SYNTHÈSE
Le contexte juridique européen et les évolutions économiques conduisent à une ouverture
du marché des jeux d’argent et de hasard. En effet, le régime français de droits exclusifs fait l’objet
d’un avis motivé de la Commission européenne depuis juin 2007. De plus, le jeu en ligne est devenu
une réalité économique qui se développe en France dans un cadre essentiellement illégal, 75% du
produit brut des jeux estimé étant réalisé par des opérateurs non autorisés.
Cette ouverture à la concurrence doit toutefois être maîtrisée et soucieuse des
objectifs d’intérêt général propres à la France : préservation de l’ordre social (protection des
joueurs, lutte contre l’addiction) et de l’ordre public (lutte contre la fraude et le blanchiment d’argent).
Des considérations fiscales doivent également être prises en compte dans la mesure où, d’une part, le
montant des recettes publiques actuellement tirées de cette activité est significatif et où, d’autre part, le
niveau de pression fiscale constitue lui-même un outil de régulation de l’addiction et du blanchiment.
La mission insiste sur les incertitudes du cadre juridique communautaire actuel qui
résultent de l’absence de directive réglementant le secteur des jeux au sein de l’Union et d’une
jurisprudence qui semble claire sur les principes mais qui permet des interprétations variées quant aux
modalités de mise en œuvre des réglementations nationales. Dans la mesure où une clarification du
droit européen ne semble pas pouvoir être attendue à court terme, l’ouverture du marché doit donc être
conduite avec prudence et de manière progressive.
Le présent rapport expose les propositions de la mission. Celles-ci portent, d’une part, sur
les différents scénarios d’ouverture envisageables et, d’autre part, sur les modalités de régulation du
marché.
Il apparaît ainsi que l’ouverture peut être plus ou moins large selon le type de jeux
autorisés. Elle pourrait concerner soit uniquement les paris sportifs, champ de l’avis motivé adressé à la France, soit les paris et les jeux de cercle ou enfin, l’ensemble des jeux à l’exception
des loteries. La mission souligne que l’hypothèse d’une légalisation des machines à sous en ligne
ou de leur installation dans des endroits facilement accessibles conduirait à une dégradation de
l’ensemble des objectifs d’intérêt général. C’est pourquoi elle recommande d’écarter cette dernière
option.
S’agissant de la régulation, il est proposé de mettre en œuvre un système de licence
reposant sur un cahier des charges décrivant précisément les conditions que les opérateurs devront
remplir pour pouvoir proposer leurs services aux joueurs résidant en France et qui permettront
d’assurer un haut niveau de protection de l’ordre public et de l’ordre social. Les opérateurs disposant
d’une licence dans un autre État membre ne seraient autorisés que s’ils ont obtenu une licence
en France, ce qui revient à écarter explicitement le principe de reconnaissance mutuelle. Ces licences
seraient délivrées par une instance de régulation unique à créer, qui serait notamment chargée de
suivre les évolutions du secteur, de contrôler les opérateurs agréés et de les sanctionner le cas échéant.
Les prélèvements, dont l’architecture devrait être revue, seraient maintenus au même niveau
qu’aujourd’hui, tant pour les jeux en dur que pour les jeux en ligne.
Compte tenu des clauses du cahier des charges, l’offre légale pourrait se révéler moins
attractive en France que celle proposée aujourd’hui dans d’autres États. Il est donc fondamental de
mettre en œuvre des dispositifs de lutte contre les opérateurs illégaux, c’est-à-dire ne disposant
pas d’une licence française, et ce même s’ils sont agréés par d’autres États membres. La mission
estime qu'il est indispensable que la France engage un dialogue avec la Commission pour obtenir des
garanties sur les moyens de lutte contre l’offre illégale proposés, nécessaire contrepartie d'une
ouverture maîtrisée du secteur des jeux.