Avant-propos
Pour étudier l'intérêt d'établir en France une contribution climat-énergie (CCE), Jean-Louis
Borloo, ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer
et Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, ont initié un exercice tout à fait nouveau dans les pratiques administratives françaises, mobilisant à la fois l'expertise et le
dialogue avec les autres parties prenantes. L'enjeu est de pousser notre société vers des pratiques et
des comportements moins dispendieux en carbone et de déterminer s’il est possible de le faire par
voie fiscale, en créant une contribution climat-énergie. Il s’agit d'une réforme considérable qui
porte en germe une refonte de tout notre système fiscal.
Le caractère novateur de la procédure tient en particulier au fait que la conférence d'experts
et la table-ronde n'ont pas été réunies pour débattre d'un projet de loi pré-établi. Le gouvernement
a considéré qu’il ne saurait rédiger un texte législatif avant de s’assurer que la société française était
prête à s’engager dans un tel projet. Ceci a permis : d'entendre l'avis et de bénéficier des
contributions d'experts nombreux, originaires de l’industrie, des services, du pétrole, de l’agriculture
ou des milieux de la pensée et de la réflexion et de l’action désintéressée, et notamment des
experts familiers du monde patronal et du monde syndical ; puis de les confronter avec les
réflexions des différentes parties prenantes de la société française, et de parlementaires.
L’entrée dans notre problème part de ce constat contraignant : nos Finances publiques sont
mises à mal par la crise, ainsi que par le choc des retraites, qui n’a rien de plus conjoncturel que le
changement climatique. Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, nous n’avons su que stabiliser
nos émissions de gaz carbonique. Nous ne pouvons aujourd’hui répondre à l’impérieuse nécessité de les réduire par un surcroît de dépenses publiques. Des aides publiques accrues, que l’Etat ne sait
pas optimiser, ne nous aideront pas en tout état de cause. Il nous faut mobiliser et orienter les
comportements de tous, ce que seul peut susciter un prix, progressivement croissant et programmé, à l’émission d’une tonne de CO2. Cette contribution ne peut en aucun cas correspondre à un accroissement de nos prélèvements obligatoires. Elle doit se substituer à d’autres impôts et il
conviendra au fur et à mesure de sa croissance de préciser lesquels. Nos modes de choix des
assiettes de prélèvements obligatoires doivent être améliorés, pour notre économie et pour l’action
redistributive de l’Etat.
Nous avons donc réfléchi à la possibilité d’infléchir notre fiscalité, de sorte qu’elle
comporte des signaux de prix susceptibles d’orienter nos comportements de consommations
d’énergie. Il est assez remarquable que le gouvernement ait décidé d’attendre nos orientations avant
de rédiger son propre projet de loi. Nous pensons avoir démontré collectivement que cette idée était bonne, et qu’elle aura permis d’éviter des malentendus. A ce titre, elle peut servir d'exemple
pour d'autres réformes fiscales, sur lesquelles les éléments d'éclairage partagés font souvent défaut,
ce qui a compliqué la réflexion sur le redéploiement fiscal à opérer avec la CCE qui doit en effet être établie à prélèvements obligatoires constants.