INTRODUCTION
Ils sont âgés de seize à trente ans. Accompagnés de leurs chiens, vêtus, coiffés et parés selon les règles esthétiques des groupes punks ou babas vers lesquels vont leurs adhésions culturelles, en petits groupes informels, souvent dans des états seconds liés à l'utilisation massive d'alcools et de toxiques divers, ils errent toute l'année de festivals en festivals, de gares en gares, de permanences d'associations caritatives en squatts hivernaux.
Ils ne sont pas "fugueurs", ou très peu, car pratiquement tous sont majeurs, pas "clochards" car ils rejettent cette image sociale et l'appellation de "sans domicile fixe" qui est son corollaire, pas non plus routards comme l'étaient ces jeunes des années soixante-dix car leurs itinéraires sont largement le fait du hasard et se limitent à l'hexagone ou pour quelques uns à quelques brefs passages intéressés en Hollande ou au Maroc. Ils se qualifient de zonards, acteurs d'une zone revendiquée, style de vie qu'ils disent avoir consciemment choisi dans une recherche de liberté et de convivialité pour mettre leurs actes en accord avec leur pensée.
La rencontre avec ces jeunes dans des festivals de musique et de théâtre et dans les lieux d'accueil et d'hébergement provisoire qui y sont organisés et gérés pour l'occasion, les acquis de nombreux entretiens tenus avec eux à diverses heures du jour et de la nuit, l'observation de leurs comportements de groupes et l'écoute attentive et chaleureuse de leurs soucis et de leurs rêves qui déclenche très vite des flots de confidences et d'appels font cependant penser que la réalité de leur vie est nettement moins belle que la fiction qu'ils en présentent. La vie de zonard est beaucoup plus pour eux la fuite en avant douloureuse et désespérée d'une souffrance individuelle impossible à gérer et à dépasser, que la mise en acte du choix d'un mode de vie épanouissant fait d'hédonisme et de liberté.