|
|
Europe centrale et orientale 2005-2006Avant-propos n° 1056 - juillet-août 2006
Deux ans après l’élargissement historique de l’UE à huit pays de l’Europe centrale et balte dont les scores économiques dépassent les pronostics les plus optimistes, le regard porté sur l’ensemble de la région laisse perplexe en raison autant d’évolutions politiques déconcertantes, parfois même préoccupantes que de l’essoufflement de la construction européenne. Face à une ex-Yougoslavie qui n’en finit pas de se défaire avec, en mai 2006, l’accession du Monténégro à l’indépendance et, en 2007 peut-être, l’émancipation du Kosovo, le formidable catalyseur que représente encore aujourd’hui, pour la Bulgarie et la Roumanie, l’intégration à l’UE, n’est plus en mesure de répondre, à court terme du moins, à toutes les attentes : celles, pressantes, de la Croatie, celles, plus retenues, de la Macédoine ou de la Bosnie-et-Herzégovine. Interprétée, dans le cas de l’Europe centrale, comme le «contrecoup» d’un processus d’adhésion exigeant, parfois même comminatoire qui, en mobilisant toutes les énergies, aurait artificiellement gommé certaines sensibilités politiques, ignoré les voix dissidentes et phagocyté toute revendication sociale, la montée en puissance de forces eurosceptiques, populistes selon les uns, conservatrices selon d’autres, n’en est pas moins inquiétante. Tirant avantage d’une fragmentation à l’excès des scènes politiques à laquelle la Hongrie est la seule à échapper, celles-ci, parfois, sont parvenues à s’imposer au sein de coalitions gouvernementales hétéroclites en quête de majorité (Pologne, Slovaquie). Souvent fragilisés par des scandales à répétition, mais aussi par les révélations relatives à la collaboration de certains d’entre eux avec les services de renseignements communistes, les dirigeants se trouvent acculés à conclure des alliances de circonstance, peu crédibles aux yeux d’électorats déjà désabusés, et peu efficaces pour décider et mettre en œuvre les réformes les plus indispensables, mais aussi souvent impopulaires. Avec, pour exemple emblématique, une République tchèque restée en panne de gouvernement plusieurs mois après le match nul des élections législatives, ces péripéties politiques n’ont pourtant pas porté ombrage au rythme très soutenu de la croissance économique, de près de trois points supérieure à celle enregistrée dans l’UE-15 (4,5% contre 1,7 %). Dans ces pays les plus pauvres de l’Union où la moyenne du PIB par habitant a atteint, en 2005, 50 % de celle de l’UE-15, l’effet de rattrapage joue à plein, créant toujours de formidables opportunités pour les investissements étrangers (les flux se sont élevés à 40 milliards de dollars en 2005) qui, dans les quinze pays étudiés ici - à l’exception de certains de l’Europe du Sud-Est -, contribuent largement à combler des déficits courants qui fluctuent entre 2 % (Pologne) et 12 % (Lettonie) du PIB. Alors que la vitalité des exportations a permis à ces économies émergentes de se jouer, pour partie, des méfaits de la hausse des prix de l’énergie, la vigueur de la demande intérieure associée à une forte croissance des emprunts (surtout en devises étrangères), alimente des tensions inflationnistes auxquelles seule la Slovénie est parvenue à se soustraire ; ceci lui permettra d’entrer dans la zone euro au 1er janvier 2007, comme prévu, à l’inverse des Etats baltes, victimes du soudain rigorisme de la Commission. Ceci étant, si l’attachement aux structures euro-atlantiques n’est en aucune sorte remis en cause, l’élargissement monétaire ne représente, pour des dirigeants en mal de légitimité ou des économies aux prises avec des déficits budgétaires parfois préoccupants (Hongrie), qu’un passage obligé de l’intégration européenne auquel ils vont devoir néanmoins préparer des opinions publiques, a priori peu convaincues. > Sommaire |
Se procurer la revue :En librairies Les archives de la lettreLa lettre du courrier des pays de l’Est a cessé de paraître en août 2008. |
|