Extrait Extrait
Rapport annuel du délégué aux risques majeurs. Année 2000.
Philippe VESSERON
2001
LES DIFFICULTES - LES FREINS
La mise en oeuvre de la politique de prévention appelle tout dabord une démarche interministérielle, pluridisciplinaire et élargie à lensemble des acteurs de la société civile. Mais au delà de cette complexité institutionnelle et sociétale normale, due au grand nombre dacteurs et dintérêts en jeu, plusieurs difficultés doivent être soulignées.
Premièrement, les risques naturels évoquent encore trop exclusivement les phénomènes ; les enjeux associés et leur vulnérabilité sont trop systématiquement passés sous silence. Cest particulièrement vrai dans les études de risques. Mais, au delà des études, nos concitoyens nont pas une perception claire des deux constituants du risque, laléa et la vulnérabilité, et que cest cette seconde composante qui doit être privilégiée pour laction.
Deuxièmement, lEtat éprouve parfois des difficultés à mobiliser les moyens humains nécessaire à la réalisation des tâches dont il a la charge, ce qui ralentit notamment la réalisation des plans de prévention des risques. Mais ce besoin dagents qualifiés se retrouve également quand il sagit de contrôler lintégration des PPR dans les POS, dévaluer lapplication des règlements de construction, de recenser les ouvrages de protection et de porter un diagnostic sur leur état dentretien, de donner lexemple de constructions publiques ou dinfrastructures à maîtrise douvrage de lEtat capables de résister aux phénomènes naturels.
Troisièmement, en matière dinformation et de communication, les actions et les efforts conduits sont nombreux et soutenus ; ils visent un public diversifié. Cependant les vecteurs dinformation demeurent dans beaucoup de cas très traditionnels. Les relais dinformation restent peu impliqués. Au delà des moyens, se pose la question dun meilleur partage de lapproche « risque » entre autorités et société civile et de loptimisation des contenus des messages.
Enfin, la préparation de la gestion de crise ne peut ignorer le rôle de plus en plus important joué par les entreprises et les opérateurs dans le rétablissement des conditions normales de fonctionnement. Il est dès lors important de les sensibiliser, de définir les mesures préventives possibles pour lesquelles ils sont maîtres douvrage et de les intégrer dans la planification des réponses aux crises.
PERSPECTIVES
La politique de prévention des risques naturels devra, au cours des prochaines années se fonder plus particulièrement sur quatre orientations :
* En premier lieu, la dimension internationale et la forme partenariale à léchelle nationale.
Ces deux éléments sont essentiels car générateurs de réponses mieux adaptées , déchanges dexpérience et déconomies déchelle.
* En deuxième lieu, un engagement fort de lEtat dans la politique de prévention.
La prévention est liée aux domaines de sécurité et de développement durable qui sont des politiques fortes de lEtat. Ce positionnement doit sinscrire dans un cadre pluriannuel qui permet linscription dans le temps des actions et autorise leur suivi et leur évaluation. Elle devrait également sappuyer sur une réflexion sur le financement des travaux de réduction de la vulnérabilité et sur les travaux de prévention des risques autres que le risque inondation.
Quant au suivi des actions, il sagit, pour chaque thème choisi, de montrer en quoi , sur quoi, à quel rythme et dans quel sens les évolutions se manifestent. Le suivi et lévaluation de la politique de prévention suppose un ensemble dindicateurs significatifs se référant à des critères quantitatifs et qualitatifs.
* En troisième lieu, la démocratisation de la gestion des risques.
Cet axe devient majeur : il répond à la double problématique de lattente de lindividu en matière de participation à la vie collective et de la nature de la réponse de lEtat devant des situations que la complexité caractérise. La formation évoquée antérieurement comme la transparence de linformation sur laquelle un gros investissement est fait, doivent être complétées dune communication plus forte malgré les réticences que suscite toujours la problématique des risques. Sur ce tryptique pourront se développer les véritables fondements de la culture du risque et du niveau de risque acceptable. Les acteurs de la société civile doivent devenir des partenaires essentiels de lEtat pour promouvoir la gestion du risque.
Bien sûr, le devoir dexemplarité des collectivités locales tout comme de lEtat demeure un facteur essentiel de crédibilité de la politique conduite.
* En quatrième lieu, la solidarité et la responsabilité individuelle.
Le principe de la solidarité nationale ( et internationale) est encore récent. Cet héritage est bienvenu mais il est lui-même fragile soit parce que les circonstances naturelles extrêmes seront plus fréquentes soit, et cest plus préoccupant, parce que sa gestion aura été trop « généreuse ». La solidarité nationale est nécessaire, elle doit être appliquée avec clairvoyance et rigueur pour servir au premier chef les victimes durement touchées par laccident, cest à dire lévénement que lon a pas pu prévoir ou prévenir. La responsabilité individuelle doit, en revanche, être réaffirmée dans un certain nombre de situations qui par leurs caractéristiques montrent que les dommages subis sont davantage le fait de linaction, de la négligence ou encore dune certaine démission mais non de lignorance.