Lettre_de_mission Lettre de mission
L'Etat actionnaire et le gouvernement des entreprises publiques
René BARBIER DE LA SERRE, Alain JOLY, Jacques-Henri DAVID, Philippe ROUVILLOIS
Février 2003
LE MINISTRE DE L'ECONOMIE, DES FINANCES ET DE L'INDUSTRIE
PARIS, LE 6 NOVEMBRE 2002
Monsieur,
Les exigences accrues qui se dessinent en matière de gouvernement des entreprises du secteur privé comme les insuffisances qui ont pu être relevées dans les processus de prise de décisions stratégiques concernant certaines entreprises publiques nécessitent une forte rénovation de l'exercice par l'Etat de sa fonction d'actionnaire, en dépit des progrès qui ont pu être accomplis ces dernières années. Je vous remercie d'avoir bien voulu accepter d'animer un groupe de travail sur ce thème, auquel participeront MM. Philippe Rouvillois, Inspecteur général des Finances, Alain Joly, président du conseil de surveillance de l'Air Liquide et Jacques-Henri David, président de Deutsche Bank France. Le directeur du Trésor vous apportera son plein concours dans le cadre de cette
mission. Vous pourrez bien évidemment procéder à toutes les consultations qui vous paraitront utiles à la réalisation de vos travaux.
Les thèmes de réflexion suivants devraient être abordés :
1- L'exercice de la fonction d'actionnaire public. Je souhaiterais bénéficier de votre éclairage sur la manière dont l'Etat assume son rôle d'actionnaire. Ceci implique un jugement sur l'organisation, les compétences et les moyens mis en uvre. En outre, il serait très utile d'avoir votre avis sur les procédures de fixation des orientations stratégiques des entreprises publiques.
2- L'amélioration du fonctionnement des conseils d'administration avec l'objectif de définir précisément les engagements de l'entreprise qui doivent être autorisés par les conseils. Il sera également utile de s'interroger sur l'évolution de la composition de ces conseils et notamment sur l'intérêt d'une représentation multiple de l'Etat actionnaire. Une attention particulière pourrait être portée sur les conditions et les modalités d'un renforcement du rôle des administrateurs indépendants. Ces réflexions devront évaluer l'intérêt d'une évolution du cadre fixé par la loi relative à la démocratisation du secteur public du 26 juillet 1983. De plus, je souhaiterais bénéficier de recommandations sur le fonctionnement des comités spécialisés et plus particulièrement sur le comité d'audit.
3- La formalisation des relations entre l'actionnaire, l'administrateur et l'entreprise.
En ce domaine il convient de clarifier les droits et obligations réciproques des intervenants. L'actionnaire doit fixer plus clairement à l'administrateur, dans le cadre de son mandat, les objectifs qu'il lui assigne et lui indiquer le degré et la périodicité des informations dont il souhaite bénéficier (reporting des conseils d'administration notamment).
Parallèlement, les conditions et le champ d'un reporting très régulier de l'activité de l'entreprise à l'actionnaire (notamment via l'administrateur) seront à préciser; il est en effet indispensable que l'information de l'Etat soit sincère et de qualité afin de lui permettre d'anticiper les risques liés à l'activité de l'entreprise. Il est également important que les administrateurs disposent des moyens nécessaires pour forger leur propre analyse des
décisions qui leurs sont soumises.
La rémunération des dirigeants devrait être fixée dans des conditions transparentes, proches de celles du droit commun s'agissant plus particulièrement des entreprises intervenant en situation concurrentielle. Une évolution des règles relatives à la rémunération des personnalités qualifiées qui siègent au conseil d'administration des entreprises apparaît aussi nécessaire afin de pouvoir rémunérer de réelles compétences dont l'actionnaire souhaite bénéficier. La réflexion doit s'étendre au
renforcement de la professionnalisation des administrateurs à travers notamment une meilleure formation et une plus grande cohérence des pratiques de nominations.
Je souhaite que vos propositions de réforme me permettent de donner des orientations directement opérationnelles et différenciées en fonction des types de participation que détient l'Etat : actionnaire unique, majoritaire ou minoritaire. Dans ce but, je souhaiterais pouvoir disposer d'un rapport d'étape pour le 20 décembre prochain, et de vos conclusions définitives pour le 20 janvier prochain.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression des mes sentiments les meilleurs.
Francis MER
Monsieur René BARBIER DE LA SERRE
Compagnie Financière Edmond de Rothschild
47, rue du Faubourg Saint Honoré
75008 PARIS