Extrait Extrait
L'accès à la méthadone en France : bilan et recommandations
Marie-Josée AUGE-CAUMON, Jean-François BLOCH-LAINE, William LOWENSTEIN, Alain MOREL
Mars 2002
CONCLUSIONS
En six années, le système de prise en charge des usagers de drogues en France a montré sa capacité à soigner près de 100 000 personnes avec des médicaments de substitution, soit environ 60 % de la population opio-dépendante estimée. Cela est d'autant plus remarquable que la France n'avait pas de culture de substitution et notamment de culture méthadone. Cette évolution a été possible grâce à la collaboration des professionnels de
santé libéraux avec le système spécialisé, en particulier des médecins généralistes et des pharmaciens . Elle a donné des résultats spectaculaires sur les plans sanitaire, social et économique.
Il est indispensable maintenant à présent d'officialiser cette politique de santé publique, de la développer, de s'appuyer sur cette dynamique et de renforcer le maillage qui s'est constitué.
Il est urgent de rééquilibrer l'accès et le recours aux deux médicaments de substitution, actuellement pourvues de cette AMM, méthadone et buprénorphine : huit traitements par buprénorphine haut dosage pour un traitement par méthadone. Il est tout aussi urgent de réflèchir à un cadre légal pour d'autres traitements de
substitution : sulfates de morphine, derivés codéinés et opiacés injectables.
Pour conforter cette évolution dans de bonnes conditions de sécurité, et de qualité de soins et d'accompagnement médico-psychosocial, nous recommandons diverses mesures visant à un élargissement contrôlé de la primo-prescription de méthadone. Les comités départementaux de suivi de traitements de substitution devront assurer à chaque département français une garantie d'accès à la méthadone etc. Ils devront être chargés de la surveillance des mésusages, de la mise en place des mécanismes d'accréditation des
nouveaux prescripteurs et de l'évaluation de ces mesures. L'organisation à court terme d'une conférence de consensus sur les modalités de traitement de substitution est une étape indispensable pour favoriser la meilleure cohérence possible à leur développement sur un principe de qualité des soins associant l'ensemble des intervenants médico-psycho-sociaux.
L'instauration d'une journée scientifique nationale sur la méthadone, chaque année, permettra d'actualiser ces objectifs.
La création d'une Agence Nationale de Recherche (ANRA) en Addictologie chargée de l'actualisation des savoirs, de la recherche fondamentale, clinique et thérapeutique conforterait et structurerait l'évolution actuelle.
Les améliorations constatées et à venir, dans la prise en charge des patients opio-dépendants devront servir de socle à la prise en compte des complications et dépendances dues aux autres substances psychoactives, en particulier l'alcool et les psychostimulants, pour lesquelles nous ne disposons pas de traitement de substitution.