Résumé
Les situations d’ascension sociale, qui concernent 40 % d’une classe d’âge, demeurent majoritaires en France. Le déclassement, terme par lequel on désigne ordinairement les individus qui se situent à un niveau de l’échelle sociale inférieur à celui de leurs parents, est une réalité complexe, minoritaire du point de vue quantitatif. Il peut correspondre à un sentiment de frustration lié au décalage entre les aspirations (subjectives) et les possibilités sociales de satisfaction (objectives). Le présent rapport, qui passe en revue les différentes dimensions du déclassement (scolaire, professionnel, salarial, statutaire, etc.), souligne l’écart entre le niveau très élevé de crainte des Français et les principaux indicateurs socioéconomiques qui ne le justifient pas.
La première partie du rapport est consacrée à la quantification statistique du déclassement, mais aussi au rôle de l’éducation et de la formation dans la mobilité sociale. Elle revient sur les effets du vieillissement social qui, avec le départ à la retraite des générations du baby-boom, ouvre de nouvelles perspectives aux jeunes générations, plus qualifi ées que leurs parents (chapitre 1). La démocratisation scolaire ne constitue pas en effet une source de déclassement mais bien un facteur privilégié d’insertion professionnelle (chapitre 2), en lien avec la forte croissance des emplois qualifiés, qui ont doublé depuis les années 1980 (chapitre 3).
La deuxième partie est consacrée à l’évolution du niveau de vie des classes moyennes, sans commune mesure avec la forte anxiété enregistrée dans les enquêtes (chapitre 4). Alors que leur niveau de vie a presque doublé en l’espace d’une génération, la progression des dépenses contraintes, notamment en matière de logement, nourrit un sentiment croissant de restriction. Toutefois, les difficultés de logement restent essentiellement liées à l’accession à la propriété et concernent, au premier chef, les jeunes et les ménages modestes (chapitre 5). Par ailleurs, si le surendettement constitue un facteur aggravant du déclassement, il reste essentiellement causé par les accidents de la vie ou par la nécessité de faire face à des dépenses courantes (chapitre 6).
La troisième partie revient sur l’impact social et sociétal du déclassement et propose des pistes d’évolution de la protection sociale. Alors que la France consacre un tiers de son PIB aux dépenses de protection sociale (ce qui la place au premier rang des pays européens), son système d’État-providence perd en lisibilité, sans parvenir à rassurer les Français quant à leur parcours socioprofessionnel (chapitre 7). Par ailleurs, les retraites sont davantage perçues comme un impôt générationnel que comme un revenu différé, alors que les classes moyennes semblent quelque peu pénalisées par les mécanismes de redistribution socio-fiscale. Sur le plan de l’expression politique, le déclassement ne se traduit pas par un ancrage partisan particulier mais plutôt par des formes d’abstention et de retrait ponctuelles. En aucun cas, on ne peut parler de « vote déclassé » (chapitre 8).
En conclusion, le rapport recommande de favoriser l’insertion et la mobilité professionnelle des jeunes et des actifs, en renforçant notamment le service de la petite enfance et le système de formation initiale et continue (filières scientifiques et techniques du secondaire et du supérieur), et en développant un dispositif de prêts à remboursement contingent au revenu pour financer davantage les études longues. En matière de logement, le rapport recommande d’améliorer l’accès au logement des classes moyennes, en desserrant les contraintes physiques sur l’offre, en favorisant l’investissement privé et en rationalisant les aides publiques. Enfin, le rapport encourage à approfondir la dynamique de réforme de l’État-providence dans le sens d’une plus grande équité inter et intra-générationnelle (réforme des retraites, rééquilibrage du système de redistribution socio-fiscale en faveur des classes moyennes). Il est alors important de disposer de perspectives claires sur les réformes car le sentiment de déclassement s’enracine aussi dans une appréhension forte de l’avenir.