La lettre de mission, adressée le 28 avril 2005 par le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales, le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale
et le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, invitait la mission à proposer des orientations
en vue de mettre en place des contrats locaux de sécurité de nouvelle génération.
En dix ans, la problématique « prévention-sécurité » a profondément évolué sous l’influence
de la loi d’orientation pour la sécurité de janvier 1995 reconnaissant le rôle des autres acteurs
de la sécurité et spécialement des maires et du lancement en octobre 1997 des contrats locaux
de sécurité (CLS). Par ailleurs, le décret et la circulaire du 17 juillet 2002 ont rationalisé les
dispositifs territoriaux de sécurité et de coopération pour la prévention de la délinquance et
confirmé le rôle de pilote du maire qui préside le nouveau conseil local de sécurité et de
prévention de la délinquance (CLSPD).
Concernant le bilan des CLS demandé par la lettre de mission, il ressort d’une enquête menée
par la cellule interministérielle d’animation et de suivi des CLS auprès de l’ensemble des
préfectures que, sur les 672 contrats locaux de sécurité signés au 1er juin 2005, un tiers n’avait
plus d’activité. Ce chiffre correspond à l’hypothèse basse formulée par la mission à l’issue de
ses entretiens et déplacements qui permettent de penser que, selon les départements, entre le
tiers et la moitié des CLS sont « dormants ».
Ce premier constat n’est pas de nature à mettre en cause l’intérêt du contrat. Il convient à cet égard de souligner tout à la fois le nombre élevé de CLS présents dans des petites et
moyennes communes qui n’en avaient pas nécessairement besoin, leur caractère parfois trop
ambitieux ainsi que le manque de suivi et d’animation de nombre d’entre eux. Pour la plupart,
les maires rencontrés par la mission défendent « l’outil CLS » du fait de « l’acte
d’engagement » des services de l’Etat qu’il matérialise à leurs yeux. Ils considèrent le CLS
comme une garantie supplémentaire de dynamisme du partenariat local.
La mission a examiné l’impact sur les CLS des dispositions du décret du 17 juillet 2002
concernant notamment le CLSPD et celui du plan dit « 25 quartiers » de juin 2004. Les
situations locales examinées par la mission n’amènent pas à une conclusion univoque : soit le
CLSPD s’est substitué au CLS avec, dans le meilleur des cas, un plan d’actions régulièrement
suivies, soit, à l’inverse, le CLS a été réactivé par la mise en place du CLSPD. La mission a
aussi relevé des cas où les CLSPD n’avaient d’existence que théorique. Le plan « 25
quartiers » a eu, quant à lui, un incontestable effet de mobilisation des services de l’Etat, sans être cependant toujours relayé par la commune dans la réalisation du volet prévention du plan.
Le bilan qualitatif fait ressortir un certain nombre de constantes :
- l’implication du maire et le rôle, à ses côtés, du coordonnateur (véritable
professionnel de la prévention) sont indispensables à la mise en œuvre
efficace du partenariat local ;
- l’implication du procureur de la République est en général forte et son entente
avec le préfet est soulignée par les maires ;
- l’implication des différentes composantes de l’Education nationale est
variable ;
- la coopération entre la police nationale, la gendarmerie et la police
municipale est jugée très satisfaisante ;
- les CLS thématiques ou les actions thématiques des CLS (transporteurs,
bailleurs sociaux) sont jugés efficaces et permettent de réelles économies du
fait de la réduction notable des dégradations;
- l’Etat est critiqué pour le non respect de ses engagements et la réduction de
ses aides ;
- la coordination du travail social est insuffisante ;
- le défaut ou la difficulté de l’évaluation du CLS reste un point faible ;
- la multiplicité des structures locales est critiquée car elle freine la
participation et l’efficacité du partenariat.
Sur la base de ce constat, la mission a proposé les bases d’un CLS renouvelé en partant des
principales attentes des maires et des organisations d’élus rencontrés.
Une première série d’attentes porte sur la transmission d’informations aux maires notamment
de la part de la Justice. La mission prend acte que le futur système d’information
CASSIOPEE permettra fin 2007 de disposer d’informations territorialisées. D’ici là, des
progrès sont encore possibles en mettant en place un tableau de bord type et en améliorant
l’information transmise aux maires sur les affaires qu’ils ont signalées et sur les sortants de
prison. Cela implique la mise en œuvre effective du nouvel article L.2211-2 du code général
des collectivités territoriales et celle du code de bonne conduite d’octobre 2004 portant sur la
circulation de l’information entre les maires et le ministère public.
Une seconde série d’attentes porte sur la nécessaire coordination du travail social et sur une
plus forte implication des moyens de la prévention spécialisée. La mission estime que des
progrès dans ce domaine impliquent que le conseil général soit considéré comme un
partenaire incontournable du CLS de nouvelle génération. Les témoignages recueillis par la
mission montrent que nombre de collectivités départementales sont conscientes de la nécessité d’engager leurs travailleurs sociaux dans les démarches partenariales portées, notamment, par
le CLS. Des initiatives sont déjà prises pour clarifier, notamment en liaison avec les
communes, la commande publique vis-à-vis de la prévention spécialisée : elles méritent d’être étendues.
Une troisième attente porte sur les échanges d’informations nominatives. Là encore, la
mission a noté que l’expérience partenariale des CLS avait permis ponctuellement des
avancées. Des protocoles locaux ou départementaux existent qui fixent un cadre de méthode
permettant de répondre aux exigences déontologiques des travailleurs sociaux. La mission
propose leur diffusion sur le territoire sachant qu’il importe aussi de les adapter aux situations
locales et à la taille de la commune. Elle estime aussi que les coordonnateurs de CLS qui ont
un rôle important d’interface entre les partenaires peuvent avoir, au quotidien, une mission de
régulation ; le procureur de la République pourrait s’assurer, pour sa part, du respect du
protocole.
Une quatrième attente porte sur des éléments de méthode qu’il convient de rappeler :
l’importance du diagnostic local partagé, le nombre limité d’actions, en excluant ce qui ne
relève pas de la contractualisation et, enfin, l’évaluation. Concernant ce dernier point la
mission propose de privilégier une démarche de « ciblage » des risques et des publics. Il lui
semble nécessaire de donner la priorité, notamment dans le cadre de la lutte contre
l’absentéisme scolaire chronique, aux tranches d’âges correspondant à la fin du primaire et
aux premières classes du collège. La mission suggère de privilégier dans les actions de
prévention de la délinquance les familles dites « lourdes » (accumulation en leur sein de cas
de délinquance, d’absentéisme scolaire…). Enfin, l’approche infra-communale pourrait être
davantage prise en compte notamment parce qu’elle répond aux besoins des habitants et
permet des avancées en matière de prévention situationnelle laquelle a démontré son
efficacité.
Invitée par la lettre ministérielle à proposer des orientations pour un CLS rénové, la mission
présente les conditions de sa mise en œuvre.
Elle estime en premier lieu que la politique nationale de prévention de la délinquance doit être
davantage affirmée, ce qui ne remet nullement en cause le rôle essentiel joué au niveau local
par le maire et au niveau départemental par le préfet. Un texte cadre est nécessaire afin
d’actualiser la dernière circulaire du Premier ministre sur la prévention de la délinquance qui
remonte à 1997.
La LOLF devrait aussi constituer une opportunité de clarification. Or, aucun programme
ministériel n’est à ce jour consacré à la prévention de la délinquance et, pire, il est difficile au
sein de la dizaine de programmes concernés, d’identifier les actions qui entrent dans le champ
de cette politique. Cela a pour conséquence, d’une part, de priver l’Etat d’un affichage de ses
moyens de fonctionnement et d’intervention et de rester sous le feu des critiques sur son
désengagement, et, d’autre part, de ne pouvoir afficher des indicateurs de résultats alors même
que ses services contribuent à cette politique. La mission propose donc une réflexion afin, soit
de créer un programme spécifique, soit d’identifier des actions de prévention de la
délinquance dans les programmes concernés. Dans ce cadre, elle propose aussi la mise en
place d’un document de politique transversale afin d’assurer la cohérence des informations
financières, des objectifs et des indicateurs aujourd’hui dispersés dans différents programmes.
L’affirmation d’une politique nationale de prévention de la délinquance implique aussi la
structuration d’un réel pilotage. La mission propose, qu’à l’image du délégué interministériel
pour la sécurité routière, soit nommé un délégué interministériel à la prévention de la
délinquance placé auprès du Premier ministre.
La mission propose que le CLSPD soit l’instance de droit commun de la mise en œuvre du
partenariat en matière de sécurité et de prévention de la délinquance. La participation des
directeurs d’établissements hospitaliers, notamment psychiatriques, est souhaitable. Les
conditions de la participation des juges des enfants devraient être envisagées.
Les CLS actuellement actifs seraient maintenus.
Le CLS rénové, si possible renommé afin d’éviter sa confusion avec le CLSPD, devrait être
réservé à quelques sites particulièrement sensibles sur la base des conditions d’éligibilité et
des critères de méthode et de contenu proposés par la mission. Ces CLS rénovés devront être
signés par le président du conseil général. Leur durée serait limitée à trois ans. Leur
articulation avec les contrats de ville et les opérations de rénovation urbaine serait assurée. Ils
formaliseraient les conditions d’échanges d’informations nominatives et comprendraient un
volet sur la prévention situationnelle. Les préfets afficheraient pour ces CLS de nouvelle
génération un indicateur de concentration de moyens afin de favoriser le ciblage des
interventions de l’Etat.