AVANT-PROPOS
L’article 20 de la loi organique du 5 février 1994 relative au Conseil
supérieur de la magistrature (CSM) prévoit la publication, chaque année, d’un
rapport d’activité. Le présent rapport, le douzième depuis la réforme constitutionnelle
du 27 juillet 1993 et le troisième depuis l’entrée en fonctions, en juin
2006, des membres qui composent actuellement le Conseil, a été adopté par
ses deux formations organiques siégeant en réunion plénière.
Ce rapport, présenté au Président de la République, garant de l’indépendance
de l’autorité judiciaire et président du Conseil supérieur
de la magistrature, couvre l’année 2008, soixante-deuxième année de
l’institution. Il a été rédigé après l’adoption par le Congrès, le 23 juillet
2008, d’une réforme constitutionnelle qui modifiera en profondeur la
composition, l’organisation et le fonctionnement du Conseil supérieur de
la magistrature à l’issue de son mandat en cours. Déjà, après son investiture
en 2007, le Président de la République n’ayant pas souhaité présider
effectivement le Conseil supérieur de la magistrature, les séances solennelles
des formations du siège et du parquet ont été, depuis lors, présidées
par son vice-président, le garde des Sceaux, ministre de la justice. À l’avenir, le Conseil sera présidé par le Premier président de la Cour de
cassation, qui préside actuellement, sous l’empire des règles en vigueur,
la formation disciplinaire compétente pour les magistrats du siège, alors
que les formations administrative et disciplinaire compétentes pour les
magistrats du parquet seront présidées par le Procureur général près la
Cour de cassation, jusqu’à présent président de la formation disciplinaire
compétente pour ceux-ci.
Le bilan de l’activité du Conseil permet l’analyse de l’état de la
magistrature française, dans une perspective pluriannuelle, et facilite
les comparaisons internationales, notamment au sein du Réseau européen
des conseils de la justice auquel participe le Conseil. Cette mise
en perspective souligne, depuis le rapport établi pour 2004 et 2005, une
référence indispensable aux règles ou orientations en vigueur au sein de
l’Union européenne et du Conseil de l’Europe concernant les statuts de la
magistrature et des divers conseils de justice européens.
Aussi, non sans avoir retracé, comme il est d’usage, dans une première
partie les évolutions de l’organisation, du fonctionnement et des
moyens du CSM, puis rendu compte, dans une seconde partie, de l’action
du Conseil (nominations de magistrats, activité disciplinaire, avis et missions
transversales), le présent rapport présente également les résultats
d’une consultation, réalisée à son initiative, sur l’opinion des magistrats
concernant l’état du corps et de ses relations avec le public.
Cette enquête complète les réflexions du Conseil, exposées l’an
passé, sur les rapports entre les Français et leur justice, qui avaient été éclairées par un sondage portant sur l’opinion des Français. La comparaison
des deux études montre, en particulier, que les Français ont davantage
confiance dans la justice que les magistrats n’ont confiance en
eux-mêmes ou, du moins, dans l’image que les Français auraient d’eux. Ce
paradoxe paraît au Conseil significatif des interrogations qui ont marqué la magistrature au cours des années passées, où elle a été quelque peu
malmenée par ce qu’il est convenu d’appeler « l’opinion publique », alors
même que l’accomplissement de sa mission n’était pas mis en cause, dans
sa très large majorité, par le peuple au nom duquel sont rendues les décisions
de justice.