SYNTHESE
1. CONTEXTE ET OBJET DE L'ETUDE
Issus d'une politique urbaine fondée sur le principe du zonage, les quartiers dits "en difficulté", au nombre de 500 à 600 sur le territoire national, présentent un caractère quasi monofonctionnel ; l'habitat collectif y constitue de fait la composante urbaine essentielle même si elle s'accompagne souvent de commerces de proximité. En dehors de ces derniers, les activités économiques sont, en effet, très peu présentes dans les quartiers en difficulté, qu'il s'agisse d'entreprises artisanales, de PME, d'établissements bancaires ou même de certains services publics.
Cette absence, ou du moins cette déficience, en activités économiques apparaît préjudiciable à l'équilibre et au développement tant social qu'économique des quartiers en difficulté ; ainsi, n'est-il pas déraisonnable de penser que l'implantation et le développement d'activités économiques diversifiées contribueraient à améliorer la situation de ces quartiers non seulement en termes d'emploi pour les habitants mais également en termes d'animation urbaine et de revalorisation de l'image. Cette mixité habitat / activités 1 constituerait donc un facteur favorisant l'amélioration de la situation des quartiers en difficulté. Telle est en tout cas l'hypothèse sous-tendant la présente étude.
Dans ce contexte, la faisabilité et les conditions de l'implantation et du développement d'activités économiques dans les quartiers en difficulté ont été appréciées lors de cette étude sous l'angle particulier de l'analyse de la position des décideurs économiques et de leurs mécanismes de décision. Il est bien clair qu'il ne s'agit là que de l'une des dimensions du problème et que le processus d'évolution urbaine met en jeu bien d'autres acteurs : collectivités locales, Etat par la définition et la mise en oeuvre de la politique de la Ville, organismes propriétaires, associations d'habitants ... Il convient tout de même de souligner qu'on ne saurait attirer des activités économiques (donc des entreprises, quelle que soit leur forme) dans les quartiers en difficulté sans prendre en compte les comportements, rationalités et modes de décision propres à ces activités.
L'étude a d'ailleurs été conduite en parallèle des réflexions menées par l'équipe d'appui 50 quartiers (rassemblant l'Etat - DIV, DAU, DHC -, la CDC et l'UNFOHLM), réflexions illustrées notamment par le rapport d'Auguste Thouard Conseil "Développement d'immobilier d'entreprises et insertion d'activités économiques dans les quartiers d'habitat social".
Dans cette optique, l'analyse a comporté les objectifs suivants :
. dresser un état des lieux synthétique des activités économiques présentes dans les quartiers en difficulté
. apprécier la faisabilité de l'implantation et du développement d'activités économiques dans les quartiers en difficulté
. définir les conditions favorisant le maintien, l'implantation et le développement d'activités économiques dans ces quartiers
. déterminer les types d'activités économiques susceptibles de s'y implanter et de s'y développer.
2.METHODOLOGIE DE L'INTERVENTION
L'intervention a fait appel à trois sources d'informations et de réflexions distinctes mais complémentaires :
. L'organisation de trois tables rondes à Paris, Lyon et Chalon-sur-Saône, réunissant chacune une dizaine de décideurs économiques de tous horizons (responsables d'administrations et entreprises publiques, responsables d'établissements bancaires, dirigeants d'entreprises, commerçants, etc.), les sites ayant été arrêtés en liaison avec l'équipe "appui 50 quartiers".
. La réalisation de 7 entretiens individuels avec les responsables des instances représentant les entreprises, les syndicats patronaux locaux ou des responsables d'entreprises "partenaires" concernées par le développement d'activités économiques dans les quartiers en difficulté.
. L'analyse des articles parus dans la presse sur ce thème depuis quelques mois.
3. PRINCIPAUX RESULTATS
3.1.Etat des lieux des activités économiquesprésentes dans les quartiersen difficulté
3.1.Etat des lieux des activités économiquesprésentes dans les quartiersen difficulté
Trois grands types d'activités sont aujourd'hui présents1 dans les quartiers en difficulté :
- les commerces ;
- les agences d'entreprises publiques ou bancaires ;
- les entreprises industrielles.
Les motivations d'implantation de ces entreprises dans les quartiers en difficulté sont d'ordres divers, les principales étant constituées par:
. la présence d'une zone de chalandise (commerces, agences d'entreprises publiques ou bancaires)
. des conditions financières attractives (commerces)
. une obligation de service public, doublée de la volonté de contribuer à l'amélioration de la situation dans ces quartiers (agences d'entreprises publiques ou bancaires)
La principale difficulté rencontrée dans l'exercice de leur activité par les entreprises implantées dans des quartiers en difficulté réside dans l'insécurité latente, ressentie tant au niveau des biens que des personnes (vols, agressions ...).
Enfin, il convient de souligner que deux facteurs freinent l'implantation des entreprises dans les quartiers en difficulté :
. la lourdeur des procédures, pénalisant le travail mené par les acteurs locaux, par exemple les chargés de mission INSER-ECO ;
. la méconnaissance par les décideurs économiques des aides favorisant les implantations d'entreprises dans les quartiers en difficulté.
3.2.Faisabilité de l'implantation etdu développement d'activités économiquesdans les quartiers en difficulté
3.2.Faisabilité de l'implantation etdu développement d'activités économiquesdans les quartiers en difficulté
Malgré l'existence de réels obstacles à l'implantation des entreprises dans les quartiers en difficulté (insécurité, absence d'animation, difficultés de circulation, image négative, niveau d'imposition, sans oublier la concurrence des technopôles ou parcs d'activité voisins), les acteurs du monde économique ne considèrent pas que ce projet relève d'une gageure.
Cependant, les implantations d'entreprises dans ces quartiers ne pourront se faire, selon les décideurs économiques, que si un certain nombre de conditions se trouvent réunies :
. restructuration urbaine des quartiers en difficulté
. restauration concommittante de l'image de marque de ces quartiers
. respect de conditions normales de fonctionnement des entreprises au sein de ces quartiers
. constitution d'une offre immobilière adaptée aux besoins des entreprises
. incitations financières, en particulier fiscales
3.3. Conditionsfavorisant l'implantation et le développementd'activités économiques dans lesquartiers en difficulté
3.3. Conditionsfavorisant l'implantation et le développementd'activités économiques dans lesquartiers en difficulté
. Première condition aux yeux des chefs d'entreprise, le respect de conditions normales de fonctionnement des entreprises se traduit par:
- une garantie de sécurité des biens et des personnes ;
- la présence d'un centre de vie dans les quartiers (restauration, commerces, services) ;
- la desserte régulière des quartiers par les transports en commun ;
- la proximité de services aux entreprises ;
. Les incitations financières constituent une condition nécessaire pour favoriser l'implantation d'entreprises dans les quartiers, mais elles ne sont en aucun cas suffisantes à elles seules. Par ailleurs, il est important de souligner que les chefs d'entreprises recherchent la simplification des démarches administratives autant que des aides financières. Ces dernières peuvent prendre la forme d'exonérations fiscales, d'aides à l'embauche, de loyers gratuits (ou minorés) ou de subventions à l'acquisition, de prêts à taux privilégiés, voire de prises de participation au capital des entreprises.
. La restauration de l'image des quartiers en difficulté est primordiale pour les chefs d'entreprise. En effet, l'image donnée par le site d'implantation fait partie des critères de choix des entreprises en matière d'implantation. Il est donc nécessaire de faire évoluer l'image des quartiers parallèlement à l'évolution de leurs caractéristiques.
. La restructuration urbaine des quartiers en difficulté passe par :
- l'amélioration de la situation des centres commerciaux dans les quartiers, qui prennent encore trop souvent l'aspect de "blockhaus" au centre des quartiers ;
- la résolution des difficultés d'accès au coeur des quartiers.
. Compte-tenu du rôle non négligeable joué par l'aspect architectural lors des prises de décision en matière d'implantation, il apparaît nécessaire de proposer aux entreprises une offre immobilière adaptée à leurs besoins, qui se traduit par un rapport qualité / services/ prix qu'elles ne trouveraient pas ailleurs. Les transformations d'usage ne peuvent en règle générale satisfaire ces exigences, sauf dans le cas des entreprises artisanales ; la construction de bâtiments dédiés constitue donc fréquemment un préalable à l'implantation d'entreprises dans les quartiers en difficulté.
3.4. Types d'activitéséconomiques susceptibles d'êtreconcernées par une implantation dansun quartier en difficulté
3.4. Types d'activitéséconomiques susceptibles d'êtreconcernées par une implantation dansun quartier en difficulté
Une segmentation des entreprises, effectuée selon leurs critères d'implantation, a abouti au tableau ci-dessous :
Il en ressort que :
. les commerces apparaissent tout à fait adaptés à une implantation dans les quartiers en difficulté. De plus, en tant que composantes du centre de vie, ils apparaissent comme le préalable nécessaire à l'implantation d'autres types d'activités.
. les agences de services publics ou bancaires apparaissent relativement bien adaptées à une implantation dans les quartiers en difficulté. Cependant, étant donné leur aspect symbolique, il sera nécessaire qu'elles associent étroitement la population locale à leur implantation et leur développement au sein du quartier.
. les petites entreprises industrielles, artisanales ou de services sans souci d'image apparaissent relativement bien adaptées à une implantation dans les quartiers en difficulté, mais elles seront exigeantes en termes d'actions d'accompagnement.
D'une manière générale, les entreprises susceptibles de s'implanter dans les quartiers en difficulté correspondent donc au profil suivant :
. activités : commerces, agences de services publics ou bancaires, activités industrielles ou de services sans souci d'image, artisans.
. âge : jeunes, car sans attache, sensibles aux arguments financiers et susceptibles d'embaucher des habitants du quartier.
. taille : relativement petite, de par le manque d'espace propre à ces quartiers et la jeunesse des entreprises.
3.5. Conclusions
3.5. Conclusions
. L'implantation d'activités économiques dans les quartiers en difficulté apparaît donc possible aux yeux des décideurs économiques.
. Les organisations représentatives des entreprises sont prêtes à favoriser ces implantations en jouant un rôle d'information et de conseil auprès des entreprises et en relayant les pouvoirs publics à l'échelon local. Cependant, il apparaît clairement que l'impulsion en la matière doit venir de l'Etat et que l'action effective de ces organisations dépendra de la motivation personnelle de leurs dirigeants.
. Enfin, les conditions d'enclenchement d'une dynamique favorisant l'implantation d'activités économiques dans les quartiers en difficulté sont, selon nous, les suivantes :
- associer les habitants des quartiers concernés à la démarche, en leur faisant valider la nature des implantations envisagées ;
-adapter la nature des activités candidates à l'implantation aux caractéristiques socioculturelles du quartier;
- chercher à implanter ou maintenir les commerces avant toute autre activité ;
-faciliter les démarches des entreprises désireuses de s'implanter dans un quartier en leur attribuant un interlocuteur administratif unique ;
- offrir un immobilier d'entreprise adapté et facile d'accès (donc souvent en limite du quartier) ;
- favoriser, dans la mesure du possible, l'implantation simultanée de plusieurs entreprises ;
- lancer une action locale de communication visant à réhabiliter l'image du quartier (et offrir aux entreprises une adresse valorisante).
En tout état de cause, la démarche ne devra pas être être définie de manière uniforme à l'échelon national, mais adaptée aux spécificités de chaque quartier. En effet, les situations réelles au regard de la question de l'implantation des activités économiques sont très variables. Aussi conviendra-t-il d'effectuer une typologie solide des quartiers en difficulté avant d'élaborer les plans d'actions les concemant.