Retour
 

Conférence de la famille 1998 : la vie quotidienne des familles : rapport à Mme la Ministre de l'emploi et de la solidarité

Auteur(s) :

Editeur :

  • Ministère de l'emploi et de la solidarité

Date de remise : Mai 1998
58 pages

Pour lire les rapports au format PDF vous avez besoin d'un lecteur PDF.
Pour lire les rapports au format EPUB vous avez besoin d'un lecteur EPUB.

Numérique (PDF)
 
Télécharger

Ce rapport s'articule autour de quatre grandes axes de propositions : - la politique familiale et la reconstruction du lien social, - le logement et l'aide au logement pour les familles en difficultés, - la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle, - la gestion du temps libre : entre l'accueil des jeunes enfants dans les structures publiques, et l'importance du temps partagé au sein de la cellule familiale.


SOMMAIRE


INTRODUCTION


CHAPITRE I : POLITIQUE FAMILIALE ET RECONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL


CHAPITRE II : éléments de réflexion émanant du Groupe local (Clermont-Ferrand, avril 1998)


CHAPITRE III : LE LOGEMENT


CHAPITRE IV : CONCILIATION VIE FAMILIALE ET VIE PROFESSIONNELLE


CHAPITRE V : METTRE EN COHERENCE LES AIDES PUBLIQUES EN FAVEUR DE L'ACCUEIL DES JEUNES ENFANTS


CHAPITRE VI : LE TEMPS LIBRE : ENJEUX EDUCATIFS ET SOCIAUX







INTRODUCTION


On entend trop souvent dire que si notre société fonctionne mal. Si les comportements déviants de certains jeunes mettent en péril la cohésion sociale, c'est parce que les familles ne jouent plus leur rôle :


- Elles éduqueraient moins bien,


- Elles ne transmettraient plus de valeurs, etc...


Au nom de cela, et pour des effets médiatiques, vite éteints, on entend des déclarations péremptoires de tel ou tel politique :


- « Supprimons les allocations familiales aux familles défaillantes »


- « mettons en prison les parents des délinquants, etc... »


Trop souvent également devant le simple travail éducatif, certains professionnels n'auraient comme recours que les services de police ou de justice.


Pour ma part, parce que je dirige un établissement d'enfants handicapés depuis plus de 20 ans, adjointe à la mairie de Clermont-Ferrand depuis 15 ans, je ne m'inscris pas dans cette façon de penser.


J'ai en effet trop souvent entendu les réelles difficultés que vivent certaines familles.


Les jeunes ne trouvent pas d'emploi et ne quittent donc pas la maison, où les conflits surgissent.


Certaines allocations familiales supprimées à l'âge normal, mettent en péril les budgets familiaux.


Les effets des ruptures, séparations, divorces, violence, se font ressentir pendant des années, aussi bien sur les femmes, les hommes et les enfants.


Je pense que les parents restent les acteurs principaux pour la construction du lien social, mais qu'ils ne sont pas les seuls acteurs de l'éducation.


L'école joue un rôle dans la construction de la personnalité, mais elle ne fonctionne que 170 jours par an.


D'autres acteurs, services municipaux, associations sportives, culturelles et sociales, contribuent largement à l'éducation des enfants et des adolescents.


C'est donc aujourd'hui une politique globale de la famille qui est nécessaire.


Les conditions de logement, la stabilité de l'emploi, l'accès aux équipements et services collectifs, un système scolaire de qualité, la sécurité dans les transports et dans la rue, jouent un rôle tout aussi primordial que les prestations attribuées aux familles.


Il faudrait bien sûr rappeler à certains parents, leurs responsabilités, aider ceux qui peinent, et pas seulement en terme économique, à assurer leur rôle de parents.


Mais rien ne peut remplacer la famille même si sa composition change rapidement.


Tout ce qui sous-tend ce rapport, repose sur le fait que les femmes aspirent aujourd'hui à l'autonomie, et veulent exercer une activité professionnelle.


Elles ne sont donc plus seulement les mères toutes dévouées à leur mari et à leurs enfants, à qui l'on demandait de garantir le confort et la sécurité.


La difficulté est aujourd'hui de concilier la vie professionnelle et la vie familiale, et de trouver le temps pour éduquer les enfants.


Dans le court laps de temps de ma mission, il ne m'a malheureusement pas été possible de traiter de façon exhaustive l'ensemble des questions de la vie quotidienne.


Je n'ai donc pas abordé les questions ayant trait à la prise en charge des cantines, aux effets du transport sur le temps qui reste.


Je n'ai pas abordé non plus les problèmes de santé, pas plus que l'aspect spécifique de la présence d'un enfant handicapé dans une famille.


Mon rapport s'articule donc autour de 4 axes de propositions :


1- Conforter les familles dans leur rôle éducatif en soutenant la parent alité, en prévenant les dysfonctionnements familiaux, en repérant de façon précoce les troubles de comportement, en accompagnant les ruptures.


2- Promouvoir une politique du logement qui prenne mieux en compte la dimension évolutive des familles, notamment celles qui connaissent des difficultés, et les besoins spécifiques des jeunes adultes.


3- Concilier vie familiale et vie professionnelle en développant et diversifiant les congés parentaux et familiaux, en adaptant et en améliorant le dispositif d'accueil et de garde des jeunes enfants.


4- Développer une véritable politique du temps libre des jeunes et de leurs parents.


Que soient particulièrement remerciés ici : Guy JANVIER, Conseiller Technique de Martine AUBRY pour sa disponibilité et sa compétence. Pierre GAUTHIER, Directeur de l'action sociale qui a mis à ma disposition l'ensemble de ses services, ainsi qu'un rapporteur de qualité en la personne de Philippe SAINT-MARTIN, dont je tiens à saluer la compétence, la curiosité intellectuelle, et la grande force de travail.


Merci également à mon groupe Clermontois : Pierre DANEL, Directeur du CRDP, mon ancien directeur de cabinet, Patrick BEAU et Claude PASSAVY (HLM), Yves LAIR, Président de la FNMOS, Michèle MANLHIOT, Culture des Quartiers Mairie, Georges COLLAY, Directeur du CCAS. Ma collègue, adjointe aux Affaires Sociales, Françoise NOUHEN, Gérard DUTHY, Inspecteur d'Académie Adjoint. En cette période de remise de palmes, une mention particulière à Maurice DAUBANNAY, Inspecteur de l'Education Spécialisée de Clermont-Ferrand, qui à rédigé avec talent le chapitre II.


Michèle ANDRE


Propositions


* Faut-il étendre l'A.R.V.E.J. à l'ensemble des établissements ?


Si l'aménagement des rythmes de vie est favorable chacun doit pouvoir en bénéficier quel que soit son lieu d'habitation ou son origine sociale : l'école de la République, laïque et citoyenne doit être la même pour tous les enfants, surtout quand elle est imaginative et créative.


Il serait opportun d'initier une évaluation pour mesurer les effets de l'aménagement des rythmes et de convenir de leur suppression, de leur maintien ou de leur extension.


Par ailleurs ne faut-il pas s'interroger sur l'opportunité d'une extension de la semaine de 4 jours ? (solution différente de l'aménagement des rythmes scolaires) :


Une étude du CREDOC révèle que :


- 1 classe sur 5 n'a cours ni le mercredi ni le samedi (école primaire)


- 75 % des parents sont satisfaits d'une manière générale


- 78 % des parents la jugent positive pour la vie familiale


- 57 % des parents la jugent positive pour les activités périscolaires.


Mais cette extension n'est pas sans risque : comment les familles modestes vont elles meubler ce temps libre supplémentaire ? Comment concilier vie professionnelle, vie familiale, et temps scolaire ?


* L'ouverture des écoles en dehors des heures de classe en y organisant des activités afin d'éviter que les jeunes ne soient livrés à eux-mêmes.


* Généralisation de l'accompagnement scolaire qui mobilise déjà de nombreuses associations et bénévoles, tout en y impliquant fortement l'institution scolaire. Le concours des emplois jeunes pourrait renforcer cette dynamique.


Il s'agit de faire un pilotage départemental unique des 3 dispositifs (animation éducative périscolaire, Résaux Solidarité Ecole, Contrats locaux d'accompagnement scolaire : CLAS) permettant un développement complémentaire des actions grâce notamment à un appel à projet conjoint et à un dossier d'instruction et de financement.


Cet accompagnement scolaire pourrait être articulé avec les politiques du temps libre conduites au plan local d'autant que de nombreux équipements de proximité, tels les centres sociaux, initient cette activité et développement des programmes avec les jeunes.


* D'une manière générale aussi bien pour lesintervenants extérieurs à l'école que pour les animateurs des centres de loisirs, il est vivement souhaité que ceux-ci soient mieux formés aux différentes tâches qu'ils accomplissent.


Une professionnalisationest indispensable. L'attribution de bourses pour aider les jeunes à préparer le BAFA et le BAFD contribue à ce processus et répond pour partie à cette nécessité.


* Réinstaurer la démocratie dans les collèges et les lycées où les élèves souhaitent d'une part avoir une participation plus active dans l'organisation de la vie scolaire et d'autre part se rapprocher de leurs enseignants.


CONCLUSION :


Le temps libre des enfants et des jeunes, moment privilégié de développement des aptitudes singulières de chacun, constitue un pôle de vie indispensable à leur épanouissement intellectuel, physique et psychologique, à l'apprentissage de l'autonomie et d'une citoyenneté de plus en plus nécessaire.


En l'absence de toute structuration, le temps libre peut devenir le temps de l'ennui, de l'exclusion, de la violence urbaine, de la toxicomanie...


C'est pourquoi l'Etat, au nom de la cohésion sociale, doit veiller à ce que tous les enfants et les jeunes puissent vivre leur temps libre comme un temps choisi de qualité. Corrélativement, la commune ou l'instance intercommunale semble être l'échelon le plus adapté pour impulser une offre correspondant à la diversité des besoins et des attentes des jeunes comme de leurs familles. Elle est l'instance la plus à même de mobiliser la diversité des acteurs sociaux, tout particulièrement les associations sans oublier les entreprises.


Face à la multiplicité des initiatives comme à l'ampleur des attentes non satisfaites, la constitution au plan local sur la base d'une charte de qualité d'un réseau d'acteurs en charge d'informer, d'accueillir, d'accompagner, de favoriser la participation des jeunes, apparaît comme une nécessité. A cet égard, un rapprochement des initiatives prises par les ministères de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, de la culture et de la communication et par la CNAF autour de ses contrats "Enfance" et "Temps Libre" pourrait constituer un catalyseur pour les communes qui souhaitent s'engager dans une politique globale du temps libre.


D'ores et déjà, là où ils sont implantés, les centres sociaux se verraient proposer un rôle d'opérateur central compte tenu de leur implication dans l'animation de la vie locale et l'organisation de services en direction des familles et des enfants et plus récemment des jeunes.


Enfin, sans pouvoir être exhaustif, la mise en cohérence des politiques du temps libre pourrait s'enrichir de la concertation sur le terrain liée à la généralisation, récemment décidée par le gouvernement, des Comité d'Education à la Santé et à la Citoyenneté, qui succèdent aux Comités d'Environnement Social, avec pour mission de mettre en oeuvre deux démarches de globalisation : suivi des jeunes dans et hors de l'école et constitution en réseau des acteurs de l'action éducative qui doit reposer sur quatre principes : participation des enfants, implication des familles, cohérence éducative et inscription dans la durée. Si cette orientation était retenue, elle impliquerait toutefois que l'école accepte de partager avec la famille et les autres acteurs du temps libre ses prérogatives éducatives.







Madame la ministre,


Parce que la famille représente un élément central de la cohésion sociale, en même temps qu'elle est le premier creuset où se construit la personne, le Gouvernement attache le plus grand prix à conforter et développer la politique d'aide aux familles.


Celle-ci doit prendre en compte les changements qui affectent la famille. Le mariage n'est plus la référence universelle. Et, aujourd'hui, on se marie souvent plus tard, après avoir déjà vécu ensemble, parfois après avoir donné naissance à un enfant. Les divorces ont augmenté. De nombreuses familles se décomposent, se recomposent. Et les familles monoparentales sont en nombre croissant.


Les jeunes entrent plus tard et plus progressivement dans la vie active. Les femmes exercent de plus en plus une activité professionnelle presque au même niveau que les hommes, à certains âges. Le premier enfant naît plus tard. Et le nombre moyen d'enfants par famille a diminué. La durée de vie s'allonge. L'enfant est souvent au contact de trois ou quatre générations.


En outre, notre système d'aide aux familles, qui a longtemps privilégié les transferts financiers, parvient de moins en moins à apporter des réponses satisfaisantes aux problèmes rencontrées par les familles, en particulier les plus défavorisées. Ceux-ci ne se résument pas, il s'en faut, à des besoins financiers. Les questions en suspens sont lourdes : la gestion du temps pour les couples biactifs, en particulier entre 25 et 45 ans, et les conditions d'articulation de la vie familiale et de la vie professionnelle, la prise en charge d'enfants et d'adolescents, de plus en plus sollicités de toutes parts, mais aussi inquiets de l'avenir et désorientés, la construction de repères dans une société plus éclatée, plus individualiste, plus hétérogène, plus anonyme.


C'est pourquoi il m'apparaît essentiel que la politique familiale prête une attention particulière à la vie quotidienne des familles. Les sujets concernés sont extrêmement nombreux, ils se traduisent par des interventions fort diverses qui touchent, par exemple, à l'organisation du temps de travail, auxgardes d'enfants, aux aides au logement, à la prise en charge des enfants dans le temps scolaire et en dehors, à laprotection de la santé de la mère et de l'enfant... Les intervenants sont multiples : l'Etat, naturellement, à travers de nombreux départements ministériels, mais aussi les caisses de sécurité sociale, les collectivités locales, les entreprises et les partenaires de la négociation sociale.


Dans ce contexte, je souhaiterais que vous fassiez, en vous appuyant notamment sur votre expérience d'élue, un inventaire des différents aspects de la vie quotidienne des familles, qui justifient une intervention collective, que vous en identifiiez les modes et que vous portiez une appréciation sur leur efficacité et leur cohérence.


Dans cette démarche, vous aurez à coeur de prendre en compte les différents travaux réalisés à l'initiative des pouvoirs publics, des caisses de sécurité sociale et des organisations qui les gèrent et, bien sur, du mouvement familial.


Vous pourrez, naturellement, vous appuyer sur les administrations concernées, en particulier la Direction de la Sécurité Sociale et la Direction de l'Action Sociale. Il vous revient aussi de procéder à toutes les consultations nécessaires et d'établir tous les liens utiles, en particulier avec la CNAF.


Je vous prie de croire, Madame la ministre, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.