeurs, de
divers avantages fiscaux, a ainsi pu devenir un acteur majeur de l'économie
de la « Belle
Province », avec 22 MdF d'investissements et 90 000 emplois créés
ou sauvegardés (ce qui
représenterait, à l'échelle de la France, 180 MdF
d'investissements et 800 000 emplois). Il est
en mesure de mener une stratégie de long terme, accompagnant la croissance
des petites et
moyennes entreprises et faisant la promotion de pratiques de gestion compatibles
avec les
valeurs humanistes de l'action syndicale.