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Communication, médias

Les revues françaises aujourd'hui : entre désir et dérives, une identité à retrouver

Auteur(s) :

Editeur :

  • Centre national du Livre

Date de remise : Avril 2006
147 pages

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Le présent rapport dresse un état des lieux du secteur des revues. Il étudie notamment le rapport entre les revues, les institutions, le monde de l'édition. Il s'inquiète d'une baisse de la diffusion et du lectorat, s'interroge sur un nouveau modèle de revue numérique, constate l'importance des changements économiques qui privilégient des portails gratuits au détriment des droits d'auteur et de la préservation du patrimoine. Il étudie enfin le problème des aides et des financements et donne des pistes pour mieux adapter ces aides.



Lettre de mission

Synthèse

Introduction

En marge aujourd’hui

Au centre demain

Si toutefois

 


I/ Un modèle historique
 

A/ Les revues, lieux d’émancipation de la fonction intellectuelle
Les petites revues, espaces de l’avant-garde littéraire et
artistique
Les revues, instrument de développement des sciences
humaines et sociales
L’affaire Dreyfus
Un mode de production original
Des dérives latentes

B/ Le modèle idéal
L’échange
La démultiplication du temps
L’indépendance

C/ Les revues telles qu’en elles mêmes

 
II Un modèle éclaté
 

1. Les Acteurs
A/ Les revues et les institutions
L’institutionnalisation des revues dans le temps
Les revues, porte-paroles d’institutions
Les revues professionnelles

B/ Les revues et le monde de l’édition
Des liens historiques forts
La rupture en littérature
En sciences humaines et sociales : la double stratégie
d’éditeurs-diffuseurs
Une minorité de revues d’éditeurs

C/ Trois genres de revues
Les revues de création littéraire et artistique
Les revues scientifiques
Les revues généralistes

2. La réception, la diffusion et le lectorat
A /Un objet devenu obscur
La dernière affaire
Les raisons du silence
B/ Une diffusion incertaine
Des distributeurs introuvables
Des mises en place aléatoires
Le coût croissant des tarifs postaux

C/ Une audience resserrée

D/ Le problème des bibliothèques

E/ Des économies de plus en plus fragiles
Les revues françaises aujourd’hui

 
III Un nouveau modèle ?
 

A/ Le numérique au service d’un accès élargi et
d’une identité retrouvée
Un élargissement du public
Une nouvelle logique de réseau
Des fonctions retrouvées
L’accès à la mémoire ici et maintenant

B/ Contenu et support : quel lien de dépendance ?
Un nouveau rapport au temps
Un nouveau rapport à l’espace
Entre le plaisir et le travail
D’autres dérives
C/ Des changements économiques
Une économie sans coûts ?
Les deux modèles
D/ En quête de portails

E/ De nouveaux enjeux
Un risque pour le droit d’auteurs
Un patrimoine à préserver
Un accès à partager
La question des langues
L’accompagnement public : faut-il changer les règles ?

 
IV Quelle politique pour un nouveau modèle
 

A/ L’éparpillement des aides

B /Les trois paradoxes
Une aide marginale comparée à la presse mais significative
dans le système de soutien à l’édition
des aides au fonctionnement

L
’aide au numérique : de la conversion à la création ?
C/ L’aide du CNL aux revues
Des formes variées de soutien depuis 1958
Les principes de l’aide aux revues
D/ Une meilleure adaptation de l’aide à la vérité des revues
Des critères de sélection précisés, adaptés et efficients
Une différenciation des aides selon les besoins des revues
Une aide nouvelle afin d’accompagner les changements
induits par le numérique
Une aide à la traduction pour favoriser la constitution
d’un véritable espace de débat européen

 


Résumé des principales recommandations









 

Les revues françaises ne seraient-elles plus aujourd’hui que d’obscurs objets de
plaisir ?

Longtemps, elles jouèrent un rôle déterminant dans la vie artistique, intellectuelle et
scientifique. A mi-chemin entre l’édition et la presse, elles étaient des lieux privilégiés pour
la création littéraire, les analyses critiques, le débat d’idées, la production et la circulation
des savoirs. Mais leur identité, fondée sur cet entre-deux fécond entre le livre et le journal,
s’est trouvée peu à peu remise en cause.

Les frontières ont perdu de leur précision. La multiplication de courts essais d’intervention
en guise d’articles prolongés ou de premiers romans élevés au statut de genre littéraire,
d’une part, le développement des pages « Débats » et « Opinions » des quotidiens ou
magazines comme ultimes remparts face à la concurrence de l’instantané audiovisuel,
d’autre part, ont rejeté les revues dans un ailleurs peuplé d’ombres.

Il est vrai que leur nature les met en décalage avec les nouvelles règles du jeu médiatique.
En s’inscrivant dans un temps à la fois long et court, en s’appuyant sur l’histoire et sur leur
propre mémoire pour anticiper l’avenir, elles ne peuvent céder à l’exigence contemporaine
d’un présent immédiat. En offrant un espace démultiplié où les regards se croisent, elles
proposent des débats où les confrontations gagnent en qualité d’argumentation ce qu’elles
perdent en caractère spectaculaire et où l’identité collective interdit la valorisation de figures
singulières.

Les revues ont pu, elles-mêmes, déserter leur propre espace en préférant additionner des
articles sans souci de cohérence plutôt que de construire des points de vue, en devenant
l’expression de corporatismes plutôt que de faire preuve de curiosité, en ayant pour horizon
les carrières universitaires des uns ou les satisfactions narcissiques des autres plutôt que le
sens du partage, en préférant les réponses à de fausses questions plutôt que des questions
sans possibles réponses.

Mais ces dérives ne doivent pas masquer le combat qu’elles ont à mener chaque jour pour
assurer la parution du numéro suivant. Les éditeurs sont moins nombreux à les soutenir.
Les diffuseurs sont circonspects. Rares sont ceux qui ont choisi d’en faire encore un pôle
de développement. Les libraires n’ont plus de place pour les exposer et les journalistes plus
de temps pour en parler. Quant au public, son comportement consumériste le conduità adapter au plus près ses achats à ses besoins et, en matière de revues, notamment
scientifiques, à photocopier l’article utile plutôt que de se procurer la revue entière.

La concurrence nouvelle du livre et des journaux, le changement des règles de médiatisation,
les dérives internes, l’inadaptation des modalités d’exposition et des structures de diffusion,
l’importance croissante des pratiques de « braconnage » conduisent ainsi à s’interroger sur la
pérennité d’un modèle défini il y a plus d’un siècle.

Or, face à ces difficultés et à ces nouveaux défis, le monde des revues, pas plus que
celui du livre, n’a réagi par une régulation quantitative de sa production.

Parce que les revues sont avant tout des objets de désir et de plaisir, parce qu’elles sont
souvent l’œuvre d’un réseau de camarades ou d’un « complot » d’amis, parce que le coût
d’entrée sur leur marché est faible et que la liberté de l’offre conditionne sa qualité, la
multitude serait plutôt un signe de dynamisme, de créativité et d’innovation. En même
temps, les quelques deux mille revues culturelles éditées en France doivent désormais se
partager un public plus restreint (1), leur notoriété souffre de l’abondance de l’offre, et leur
lectorat étranger se réduit comme peau de chagrin, notamment en sciences humaines et
sociales.

Comment dès lors préserver leur identité, leur indépendance et leur liberté sans que les
changements structurels ne les mettent en danger ?

L’usage du numérique constitue une partie de la réponse. Il peut rendre leur
exposition meilleure, leur diffusion plus facile, leur public plus large. Il peut aussi les aiderà redevenir ces espaces de débat, ces laboratoires d’idées et ces lieux de circulation des
savoirs qui firent leur renommée. Mais cela a un prix. La technologie n’est qu’un moyen,
pas une fin. Internet n’est qu’un support, pas un contenu. L’oublier conduit à multiplier les
fausses revues sans raisons ni lecteurs. Il peut entraîner aussi la mise en place de modèles
formatés alors que toutes les revues n’ont pas les mêmes besoins.

En faisant preuve d’une rigueur d’autant plus grande qu’elle semble moins nécessaire, en
adaptant les techniques à leurs exigences et non l’inverse, les revues peuvent se servir du
numérique comme d’un formidable atout. Il n’est pas trop tard pour les revues scientifiques,
si elles savent, comme dans les pays anglo-saxons, s’organiser pour que leur offre soit plus
cohérente dans ses modalités d’accès, plus pertinente dans sa qualité, plus significative dans
sa diversité. Pour d’autres revues, en revanche, le temps n’est pas encore venu
d’abandonner le papier mais de le compléter grâce aux fonctionnalités d’exposition et de
commercialisation offertes par Internet.

Le numérique n’est donc pas une ultime et unique réponse. En même temps, son
usage n’est pas neutre.

Il peut aider les revues à modifier leurs comportements en les incitant à être moins
individualistes et à se regrouper en réseau pour être plus visibles et mieux diffusées.

Il doit aussi conduire à réfléchir autrement aux politiques d’aide publiques. Additionner des
soutiens n’est plus suffisant aujourd’hui, alors que les modèles économiques ont été profondément transformés, que des questions, comme celle du droit d’auteurs, de
l’archivage et de la pérennité des revues, des modalités du partage des savoirs se posent
sous un angle nouveau. Ce sont les principes mêmes des politiques qui doivent être
repensés en rappelant que la qualité des contenus est autonome par rapport aux
technologies, en affirmant que le souci du public demeure un impératif, quel que soit le
mode de diffusion, et en pariant sur les revues, qui n’ont pas seulement un passé, mais sans
doute encore un bel avenir.


(1) Plus de 75% des revues aidées par le CNL en 2005 ont une diffusion inférieure à

 

1 000 exemplaires et près de
40% inférieure à 500 exemplaires.








 
 

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