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Fonction publique

Développer les formations en alternance dans le secteur public

Auteur(s) :

Editeur :

  • Premier ministre

Date de remise : Octobre 2009
126 pages

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L'apprentissage est ouvert au secteur public depuis la loi n°92-675 du 17 juillet 1992 portant diverses dispositions relatives à l'apprentissage, à la formation professionnelle et modifiant le code du travail. Le dispositif a été complété par l'institution en août 2005 du PACTE (parcours d'accès aux carrières de la fonction publique territoriale, hospitalière, et de l'Etat), mode de recrutement proposé à certaines catégories de jeunes dans les trois fonctions publiques et ouvrant la possibilité d'accéder, au terme d'une formation en alternance, à des emplois de la catégorie C. En dépit de ce dispositif, les formations en alternance restent peu développées dans le secteur public (en 2008, on enregistre 6 400 entrées en contrat d'apprentissage dans le secteur public contre 285 000 nouveaux contrats d'apprentissage dans le secteur marchand). C'est dans ce cadre que le Premier ministre a chargé Laurent Hénart, député, d'une mission visant à analyser les spécificités des employeurs publics et les éventuelles difficultés qu'ils rencontrent pour développer cette filière de formation. L'auteur avait également pour objectif de proposer un plan d'action permettant à la fois d'accroître le nombre de jeunes en alternance et d'apprentis recrutés dans le secteur public et de diversifier les métiers qui leur sont ouverts.



INTRODUCTION

 
ETAT DES LIEUX
 

1. LES DISPOSITIFS D’ALTERNANCE DANS LE SECTEUR PUBLIC
1.1. Le contrat d’apprentissage
1.1.1. Les caractéristiques principales du contrat d’apprentissage
1.1.2. Les spécificités du contrat d’apprentissage pour l’employeur public

1.2. Le PACTE
1.2.1. Les principales caractéristiques du PACTE
1.2.2. Les spécificités du PACTE pour l’employeur public

2. MALGRE UN DISPOSITIF JURIDIQUE DEJA ANCIEN, LES FORMATIONS EN ALTERNANCE SONT PEU
DEVELOPPEES DANS LE SECTEUR PUBLIC
2.1. La fonction publique représente plus de 20% de l’emploi total

2.2. Formations en alternance : des dispositifs peu développés dans le secteur public
2.2.1. 6 400 entrées en contrat d’apprentissage en 2008
2.2.2. 665 jeunes recrutés dans le cadre du PACTE en 2008
2.2.3. Dans la fonction publique hospitalière, seul un petit nombre de diplôme est
accessible par voie d’apprentissage
2.2.4. 430 000 contrats d’apprentissage dans le secteur privé


3. LES ATOUTS DES FORMATIONS EN ALTERNANCE POUR L’EMPLOYEUR PUBLIC
3.1. Un vecteur de diversification sociale

3.2. Une meilleure adéquation des candidats aux postes à pourvoir, un recrutement de
proximité, et un moyen efficace de fidéliser les personnels

3.3. Un outil adapté pour recruter dans les métiers en tension et émergents, notamment dans
le secteur de la petite enfance et le secteur social
3.3.1. Les nouveaux métiers
3.3.2. Les métiers en tension
3.3.3. Les métiers de la petite enfance : un secteur particulièrement adapté à la formation
par apprentissage
3.3.4. Les métiers sociaux : une forte dynamique de création d’emplois

3.4. Le recrutement d’une personne handicapée par la voie de l’apprentissage ou du PACTE


4. LES FREINS AU DEVELOPPEMENT DES FORMATIONS EN ALTERNANCE DANS LE SECTEUR PUBLIC
4.1. La réussite au concours : une obligation préalable au recrutement de l’apprenti

4.2. La concurrence d’autres dispositifs, plus lisibles et mieux connus des employeurs publics
4.2.1. Une articulation peu claire entre contrat d’apprentissage et PACTE
4.2.2. La concurrence du recrutement sans concours en catégorie C
4.2.3. Dans la fonction publique hospitalière : une pratique de formation initiale proche,
mais distincte, de l’apprentissage
4.2.4. Le développement des contrats aidés

4.3. Un déficit d’image et de culture de l’apprentissage
4.3.1. L’apprentissage reste encore peu considéré comme une « voie noble »
4.3.2. Une méconnaissance des dispositifs et des aides disponibles par les différents
acteurs

4.4. De nombreux obstacles juridiques et administratifs
4.4.1. Certains textes nécessitent une mise à jour
4.4.2. Une procédure d’agrément préfectoral jugée lourde et inutile
4.4.3. Le contrôle des conditions de travail de l’apprenti et l’octroi de dérogations se
heurtent à un conflit de normes
4.4.4. La question des travaux dangereux pour les apprentis mineurs
4.4.5. Des conditions de qualification du maître d’apprentissage différentes dans le
secteur public et le secteur privé
4.4.6. Le maitre d’apprentissage n’est pas suffisamment valorisé
4.4.7. Une rémunération des apprentis différente dans le secteur public
4.4.8. Un manque de souplesse de l’administration en cas de formation pratique dans
plusieurs établissements

4.5. Des freins budgétaires et financiers
4.5.1. La nécessité de prendre en charge la totalité du coût de l’apprenti
4.5.2. Des pratiques régionales diverses sur la prise en charge du coût de formation des
apprentis
4.5.3. Une rémunération insuffisante du maître d’apprentissage
4.5.4. Dans la fonction publique d’Etat : l’obligation d’intégrer les apprentis dans les
plafonds d’emplois

4.6. Le cas des associations
4.6.1. Un manque de lisibilité des emplois offerts par le secteur associatif
4.6.2. Les maîtres d’apprentissage potentiels sont souvent des bénévoles
4.6.3. L’absence de financement de la formation et du salaire de l’apprenti


 
PROPOSITIONS
 

1. METTRE EN ŒUVRE UN PROGRAMME NATIONAL CONCERTE
1.1. Impulser une politique nationale volontariste relayée par une concertation régionale
renforcée
1.1.1. Un objectif : atteindre en 5 ans 100 000 jeunes formés en alternance dans le secteur
public, soit 2% de l’effectif global
1.1.2. Une volonté de programmation nationale et territoriale

1.2. Améliorer l’image et la connaissance des dispositifs de formation en alternance dans le
secteur public
1.2.1. Mettre en place un réseau de référents au sein des DRH des ministères, des établissements publics et des collectivités territoriales
1.2.2. Etendre le dispositif des développeurs d’apprentissage aux employeurs publics
1.2.3. Instaurer des outils Internet permettant une connaissance partagée de l’offre et de la
demande de formations et de recrutements en alternance dans le secteur public
1.2.4. Créer un guide de l’apprentissage pour chaque fonction publique
1.2.5. Organiser davantage de manifestations consacrées à l’apprentissage dans le secteur
public
1.2.6. Créer un observatoire sur le développement de l’apprentissage

1.3. Améliorer les conditions matérielles des apprentis : les propositions du livre vert de la
commission de concertation sur les politiques de jeunesse
1.3.1. Ouvrir aux apprentis un système équivalent au RSA complément de revenus
1.3.2. Le transport et le logement

2. SIMPLIFIER L’ACCES AU CONTRAT D’APPRENTISSAGE
2.1. Un principe général : harmoniser le contrat d’apprentissage du secteur public et le
dispositif de droit commun
2.1.1. Dans le domaine administratif
2.1.2. Dans le domaine pédagogique : utiliser le réseau de CFA existant


2.2. Supprimer les obstacles juridiques et administratifs
2.2.1. Dématérialiser et simplifier l’enregistrement des contrats
2.2.2. Supprimer l’agrément préfectoral de l’employeur public
2.2.3. Harmoniser les conditions d’expérience et de diplôme exigées du maître
d’apprentissage
2.2.4. Attribuer clairement à l’inspection du travail la mission de contrôler les conditions
de travail de l’apprenti et l’octroi de dérogations, notamment pour les travaux dangereux
réalisés par des apprentis mineurs
2.2.5. Aligner les modalités de rémunération des apprentis du secteur public sur celles des
apprentis du secteur privé
2.2.6. Favoriser l’application de la réglementation sur la formation pratique auprès de
plusieurs employeurs
2.2.7. Pour les collectivités locales de moins de 20 agents : sous-traiter la gestion
administrative et juridique des contrats d’apprentissage aux centres de gestion

2.3. Valoriser le maître d’apprentissage
2.3.1. Dégager du temps au maître d’apprentissage pour accomplir sa fonction
d’encadrement de l’apprenti
2.3.2. Encourager sa formation, et lui délivrer une attestation de compétences
2.3.3. Créer une gratification spécifique ou rémunérer le maître d’apprentissage par le
paiement d’heures supplémentaires


3. ORGANISER L’ACCOMPAGNEMENT VERS L’EMPLOI DES APPRENTIS
3.1. Articuler plus nettement la formation avec des perspectives de recrutement
3.1.1. Si l’apprenti souhaite être recruté dans la fonction publique
3.1.2. Si l’apprenti souhaite rejoindre le secteur privé

3.2. Proposer l’apprentissage aux jeunes bénéficiaires potentiels de contrats aidés


4. RENOVER LE PACTE
4.1.1. Elargir les conditions d’accès au PACTE et ouvrir le recrutement aux cadres
d’emplois et corps de catégorie B
4.1.2. Accroître la durée du PACTE à 36 mois et le temps consacré à la formation à 400
heures par an
4.1.3. Subordonner le recrutement dans la fonction publique à l’obtention d’un diplôme
ou d’un titre répertorié au RNCP, dans les mêmes conditions que pour le contrat
d’apprentissage.
4.1.4. Faire apparaître une articulation claire entre contrat d’apprentissage et PACTE

5. LEVER LES FREINS BUDGETAIRES ET FINANCIERS
5.1. Financer la formation des apprentis du secteur public
5.1.1. Intégrer les apprentis du secteur public dans le calcul de la subvention globale de
fonctionnement des CFA par les régions
5.1.2. Financer le coût résiduel de la formation des apprentis

5.2. Financer partiellement la rémunération des apprentis pour les collectivités territoriales
de moins de 20 agents

5.3. Apporter des moyens supplémentaires aux CFA

5.4. Un dispositif de prise en charge exceptionnel pour 2009-2010
5.4.1. Le Plan d’urgence du gouvernement pour l’emploi des jeunes
5.4.2. Pour compléter ce dispositif, il est proposé, pour une durée d’un an, une aide
supplémentaire de 3 200 € par apprenti accueilli dans le secteur public

5.5. Récapitulatif


 


CONCLUSION

ANNEXES

1. RECAPITULATIF DES PROPOSITIONS

2. LETTRE DE MISSION

3. LISTE DES PERSONNES RENCONTREES

4. LISTE DES SIGLES UTILISES

5. CONTRIBUTIONS DES ACTEURS CONSULTES

 










Introduction

L’état actuel de la conjoncture va engendrer une dégradation de l’emploi, risquant d’affecter
particulièrement les quelque 600 000 jeunes appelés à se présenter prochainement sur le marché du
travail. En effet, si la crise que nous traversons touche nombre de nos concitoyens, elle frappe
encore plus durement les jeunes, confrontés à un taux de chômage en progression de 40 % en un
an.

Mais l’emploi des jeunes doit aussi relever un défi structurel. Le taux d’activité des 20-24 ans est
aujourd’hui l’un des plus faibles des pays de l’OCDE. Or la France connaît une évolution
démographique qui va entraîner prochainement une stagnation de sa population active. Dans ce
contexte, l’amélioration du taux d’activité des jeunes représente un enjeu majeur pour notre pays.

La conjugaison de ces deux phénomènes rend indispensable une mobilisation renforcée de tous les
acteurs, pour développer l’insertion des jeunes sur le marché du travail et leur garantir un accès à la
qualification. L’apprentissage, et plus généralement les formations en alternance, constituent l’un
des outils les plus performants pour atteindre ces objectifs (1).

Avec 5,2 millions d’agents, le secteur public (2), premier employeur de France, est appelé à jouer un
rôle décisif dans le développement de l’emploi et de la formation des jeunes. A l’instar de l’effort
consenti par les branches professionnelles, il doit se mobiliser pour augmenter son potentiel
d’accueil en alternance. Les collectivités territoriales consultées se sont d’ailleurs déclarées
conscientes de la nécessité de participer activement à l’effort national de formation.

La formation en alternance, c’est aussi pour l’employeur public un instrument particulièrement
adapté de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Répondant ici à une logique de
pré-recrutement, le recours à l’apprentissage permet d’organiser en douceur le transfert de
compétences en prévision de départs en retraite qui s’annoncent nombreux dans les prochaines
années, et de diversifier, au bénéfice de tous, les sources de recrutement.

Dans le secteur privé, l’effort conjugué de l’ensemble des acteurs – Etat, entreprises, conseils
régionaux, chambres consulaires- s’est soldé par un essor satisfaisant des formations et
recrutements par la voie de l’alternance. Le nombre de jeunes inscrits dans les centres de formation
d’apprentis atteint 430 000 en 2008, un résultat en cohérence avec l’objectif de 500 000 apprentis
fixé pour 2010 par la loi de programmation pour la cohésion sociale (3). Ouvert au secteur public
depuis la loi du 17 juillet 1992, l’apprentissage dans les trois fonctions publiques a connu un
développement nettement plus modeste, puisque seules 6 400 nouvelles entrées ont été enregistrées en 2008, concentrées pour près des deux tiers au sein des collectivités territoriales. Le PACTE,
autre dispositif proposé aux employeurs publics pour recruter des jeunes formés en alternance,
connaît également un succès mitigé. Trois ans après son lancement, 1 700 embauches ont été réalisées par cette voie, essentiellement dans la fonction publique d’Etat.

C’est la raison pour laquelle le présent rapport s’attache à établir le constat des difficultés et des
freins qui ont pu entraver le développement des formations en alternance au sein des trois fonctions
publiques. Il propose ensuite une série de recommandations pragmatiques, destinées à libérer le
potentiel de formation et de recrutement de jeunes auprès des employeurs publics. Ce potentiel
représente une capacité de formation de 100 000 jeunes par an, un objectif accessible si les actions
proposées sont mises en œuvre dès l’automne 2009.

Ce rapport est le fruit de la consultation de tous les acteurs participant à l’élaboration et à la mise
en œuvre des politiques de formation en alternance : représentants des employeurs et des salariés
publics et privés, collectivités territoriales, chambres consulaires, représentants des centres de
formation d’apprentis, services de l’Etat. Je les remercie vivement pour la disponibilité dont ils ont
fait preuve, et les propositions constructives qu’ils ont apportées dans l’élaboration de ce travail
collectif.


(1) INSEE : L’apprentissage, entre formation et insertion professionnelles, Dominique Abriac, Roland Rathelot, Ruby
Sanchez – juin 2009

(2) Le « secteur public » désigne dans le présent rapport l’ensemble des personnes morales du secteur non industriel et
commercial, n’acquittant pas l’impôt sur les sociétés, et à ce titre non assujetties à la taxe d’apprentissage. Elles
regroupent notamment les services civils et militaires de l’État (administration centrale et services déconcentrés) ; les
conseils régionaux, les conseils généraux et les communes ; les établissements publics à caractère administratif ; les
hôpitaux publics, les maisons de retraite, les établissements sociaux et médico-sociaux ; les chambres consulaires
(chambres de commerce, chambres d’agriculture, chambres des métiers). Le cas des associations à but non lucratif, bien
que n’appartenant pas au secteur public, est également abordé. En revanche, les entreprises publiques (La Poste, la
SNCF, la RATP, EDF, GDF, Aéroports de Paris..), qui acquittent la taxe d’apprentissage, n’entrent pas dans le périmètre
de l’étude.

(3) Loi n°2005-32 du 18 janv. 2005 de programmation pour la cohésion sociale.