Introduction
L’état actuel de la conjoncture va engendrer une dégradation de l’emploi, risquant d’affecter
particulièrement les quelque 600 000 jeunes appelés à se présenter prochainement sur le marché du
travail. En effet, si la crise que nous traversons touche nombre de nos concitoyens, elle frappe
encore plus durement les jeunes, confrontés à un taux de chômage en progression de 40 % en un
an.
Mais l’emploi des jeunes doit aussi relever un défi structurel. Le taux d’activité des 20-24 ans est
aujourd’hui l’un des plus faibles des pays de l’OCDE. Or la France connaît une évolution
démographique qui va entraîner prochainement une stagnation de sa population active. Dans ce
contexte, l’amélioration du taux d’activité des jeunes représente un enjeu majeur pour notre pays.
La conjugaison de ces deux phénomènes rend indispensable une mobilisation renforcée de tous les
acteurs, pour développer l’insertion des jeunes sur le marché du travail et leur garantir un accès à la
qualification. L’apprentissage, et plus généralement les formations en alternance, constituent l’un
des outils les plus performants pour atteindre ces objectifs (1).
Avec 5,2 millions d’agents, le secteur public (2), premier employeur de France, est appelé à jouer un
rôle décisif dans le développement de l’emploi et de la formation des jeunes. A l’instar de l’effort
consenti par les branches professionnelles, il doit se mobiliser pour augmenter son potentiel
d’accueil en alternance. Les collectivités territoriales consultées se sont d’ailleurs déclarées
conscientes de la nécessité de participer activement à l’effort national de formation.
La formation en alternance, c’est aussi pour l’employeur public un instrument particulièrement
adapté de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Répondant ici à une logique de
pré-recrutement, le recours à l’apprentissage permet d’organiser en douceur le transfert de
compétences en prévision de départs en retraite qui s’annoncent nombreux dans les prochaines
années, et de diversifier, au bénéfice de tous, les sources de recrutement.
Dans le secteur privé, l’effort conjugué de l’ensemble des acteurs – Etat, entreprises, conseils
régionaux, chambres consulaires- s’est soldé par un essor satisfaisant des formations et
recrutements par la voie de l’alternance. Le nombre de jeunes inscrits dans les centres de formation
d’apprentis atteint 430 000 en 2008, un résultat en cohérence avec l’objectif de 500 000 apprentis
fixé pour 2010 par la loi de programmation pour la cohésion sociale (3). Ouvert au secteur public
depuis la loi du 17 juillet 1992, l’apprentissage dans les trois fonctions publiques a connu un
développement nettement plus modeste, puisque seules 6 400 nouvelles entrées ont été enregistrées en 2008, concentrées pour près des deux tiers au sein des collectivités territoriales. Le PACTE,
autre dispositif proposé aux employeurs publics pour recruter des jeunes formés en alternance,
connaît également un succès mitigé. Trois ans après son lancement, 1 700 embauches ont été réalisées par cette voie, essentiellement dans la fonction publique d’Etat.
C’est la raison pour laquelle le présent rapport s’attache à établir le constat des difficultés et des
freins qui ont pu entraver le développement des formations en alternance au sein des trois fonctions
publiques. Il propose ensuite une série de recommandations pragmatiques, destinées à libérer le
potentiel de formation et de recrutement de jeunes auprès des employeurs publics. Ce potentiel
représente une capacité de formation de 100 000 jeunes par an, un objectif accessible si les actions
proposées sont mises en œuvre dès l’automne 2009.
Ce rapport est le fruit de la consultation de tous les acteurs participant à l’élaboration et à la mise
en œuvre des politiques de formation en alternance : représentants des employeurs et des salariés
publics et privés, collectivités territoriales, chambres consulaires, représentants des centres de
formation d’apprentis, services de l’Etat. Je les remercie vivement pour la disponibilité dont ils ont
fait preuve, et les propositions constructives qu’ils ont apportées dans l’élaboration de ce travail
collectif.
(1) INSEE : L’apprentissage, entre formation et insertion professionnelles, Dominique Abriac, Roland Rathelot, Ruby
Sanchez – juin 2009
(2) Le « secteur public » désigne dans le présent rapport l’ensemble des personnes morales du secteur non industriel et
commercial, n’acquittant pas l’impôt sur les sociétés, et à ce titre non assujetties à la taxe d’apprentissage. Elles
regroupent notamment les services civils et militaires de l’État (administration centrale et services déconcentrés) ; les
conseils régionaux, les conseils généraux et les communes ; les établissements publics à caractère administratif ; les
hôpitaux publics, les maisons de retraite, les établissements sociaux et médico-sociaux ; les chambres consulaires
(chambres de commerce, chambres d’agriculture, chambres des métiers). Le cas des associations à but non lucratif, bien
que n’appartenant pas au secteur public, est également abordé. En revanche, les entreprises publiques (La Poste, la
SNCF, la RATP, EDF, GDF, Aéroports de Paris..), qui acquittent la taxe d’apprentissage, n’entrent pas dans le périmètre
de l’étude.
(3) Loi n°2005-32 du 18 janv. 2005 de programmation pour la cohésion sociale.