LE MINISTRE DE L’ECONOMIE, DES FINANCES ET DE L’EMPLOI
LE SECRETAIRE D’ETAT CHARGE DE LA CONSOMMATION ET DU TOURISME
Paris, le 15 novembre 2007
Madame le Président,
Comme vous l’a confirmé le Président de la République lors de la réunion du
5 novembre dernier, au cours de laquelle il a reçu les représentants des fournisseurs et des
distributeurs de produits de grande consommation, ainsi que des petites et moyennes
entreprises, nous vous confions la mission de préparer la mise en oeuvre de la seconde étape de la réforme de la loi Galland.
Le Gouvernement rejoint ainsi l’une des propositions présentées par la
commission pour la libération de la croissance française présidée par M. Jacques Attali qui,
dans son rapport d’étape du 12 octobre dernier, préconise d’ « instaurer le principe de liberté tarifaire dans la distribution et le commerce, en levant l’interdiction de la discrimination
tarifaire ».
L’interdiction de discrimination abusive, telle que définie au titre IV du livre IV du
code de commerce, appelée communément et improprement « non-négociabilité des tarifs et
des conditions générales de vente», a pour objectif d’empêcher le développement des
pratiques discriminatoires abusives, c’est-à-dire non justifiées par des contreparties réelles
et de sanctionner les fournisseurs ainsi que les distributeurs abusant de leur puissanceéconomique d’achat ou de vente pour obtenir des conditions injustifiées.
Ce dispositif de protection et les risques de sanction dont il est assorti ont eu, en
outre, comme effet pervers de dissuader les industriels de s’engager dans une large
différenciation de leurs tarifs ou de leurs conditions de vente et, donc, de limiter la
négociation commerciale et la discussion sur les prix à la négociation sur les services rendus
par les distributeurs pour la promotion des produits (« les marges arrière »). Ce phénomène
s’est traduit durablement à la fois par des hausses de tarifs et par une inflation sur les prix de
revente aux consommateurs.
Votre mission consiste, après avoir auditionné les représentants des professions
concernées par cette réforme ainsi que tout expert que vous jugerez utile, à proposer un
nouveau dispositif juridique de nature à renforcer l’environnement concurrentiel des relations
commerciales et à restaurer une pleine liberté de négociation des tarifs comme des
conditions générales de vente en vue de favoriser une plus grande concurrence par les prix.
Ce dispositif devra conserver intacte la possibilité d’une sanction réellement efficace des
abus commis dans les relations commerciales, notamment en raison du déséquilibre des
rapports de force en présence.
A ce titre, vous voudrez bien d’ici le 1er février prochain :
- procéder aux comparaisons internationales pertinentes, afin d’identifier les
dispositifs les plus performants pour le consommateur qui garantissent à la fois l’ordre publicéconomique, la liberté du commerce et la sanction des pratiques abusives entre distributeurs
et fournisseurs ;
- s’agissant des régimes de sanction, étudier les avantages et les
inconvénients de chacun d’entre eux ;
- étudier dans quelle mesure le droit des pratiques anticoncurrentielles peut
suffire et se substituer au droit actuel des pratiques restrictives de concurrence du titre IV du
livre IV du code de commerce ;
- indiquer quelles sont, éventuellement, les différentes options juridiques
possibles avec leurs avantages et leurs inconvénients ;
- préparer les dispositions législatives ou réglementaires correspondantà l’option juridique que vous recommanderez ;
- proposer les dispositions législatives, autres que le régime de sanction, de
nature à établir un meilleur équilibre dans la relation commerciale par le renforcement de la
capacité de négociation des partenaires les plus faibles et à atténuer les éventuels effetséconomiques indésirables de la réforme sur la trésorerie des entreprises.
Naturellement, nos Cabinets et les services du ministère de l’économie, des
finances et de l’emploi sont à votre disposition pour vous apporter tout le soutien qui vous
sera nécessaire pour la réussite de votre mission à laquelle vous pourrez associer des
personnes que vous désignerez en raison de leur expérience et de leur compétence.
Nous vous prions d’agréer, Madame le Président, l’expression de notre
considération distinguée.
Christine Lagarde
Luc Chatel
Madame Marie-Dominique HAGELSTEEN
Conseiller d’Etat
Président de la section des travaux publics
Conseil d’Etat
Place du Palais Royal
75001 PARIS