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OGM et agriculture : options pour l'action publique
Bernard CHEVASSUS-AU-LOUIS
26 Septembre 2001
TROISIÈME PARTIE : OPTIONS ET STRATÉGIES
Globalisant l'ensemble des analyses précédentes, cette partie s'interroge sur
l'évolution possible d'une situation marquée par la puissance des forces
contradictoires susceptibles de l'influencer.
Une première vision possible, celle d'une banalisation progressive, peut être
défendue, voire présentée comme inéluctable. Elle conduirait à une action
publique qui, pour accompagner cette banalisation à l'européenne , se
limiterait pour l'essentiel à maintenir les outils de régulation existants et à
achever la mise en place des engagements pris en matière de transparence des
décisions et de traçabilité et d'étiquetage des produits. Cette vision apparaît
cependant reposer sur trop de conditions nécessaires pour être crédible. Elle
sous-estime notamment le caractère durable de la vigilance alimentaire des
citoyens comme du contexte d'incertitude scientifique et surestime en revanche
la capacité des PGM à corriger leur image par la seule amélioration de leurs
techniques de production.
D'où une vision d'un avenir beaucoup plus incertain, vis-à-vis duquel l'action
publique se doit de proposer une nouvelle donne. Deux options se présentent
alors.
La première est celle d'une politique qui, au-delà d'un moratoire temporaire,
afficherait une volonté d'interdiction durable des PGM. Le rapport identifie les
questions clés et les points sensibles d'une telle politique, en particulier la
définition précise du domaine d'exclusion (culture seule ou culture et
importation, PGM alimentaires ou autres) et de la notion de non-OGM
(techniques visées, obligation de moyens ou de résultats, seuils tolérés),
l'évaluation des conséquences socio-économiques globales de cette option et la
légitimation nationale et internationale de ce positionnement, point qui apparaît
sans doute le plus délicat.
La seconde, que le rapport préconise, est celle d'un investissement public fort et
proactif pour organiser une coexistence viable et acceptée des cultures OGM
et non-OGM, cette option pluraliste permettant une meilleure adaptabilité à la
diversité des situations, intérêts et contraintes et à un avenir comportant une
grande part d'aléas et d'incertitudes.
Cette stratégie proactive s'organise autour de douze recommandations. Ces
recommandations constituent des orientations stratégiques pour le long terme et
non des propositions de mesures concrètes et immédiates. Elles nécessiteront,
pour celles qui seront retenues, un important travail complémentaire sur les
plans technique ou réglementaire. Elles devront en particulier être présentées et
défendues au niveau européen et dans les instances internationales.
Cinq recommandations concernent l'accompagnement de l'innovation.
1. Définir un projet public clair et cohérent vis-à-vis des PGM et de
leurs finalités, en liaison avec une vision globale de l'avenir de notre
système alimentaire et l'inscrire dans la durée.
é. Assurer une compétence forte et crédible de la recherche publique dans
les différentes composantes de l'innovation : recherche d'amont, recherche
en appui à l'évaluation des risques et à la biovigilance mais aussi
compétences en création variétale.
3. Inventer un droit de l'innovation biologique adapté à ses
particularités techniques et culturelles, en poursuivant de manière
ouverte les réflexions sur les différentes formes de protection et de mise à
disposition des innovations.
4. Permettre une mise en oeuvre graduée et raisonnée des PGM, en
organisant des étapes intermédiaires entre expérimentations à petite échelle
et possibilité de culture sur l'ensemble de l'espace européen.
notamment à en minimiser et à en répartir les coûts de manière équitable.
Suivent quatre recommandations relatives à l'amélioration du dispositif
d'évaluation des risques.
6. Élargir le champ des innovations concernées pour considérer avec les
mêmes approches d'autres intrants de l'agriculture (produits
phytosanitaires, variétés conventionnelles ayant des propriétés similaires,
agents de lutte biologique).
7. Diversifier les critères et méthodes d'évaluation en particulier pour
prendre en compte les impacts agronomiques et socio-économiques et
intégrer des approches plus globales et systémiques.
8. Mettre en place une vigilance durable et globale pour compléter
l'évaluation a priori et suivre non seulement les aspects environnementaux
mais aussi sanitaires et socio-économiques. Pour réaliser de manière
efficace ces missions, le rapport propose la création d'un observatoire
public et permanent des PGM.
9. Introduire l'évaluation des bénéfices et l'analyse économique afin de
permettre une analyse des bilans risques/bénéfices et de mieux caractériser
les impacts économiques de ces innovations.
Enfin, les trois dernières recommandations visent à mieux répondre aux attentes
des citoyens vis-à-vis de l'orientation à donner à ces innovations.
10. Proposer aux pays du Sud un partenariat respectueux de leur
souveraineté, qui pourra concerner aussi bien le développement d'outils
d'évaluation des risques et de contrôle que de PGM adaptées à leurs
besoins.
11. Afficher une politique crédible de prise en charge des éventuels
risques de masse , montrant que face à des situations de dommages,
sans doute improbables mais dont on ne peut nier l'éventualité, où les
responsabilités seraient difficiles à établir, les citoyens ne seront pas seuls
face à l'adversité.
12. Socialiser la démarche de l'innovation en associant les citoyens non
seulement à l'évaluation finale de ces innovations mais aussi à des stades
plus précoces de leur conception et de leur développement. Liée à cette
orientation, un développement de l'éducation de tous aux sciences du vivant
apparaît indispensable.
La conclusion de ce rapport propose une ultime lecture du jeu des acteurs
impliqués dans le débat sur les PGM et de leurs stratégies possibles. Elle
envisage en particulier une extension de la controverse à d'autres aspects des
pratiques agricoles, voire un dépassement vers des débats plus globaux dans
lesquels les OGM ne focaliseraient plus l'attention.