Lettre_de_mission Lettre de mission
Brevet européen : les enjeux de l'accord de Londres
Georges VIANES, Frédéric CHOLE
SECRETARIAT D'ETAT A L'INDUSTRIE
Juin 2001
REPUBLIQUE FRANCAISE
MINISTERE DE L'ECONOMIE, DES FINANCES ET DE L'INDUSTRIE
Le Secrétaire d'Etat à l'Industrie
Paris, le 20 FEV. 2001
DS/632
Monsieur,
La France a lancé en juin 1999 une conférence intergouvernementale sur le brevet européen, qui avait pour objectif d'une part de réduire les coûts d'obtention des brevets européens, d'autre part d'améliorer leur sécurité juridique. Cette initiative s'inscrit plus largement dans la politique du Gouvernement en faveur de l'innovation,
dont l'accès au brevet en général et au brevet européen en particulier- n'est qu'un élément.
Concernant le brevet européen, la conférence intergouvernementale a mandaté un groupe de travail pour faire des propositions visant la réduction de 50% des coûts liés aux traductions, qui représentent le premier poste de coût d'obtention d'un brevet européen.
Un projet d'accord sur le régime linguistique des brevets européens a été présenté lors de la conférence intergouvernementale de Londres des 16 et 17 octobre 2000. Cet accord engagerait les Etats signataires à renoncer à exiger du titulaire la traduction intégrale du brevet dans leur langue nationale. Pour les déposants
français, ce projet d'accord limiterait considérablement le coût et la complexité d'un outil indispensable. Il réaffirmerait la prééminence des trois langues de l'Office Européen des Brevet (OEB), dont le français fait partie, avec l'anglais et l'allemand.
Cet accord a cependant suscité de nombreuses interrogations de la part de parlementaires et des milieux professionnels de la propriété industrielle et de la francophonie. Le Gouvernement, conscient des préoccupations ainsi soulevées, entend donc ne signer l'accord que si l'intérêt général en est parfaitement établi et s'il
suscite une large adhésion, permettant d'envisager sereinement sa ratification.
Le Gouvernement français a donc annoncé à Londres que la France ne pouvait à ce jour envisager la signature de l'accord proposé et qu'il décidait de poursuivre les consultations, en sollicitant toutes les parties intéressées : entreprises et chercheurs, inventeurs individuels, avocats, conseils en propriété industrielle, Académies,
parlementaires et élus.
Je souhaite donc vous confier une mission de concertation et de propositions relatives au régime linguistique du brevet européen, afin d'évaluer l'intérêt du projet d'accord présenté à Londres et le cas échéant d'en préciser les modalités de mise en uvre.
Le Gouvernement a arrêté en 1998, à la suite du rapport LOMBARD sur la propriété industrielle et dans le cadre de sa politique en faveur de l'innovation, des objectifs ambitieux aux plans national et européen qui visaient à :
- développer une véritable culture de propriété industrielle ; inciter les inventeurs, entreprises et chercheurs à protéger leurs inventions ;
- faciliter l'accès au brevet, notamment par la réduction des coûts, et renforcer la protection des droits ;
- favoriser le développement de la profession de conseil en propriété industrielle, dont le concours est indispensable aux entreprises et aux laboratoires de recherche ;
- développer les formations à la propriété industrielle, notamment dans les écoles d'ingénieurs ;
- développer l'utilisation du brevet comme source documentaire et outil de veille technologique.
Au regard de ces priorités, votre mission devra faire apparaître clairement les arguments de toutes les parties concernées afin que la décision finale du Gouvernement soit correctement éclairée.
Enfin, votre analyse s'inscrira dans la perspective de l'élargissement de l'organisation européenne des brevets (OEB) aux pays d'Europe centrale et orientale et dans celle de la création du brevet communautaire dont l'importance et la priorité ont été reconnues lors du dernier Sommet de Lisbonne. Votre mission pourra vous amener à rencontrer des responsables des organisations ou institutions européennes en charge de la propriété industrielle.
Dans le cadre de cette mission, vous pourrez disposer de l'aide de l'ensemble des services du Secrétariat d'Etat à l'Industrie, et plus particulièrement de la DIGITIP et de l'INPI.
Je vous serais reconnaissant de me faire parvenir vos conclusions pour la fin du mois de mai 2001. Le Gouvernement s'appuiera sur cette concertation pour arrêter sa position à l'égard de l'accord, au plus tard le 30 juin 2001.
Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de ma considération distinguée.
Christian PIERRET
Monsieur Georges VIANES
Conseiller maître
Cour des Comptes
13, rue Cambon
75001 - PARIS