Retour
 
Enseignement

Pour des sciences humaines et sociales au coeur du système d'enseignement supérieur et de recherche

Auteur(s) :

Editeur :

  • Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche

Date de remise : Octobre 2010
179 pages

Pour lire les rapports au format PDF vous avez besoin d'un lecteur PDF.
Pour lire les rapports au format EPUB vous avez besoin d'un lecteur EPUB.

Numérique (PDF)
 
Télécharger

Siégeant depuis septembre 2009, le Conseil pour le Développement des Humanités et des Sciences Sociales poursuit, en lien avec la stratégie nationale pour la recherche et l'innovation (SNRI), les missions suivantes : explorer « les enjeux de formation, de qualification et d'insertion des étudiants qui choisissent les filières des sciences humaines et sociales de nos universités » ; « engager une réflexion sur la structuration de notre potentiel de recherche dans le nouveau paysage français qui s'appuie désormais sur des universités autonomes, les Instituts du CNRS, le réseau des Maisons des Sciences de l'Homme et l'ensemble des établissements et des organismes parties prenantes dans la production scientifique de ces champs de la connaissance » ; réfléchir aux spécificités de l'évaluation dans le domaine des sciences de l'homme et de la société ; « dégager les grands enjeux scientifiques qui animeront les sciences humaines et sociales françaises dans les années à venir » et « oeuvrer au renforcement » du potentiel de recherche français. Après deux rapports d'étape (remis respectivement les 14 janvier et 15 mars 2010), ce rapport synthétise les travaux du Conseil.




Composition du Conseil

 

Synthèse du Rapport final


Introduction : Les missions et les méthodes de travail du Conseil pour le Développement
des Humanités et des Sciences Sociales

   
Chapitre Un : Vers un enseignement plus généraliste dans les licences de sciences humaines et de sciences sociales
 

1. L’inadaptation de la spécialisation disciplinaire exclusive face à la massification des
effectifs étudiants

2. Les spécificités d’un enseignement universitaire plus généraliste

3. Donner aux étudiants d’université le sens des Humanités et des Sciences Sociales
a. La réflexion sur l’utilité des sciences humaines
b. La formation à la rigueur méthodologique
c. Transmettre précocement l’esprit du chercheur

Recommandations concernant l’adaptation des enseignement de licence SHS à un public étudiant nombreux et diversifié

 
Chapitre Deux: Les Sciences de l’Homme et de la Société face à la mission d’orientation et d’insertion professionnelle des étudiants par les universités
 

1. L’employabilité des étudiants en sciences humaines et sociales

2. Mise à niveau des étudiants. Orientation des bacheliers

3. Pour une approche globale de l’insertion professionnelle des diplômés de SHS :
Licence, Master, Doctorat
a. Le Master profite du travail d’insertion en Licence
b. Doctorat et insertion professionnelle

Recommandations pour favoriser l’insertion professionnelle des diplômés de sciences
humaines et de sciences sociales

 
Chapitre Trois : L’enseignant-chercheur en SHS : trouver le temps de la recherche
 

1. Le « syndrome des maquettes »

2. Toujours plus de temps perdu pour la recherche ?

3. Vers l’émergence de nouvelles solidarités entre enseignants-chercheurs de sciences
humaines et sociales

 

Recommandations sur le métier d’enseignant-chercheur en Sciences de l’Homme et de la
Société aujourd’hui

 
Chapitre Quatre : Le dispositif institutionnel de la recherche en SHS : un paysage en recomposition
 

1. Un dispositif en mouvement et en tension
a. L’autonomisation
b. Une mise en compétition dans une perspective mondiale

2. Les acteurs du système de recherche
c. un nouveau partage des rôles au sein du dispositif
d. Les opérateurs de recherche
e. Les réseaux de coopération
f. Les nouvelles agences : financement et contrôle

3. Les relations de partenariat
a. Les spécificités de la structuration des SHS
b.La mise en concurrence des
tutelles
c. Le co-pilotage des unités mixtes de
recherche
d. Les modalités d’association avec le
CNRS

4. Repenser les missions de l’InSHS

5. La coordination nationale des Sciences Humaines et Sociales : « l’Alliance
ATHENA »
a. Définir la mission de
coordination
b. L’acte fondateur : l’Alliance
ATHENA
Recommandations concernant la coordination entre universités et organismes en
SHS

 
Chapitre Cinq : L’évaluation en Sciences Humaines et Sociales
 

1. De la légitimité de l’évaluation scientifique
a. Une réalité ancienne dans le métier d’enseignement chercheur
b. …mais dont les modalités ont été bouleversées
c. Des évaluations répétitives ?
d. Une évaluation biaisée ?

2. Les inquiétudes quant aux indicateurs quantitatifs

3. L’émergence de nouvelles procédures d’évaluation ajustables …aux SHS
a. L’évaluation des SHS à l’AERES
b. Les projets de recherche financés par des agences de moyens
c. Le travail d’évaluation des jurys de
l’Exzellenzinitiative

Recommandations

 
Chapitre Six : Internationalisation de la recherche en SHS
 

1. Déclin de la diffusion internationale des SHS françaises ou évolution généralisée vers
le
monolinguisme ?

2. Accompagner l’effort d’internationalisation

3. Les instruments d’une politique d’internationalisation des SHS
a. Les laboratoires, groupements de recherche et les partenariats scientifiques
b. Les IEA
c. Les chaires internationales de recherche Blaise Pascal
d. Les centres de recherche français à l’étranger

4. Vers un déplacement des objets d’étude

Recommandations

 

Conclusion Générale du Rapport

 

Remerciements

  







Synthèse du rapport final

   

Siégeant depuis septembre 2009, le Conseil pour le développement des humanités et des
sciences sociales a reçu officiellement pour mission:
- d’explorer « les enjeux de formation, de qualification et d’insertion des étudiants qui
choisissent les filières des sciences humaines et sociales de nos universités » ;
- d’ « engager une réflexion sur la structuration de notre potentiel de recherche dans le
nouveau paysage français qui s’appuie désormais sur des universités autonomes, les
Instituts du CNRS, le réseau des Maisons des Sciences de l’Homme et l’ensemble desétablissements et des organismes parties prenantes dans la production scientifique de
ces champs de la connaissance » ;
- de réfléchir aux spécificités de l’évaluation dans le domaine des sciences de l’homme
et de la société ;
- de « dégager les grands enjeux scientifiques qui animeront les sciences humaines et
sociales françaises dans les années à venir » et « d’œuvrer au renforcement de notre
exceptionnel potentiel de recherche ».

Le titre du rapport « Pour des sciences humaines et sociales au cœur du système
d’enseignement supérieur et de recherche » met volontairement l’accent sur la vocation des
universités devenues autonomes à développer les missions d’enseignement et de recherche qui
sont les leurs, à les porter au plus haut niveau dans la compétition internationale et à considérablement renforcer leurs synergies avec les organismes de recherche.

Quelques mots sur la structure et le contenu de ce rapport final : il comprend six chapitres
thématiques qui se concluent chacun par une série de propositions répondant aux demandes
formulées dans la lettre de mission. Les rapports d’étape (remis respectivement les 14 janvier
et 15 mars 2010) nous ont donné l’occasion d’engager un dialogue avec tous les acteurs de
l’enseignement supérieur et de la recherche, y compris les représentants des étudiants, afin
que le rapport final tienne compte des échanges avec la communauté des enseignants chercheurs
ainsi que des perspectives des étudiants. Nous nous sommes efforcés de partir des
questions que se posent les acteurs du système d’enseignement supérieur et de recherche dans
leur activité quotidienne. C’est pourquoi nous avons commencé par réfléchir sur le contenu
des enseignements et sur l’insertion professionnelle des diplômés, avant d’en venir à la
question du métier de l’enseignant-chercheur. Les débats sur l’employabilité des étudiants ou
sur l’avenir du métier d’enseignant-chercheur ont connu, ces dix dernières années, dans nos
filières, une intensité particulière, sans aucun doute liée à une interrogation plus générale,
celle du sens que prennent les humanités et les sciences sociales dans le monde actuel.

Le chapitre I s’interroge sur la conception même de l’enseignement délivré aux étudiants en
licence. Il part du constat de l’inadaptation d’une spécialisation exclusivement disciplinaire
face aux nouveaux publics étudiants, plus nombreux et plus diversifiés quant à leurs parcours.
Une formation plus généraliste, ouverte à la pluridisciplinarité, est proposée. Les expériences
qui ont été engagées dans ce sens méritent d’être poursuivies et encouragées.
L’idée d’un « référentiel de la licence », dans l’esprit du « Plan Licence » et le prolongeant,
nous est apparue féconde. Les formules de licences rénovées devront trouver un nouvel équilibre entre enseignement disciplinaire et ouverture à la pluridisciplinarité, répondre à une
formation en termes de « compétences », faire une part à la réflexion sur l’utilité des sciences
humaines et sociales et développer la rigueur méthodologique dans l’esprit même de la
recherche. Une telle conception constituerait une avancée quant à la « professionnalisation» des études, entendue dans une acception large – c’est-à-dire faisant place, dès le premier
cycle, à la formation par la recherche. Cela conduit à traiter la question de l’insertion
professionnelle des diplômés. En effet, l’évolution de l’offre de formation en sciences
humaines et en sciences sociales doit répondre aux attentes des étudiants, pour qui les filières
de SHS forment de plus en plus à une grande quantité de métiers – au-delà de la formation
traditionnelle au métier d’enseignant.

Le chapitre II concerne la mission d’orientation et d’insertion professionnelle attribuée par la
LRU aux universités, à laquelle il convient d’accorder une attention prioritaire. L’utilisation
des notions de « professionnalisation » et d’ « employabilité » mérite d’être clarifiée. On fait
l’hypothèse que le fait de trouver un emploi pour un diplômé est lié à ses aptitudes à s’insérer
dans un milieu professionnel mais aussi aux attentes et aux habitudes des recruteurs. En aucun
cas, la formation ne peut s’apparenter à un processus qui déboucherait sur une offre de« produits » spécifiés et calibrés en fonction de la demande.
L’aide à l’insertion professionnelle doit devenir la pratique courante dans les filières de
sciences humaines et sociales, elle doit être préparée dès l’entrée de l’étudiant à l’université (sous la forme d’un projet professionnel personnalisé). Des instruments existent ou sont en
train d’être mis en place : observatoires, bureaux d’insertion professionnelle ; des expériences
encourageantes associant les milieux socio-économiques ont été menées.
Nous nous sommes interrogés sur la sélection par l’échec des étudiants au cours de la licence,
qu’il faut mettre en relation avec le « choix par défaut » de certaines filières pour lesquelles
une partie des bacheliers ne sont pas préparés. Faut-il engager un travail exigeant de remise à niveau ? L’éradication de l’échec en licence est au prix d’une orientation encadrant mieux et
de manière davantage coordonnée le choix des candidats et ceci dès l’enseignement
secondaire. Il est évident que pour assurer une plus grande égalité des chances et une
meilleure efficacité pédagogique, la refonte du système d’accueil, d’information et
d’orientation s’impose et doit être fondée sur la responsabilité de l’ensemble des acteurs.
Les perspectives d’insertion professionnelle des doctorants ont fait l’objet d’échanges
fructueux avec leurs représentants. Le doctorat mérite d’être considéré comme une première
expérience professionnelle ainsi qu’une voie d’accès à une diversité de métiers. Le contrat
doctoral facilitera une évolution qui appelle une meilleure lisibilité de la dimension
professionnelle du doctorat et une amélioration des dispositifs d’encadrement dans le cadre
des écoles doctorales. Surtout, le doctorat doit être pensé comme l’aboutissement suprême
d’une formation à la vie professionnelle par la recherche.

Le chapitre III fait une place aux interrogations des enseignants-chercheurs en sciences
humaines et sociales concernant l’évolution de leur métier, son caractère polyvalent, les
nouvelles exigences de performance et d’efficacité qui sont demandées et les frustrations qui
en découlent. Soumis à des exigences contradictoires, de nombreux enseignants-chercheurs éprouvent un mal-être lié à l’alourdissement de leurs tâches qui s’exprime, notamment, par le « syndrome des maquettes » qu’ils doivent sans cesse remettre sur le métier. La perte du
temps indispensable à l’avancement de la recherche est durement ressentie par la plupart des
enseignants-chercheurs.
Le Conseil recommande une meilleure prise en compte de toutes les facettes du métier de
l’enseignant-chercheur ainsi que la reconnaissance de profils d'enseignant-chercheur variés
qui s’accompagnerait de la possibilité au cours d’une carrière de faire valoir différemment les
dimensions et les qualités constitutives du métier. L’accès au « congé sabbatique » régulier
que permet le nouveau statut des enseignants-chercheurs, l’augmentation des possibilités
d’accueil offertes par le CNRS et l’IUF, permettront aux enseignants-chercheurs de se
consacrer pleinement, à intervalles réguliers, au développement de leurs projets de recherche,
tout en assumant pleinement l’allongement de l’année universitaire et la diversification des
missions qu’implique aujourd’hui leur métier.

Le chapitre IV fait retour sur le dispositif institutionnel de la recherche qui a fortement évolué depuis 2005. Il souligne les effets du train de réformes sur la gouvernance et les modalités de
pilotage du système de recherche et d’enseignement supérieur. L’autonomisation des
universités et la mise en compétition des chercheurs, des unités et des établissements ont
modifié la donne. Dès le premier rapport d’étape (15 janvier 2010) le Conseil avait avancé qu’une meilleure coordination des acteurs de la recherche du domaine des SHS lui semblait
indispensable. La réflexion s’est poursuivie dans le cadre d’une concertation élargie aux
acteurs institutionnels concernés, en vue de la constitution d’une Alliance des SHS.
Le Conseil a souligné le rôle des réseaux de coopération (Réseau des MSH, réseau des IEA)
conçus pour être des instruments de la structuration du potentiel de recherche et de l’ouverture
internationale. Il recommande de veiller à une meilleure articulation de leurs missions
respectives, à une plus forte mutualisation de leurs services et de leurs équipements, ainsi qu’à une insertion réfléchie dans les politiques de site.
Le Conseil a prêté une attention particulière aux relations de partenariat entre les composantes
du système de recherche, en particulier s’agissant du co-pilotage scientifique des unités
mixtes de recherche. Il souhaite que la politique scientifique du CNRS et de ses instituts soit
formulée avec clarté en ce qui concerne les modalités d’association avec les établissements
universitaires. Compte tenu du nouveau contexte institutionnel, le rôle d’opérateur structurant
de l’InSHS, au niveau national, invite à redéfinir le champ et les modalités de son
intervention.
Se réjouissant de la fondation de l’Alliance ATHENA, cette Alliance des SHS dont il avait
recommandé le principe, le Conseil souhaite que sa création favorise une meilleure
concertation des opérateurs de recherche du domaine. C’est dans le cadre de l’Alliance que
pourra être poursuivie la réflexion sur la cohérence d’ensemble du dispositif institutionnel
dans la nouvelle configuration des universités et des organismes de recherche.

Le chapitre V est consacré à la question très débattue de l’application des méthodes de
l’évaluation aux disciplines des SHS. Le Conseil plaide pour une évaluation
multidimensionnelle reliant les dispositifs et les procédures aux objectifs et aux attentes. Il
s’agit de prêter attention à la cohérence des différentes formes d’évaluation qui restent le plus
souvent dissociées : évaluation des enseignants-chercheurs, des chercheurs, des unités de

recherche, des filières de formation, des établissements. Le CDHSS tient à rappeler les
principes de l’évaluation : respecter la disjonction de la décision politique et du jugement
scientifique ; impliquer les chercheurs et les enseignants-chercheurs dans la conception des
modalités d’évaluation (par un processus de consultation, par la diffusion de l’auto-évaluation
et par l’institution de la « fiche unique ») ; produire une définition explicite des critères et des
indicateurs et introduire, si nécessaire, une pondération de ceux-ci. Le CDHSS a pris la
mesure des avancées importantes pour élaborer des indicateurs bibliométriques et améliorer
les bases de données. Il considère indispensable de combiner les données quantitatives
bibliométriques et une évaluation qualitative fondée sur le jugement par les pairs, impliquant
la lecture des travaux de recherche. La reconnaissance de la nécessité de l’évaluation ne doit
pas conduire à une inflation évaluative et à une multiplication des dossiers d’évaluation. Une
simplification sous forme de fiche unique de l’enseignant-chercheur ou du chercheur devrait être introduite.

Le chapitre VI met l’accent sur les diverses formes qui concourent à l’internationalisation des
SHS : diffusion des publications, circulation des chercheurs et des étudiants, ouverture des
enseignements sur les cultures du monde. La volonté affichée d’améliorer la visibilité internationale des SHS invite à établir au préalable le bilan des ressources investies et des
résultats obtenus afin de mieux définir les objectifs de la politique de soutien à l’internationalisation. Surtout, nous avons voulu insister sur le fait que la politique
d’internationalisation serait insuffisante, voire inefficace, si elle ne s’accompagnait pas d’une
diversification des objets d’enseignement et de recherche en sciences humaines et sociales.
L’insuffisante maîtrise des langues étrangères par les chercheurs français n’est que la partieémergée de l’iceberg : l’enseignement supérieur et la recherche font encore une place
insuffisante à l’analyse du monde extra-européen. Non pas que la France ne dispose d’une
recherche de pointe sur les sociétés du monde ni d’un réseau extraordinaire d’institutions de
recherche à l’étranger ; mais en termes de variété des enseignements, en particulier en premier
cycle, et d’effectifs de chercheurs, le « reste du monde » n’est pas suffisamment présent. Le
renouveau des contenus est aussi indispensable que celui des structures.
Une réflexion de notre collègue Aldo Schiavone conclut ce rapport. Elle esquisse les grandes
lignes de la transformation que les humanités sont en train de vivre et invite à une nouvelle
alliance entre les savoirs.