Retour
 
Faits de société

La Défenseure des enfants - Rapport thématique 2007 : "Adolescents en souffrance : plaidoyer pour une véritable prise en charge"

Auteur(s) :

Editeur :

  • Défenseur des enfants

Date de remise : Novembre 2007
122 pages

Pour lire les rapports au format PDF vous avez besoin d'un lecteur PDF.
Pour lire les rapports au format EPUB vous avez besoin d'un lecteur EPUB.

Numérique (PDF)
 
Télécharger

Simultanément à son rapport d'activité 2007, la Défenseure des enfants présente un rapport consacré au thème de la souffrance à l'âge de l'adolescence et les moyens de la prendre en charge. Le rapport aborde les différentes facettes de la souffrance psychique des adolescents, dont les nombreuses manifestations sont considérées comme inquiétantes : nombre élevé de tentatives de suicide, polyaddiction (alcool, tabac, cannabis), consommation de médicaments psychotropes... Regrettant le déficit de politique globale en direction des adolescents, le rapport note cependant des actions notamment en matière de lutte contre le suicide, et avec la mise en place d'un réseau national de lieux d'accueil et d'écoute pour les jeunes. Le rapport s'interroge ensuite sur la manière dont l'entourage peut repérer le mal-être de l'adolescent et sur les dispositifs susceptibles de prendre en charge celui-ci. On trouvera en fin de rapport les 25 recommandations de la Défenseure pour contribuer à l'élaboration d'une stratégie nationale de prise en charge des adolescents en souffrance.




Les adolescents, une population vulnérable
 

La souffrance psychique,
une réalité difficile à définir

Une société chamboulée facteur de vulnérabilité
1) La rencontre de la précarité et de l’exclusion :
une grave crise du lien social
2) Les métamorphoses de la famille
3) Les adolescents pris en charge
dans les différentes structures de la protection
de l’enfance présentent une souffrance psychique
supérieure aux autres
4) La scolarisation massive et l’inadéquation
du système scolaire à certains adolescents

 
Les manifestations de la souffrance psychique des facettes multiples et inquiétantes
 

Des manifestations bien connues
1) Des tentatives de suicide en nombre élevé :
40 000 par an
2) La polyaddiction : alcool, tabac,
cannabis en hausse constante
3) La banalisation du cannabis
4) Les drogues associées à la fête
5) Le tabac, le recul est amorcé
6) Les médicaments psychotropes,
faciles à trouver
7) Les troubles du sommeil
peu pris en compte

De nouvelles formes alarmantes de souffrance psychique
1) L’alcool pour la « défonce »
2) Une pornographie envahissante
3) Les troubles des comportements alimentaires
en nette augmentation
4) Le décrochage scolaire et l’absentéisme
5) Une montée indiscutable de la violence
6) Une nouvelle addiction, la cyberdépendance
7) Les blogs, journal intime à ciel ouvert

 
L’adolescent est longtemps resté le grand oublié des politiques publiques
 

Une lente instauration d’actions en direction
des adolescents mais pas de politique globale
de l’adolescence
1) Une stratégie nationale d’actions
face au suicide est mise en place de 2000 à 2005
2) À partir de 2005, l’Éducation nationale marque
une volonté de travailler avec le monde
de la santé autour de la souffrance psychique
des adolescents

Vers la mise en place d’un réseau national
de lieux d’accueil et d’écoute pour les jeunes
1) La mise en réseau, en 2002, d’initiatives locales,
les Points Accueil et Écoute Jeunes (PAEJ)
2) Une approche novatrice en 2004 :
les Maisons des adolescents

D’autres engagements publics récents
confortent ces objectifs de prise en charge
adaptée de la santé mentale des jeunes

 
À l’écoute du terrain
 

Comment l’entourage peut-il repérer
le mal-être adolescent ?
Est-il formé à cela ?
1) Les parents
2) Les amis
3) L’univers scolaire
4) Les médecins généralistes et spécialistes
5) les pharmaciens
6) Les magistrats
7) Les travailleurs sociaux

 
Quelles réponses pour un ado qui va mal ?
 

Un dispositif de première ligne d’accueil, écoute, orientation, fragile
et peu coordonné
1) Des lignes d’écoute à étendre 24h/24
2) Des Points d’Accueil et d’Écoute Jeunes hétérogènes
3) Les Maisons des adolescents fondées
sur une approche novatrice
Test des dispositifs destinés aux jeunes

Un dispositif psychiatrique et médico-social saturé
1) Une augmentation de 70% sur quinze ans
des demandes de soins aboutissant à une saturation
des structures
2) La crise de l’adolescent révèle les limites du système
3) L’après crise reste dans tous les cas un passage très difficile

Des initiatives innovantes se développent
pour aller vers les adolescents qui n’ont pas
de demande explicite
1) Des équipes mobiles pour aller vers des adolescents
qui ne formulent pas de demandes
2) Des permanences « hors les murs »
3) Des services hospitaliers qui se sont adaptés
aux besoins des adolescents

Des actions de formation pour un apprentissage
de repères communs

Une crise permanente, les « incasables »

 
25 recommandations pour contribuer à l’élaboration d’une stratégie nationale de prise en charge des adolescents en souffrance
 


 


Auditions et visites de la Défenseure
des enfants et de son équipe











25 RECOMMANDATIONS
pour contribuer à l’élaboration
d’une stratégie nationale de prise
en charge des adolescents en souffrance





I) Recalibrer le dispositif médical, psychiatrique, social et éducatif sur
l’ensemble du territoiremétropolitain et des collectivités d’outre-mer
(DOM-COM)
1) Mettre en place un Plan national pour régler la crise des centres médicopsychologiques
(CMP).
. renforcer considérablement leurs moyens pour réduire les délais d’attente
de rendez-vous.
. mettre en place un fonctionnement adapté aux besoins des adolescents.

2) Créer des lits d’hospitalisation à temps complet dans les départements qui en
sont dépourvus, nonobstant la référence aux territoires de santé et réserver dans
tous les départements des lits de pédopsychiatrie « spécifiques adolescents ».

3) Développer dans chaque département des relais diversifiés de post-hospitalisation
et notamment :
- des unités de soins études pour les collégiens et lycéens (besoin prioritaire)
- des internats scolaires
- des places en hôpitaux de jour spécifiques adolescents.

4) Admettre les adolescents en pédopsychiatrie jusqu’à 18 ans et clarifier les circulaires
sur la prise en charge psychiatrique des 16-18 ans.

5) Organiser un accueil spécifique pour les adolescents dans les urgences hospitalières.

6) Augmenter le nombre de postes de psychiatres mis au concours de l’internat.

7) Se donner l’objectif d’une infirmière à temps plein par établissement scolaire
et augmenter le nombre de médecins scolaires.

II) Améliorer l’information et l’accueil des jeunes et de leurs familles
1) Étendre les plages d’accessibilité du numéro national Fil-Santé-Jeunes (0800
235 236) jusqu’à 24h/24 et assurer la gratuité des appels à partir des téléphones
mobiles. Développer la notoriété de ce numéro auprès des adolescents : affichage
dans les collèges et lycées, les lieux de sport et de loisirs, les transports en commun.

2) Conforter le financement des points accueil écoute jeunes (PAEJ) qui constituent
un dispositif d’accueil de proximité et harmoniser leurs pratiques professionnelles.
Favoriser leur implantation dans les zones rurales.

3) Créer un portail grand public rassemblant toutes les informations utiles pour les
jeunes et leurs parents. Le rendre accessible de façon très aisée à partir de mots clés
simples et pertinents et actualiser régulièrement tous les liens.

III) Aller vers les adolescents en développant des dispositifs innovants :
maisons des adolescents, équipes mobiles, permanences hors
les murs…
1) Concrétiser dans les 3 ans l’objectif d’une Maison des adolescents par département
(MDA)
- Créer un label « Maisons des adolescents » pour garantir la pleine spécificité de leur mission :
. veiller au libre accès tout venant des adolescents sur des plages horaires correspondant à leur modes de vie (après l’école, en soirée, week-ends, vacances…)
. promouvoir une information large sur l’existence de la Maison des adolescents
dans leurs lieux de vie (école, sports, loisirs, site internet de la ville et site spécifique…)
. prévoir impérativement un accueil et un accompagnement pour les parents
. garantir l’accès des MDA à des lits d’hospitalisation spécialement réservés aux
adolescents.
- Faire de la MDA la « tête d’un réseau » réunissant les points accueil écoute jeunes
et l’ensemble des professionnels et institutions intervenant dans la vie des jeunes
du département. Leur donner les moyens d’animer ce réseau.
- Créer une fédération des MDA pour donner une pleine dynamique au label,
développer des formations, animer des rencontres inter-équipes, et impulser des
recherches actions.

2) Créer des équipes mobiles pour aller vers les adolescents qui n’ont pas de
demande explicite.
Promouvoir l’organisation :
. de permanences « hors les murs » dans les établissements scolaires ou dans tout
autre lieu pertinent.
. d’équipes mobiles de consultation.

IV) Systématiser la mise en place de réseaux interdisciplinaires afin de
garantir le repérage, l’orientation, la prise en charge et la continuité effective des soins.
1) Soutenir la constitution de groupes interdisciplinaires de travail en réseau et
d’analyse des pratiques entre les différents professionnels au contact des adolescents.


2) Renforcer et multiplier les actions menées en partenariat entre le ministère
de l’Education nationale et le ministère de la Santé. Conforter la fonction
de personne ressource des conseillers principaux d’éducation et des infirmières
scolaires.

V) Généraliser une formation obligatoire de l’ensemble des professionnels
au contact avec les adolescents sur la psychologie de l’adolescent
et le repérage des signes d’alerte
1) Les personnels de l’Éducation nationale :
- Former obligatoirement tous les enseignants du secondaire à la psychologie
de l’adolescent et au repérage des signes d’alerte - dès l’IUFM -.
- Élaborer dans tous les établissements scolaires une procédure sur les
comportements à tenir et les personnes ressources à alerter devant des
situations de souffrance psychique d’adolescents.

2) Les médecins
- Rendre obligatoire la formation des médecins généralistes, pédiatres, médecins
scolaires, médecins des urgences…) au « Référentiel d’observation à l’usage
des médecins pour un repérage précoce : souffrances psychiques et troubles du
développement chez l’enfant et l’adolescent » élaboré, en 2006, par la Fédération
française de psychiatrie.


3) Les magistrats
- Rétablir les stages terrain des auditeurs de justice dans les milieux non
judiciaires (pédiatrie, pédopsychiatrie, aide sociale à l’enfance, Défenseure
des enfants…)
- Rendre obligatoire pour tous les magistrats une formation à la psychologie
de l’enfant et de l’adolescent ainsi qu’à la prise en compte de la parole de
l’enfant à l’occasion des nominations à des postes de juge aux affaires familiales
ou de juge des enfants.


VI) Développer la prise en compte et l’accompagnement des parents à tous les niveaux du repérage et de la prise en charge des adolescents
1) Mettre en place une ligne nationale d’écoute téléphonique destinée aux
parents confrontés à la souffrance psychique de leur enfant (plages horaires
adaptées).

2) Mieux intégrer les parents dans les différents dispositifs de repérage (éducation
nationale notamment), de prise en charge et de suivi (Maisons des adolescents, équipes mobiles, hospitalisations…)

VII) Mettre en place une stratégie nationale volontariste de prévention
et de lutte contre l’alcoolisation précoce des adolescents
et la banalisation du cannabis
1) Diminuer l’accessibilité des mineurs aux boissons alcooliques
Notamment :
- en appliquant strictement les interdictions de vente d’alcool aux mineurs.
- en interdisant le sponsoring des soirées festives de jeunes par les alcooliers

2) Veiller à ce que les textes surtaxant les boissons ciblées jeunes (prémix, alcopops…)
ne puissent être contournés.


3) Renforcer l’éducation à la prévention :
Notamment : en introduisant la prévention de l’alcool et du cannabis en plus
du tabac, dès l’enseignement primaire, incluant une pédagogie active pour
apprendre aux enfants à refuser de telles sollicitations.

4) Organiser un repérage précoce de l’alcoolisation et de la consommation
de cannabis lors de toute consultation médicale (à l’hôpital, à l’école, et en ville).
Former à ce repérage les infirmières et les médecins pour qu’ils orientent les
jeunes consommateurs d’alcool ou de cannabis vers une prise en charge spécialisée.

VIII) Développer les outils permettant une meilleure connaissance de
la souffrance psychique des adolescents
1) Financer des recherches-actions-formations associant les chercheurs et les acteurs
de terrain afin de permettre une meilleure connaissance des problématiques
des adolescents et une adaptation permanente des dispositifs qui leur sont
destinés.

2) Harmoniser les données épidémiologiques concernant la santé mentale des
adolescents.