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La France au pluriel - n° 352Cahier réalisé sous la direction de Philippe Tronquoy Éditorial septembre-octobre 2009 Les visages de la France « Oui, la France est diverse. Et sa diversité est patente, durable, structurale », écrit Fernand Braudel dans L’Identité de la France. Cette diversité, par-delà les riches déclinaisons de ses paysages et les saveurs de ses fromages concerne d’abord les populations et leurs cultures. Elle est pourtant aussi le pays où la monarchie n’a eu de cesse d’agréger les provinces autour du pouvoir central – la Révolution se montrant ici sa parfaite héritière – et qui demeure l’État le moins décentralisé de l’Union européenne. Bien plus fondamentalement, les différences, les appartenances spécifiques heurtent l’idéal républicain d’universalisme qui affirme, avec Rousseau, le primat de la « volonté générale » fondée sur le dépassement des intérêts particuliers et gage d’accès pour chacun à la véritable liberté. Le legs girondin – au reste mythifié – demeure très second derrière l’appel jacobin au ralliement. De par ses conséquences sur la composition de la population, l’immigration intéresse cette dialectique de l’unité et de la diversité. Certes, l’interrogation sur ce que recouvre le fait d’être français se trouve aiguisée par la construction européenne et par la mondialisation, mais elle a été plus fortement réactivée par les importants courants migratoires des dernières décennies. L’arrivée de populations étrangères n’a cependant rien de nouveau pour la France, seule en Europe à avoir été dès le XIXe siècle un pays d’immigration. Ainsi, nonobstant la variété des contextes, les tensions et les questionnements présents s’inscrivent dans une histoire de l’immigration déjà longue. Une des évolutions notables a trait au passage d’une conception assimilatrice à une conception où l’intégration – ce terme prévaut maintenant – des immigrés ne commande plus qu’ils se défassent de toutes leurs appartenances passées. Mais, il s’en faut cependant que le modèle français d’intégration ait rejoint le modèle anglo-saxon ; la distinction sphère publique/sphère privée y est nettement moins tranchée que dans ce dernier et, partant, la manifestation de certains comportements culturels y demeure beaucoup plus problématique. Néanmoins, une comparaison avec les différences très accusées existant parmi les Français au XIXe siècle relativise celles observées présentement. Les expressions de la diversité s’observent assurément dans les « quartiers » habités par une proportion importante d’étrangers ou de nationaux d’origine immigrée. Espaces où les populations sont très souvent précarisées et les rapports avec la police difficiles, mais où commencent à apparaître des « militants de cités » engagés dans l’action politique. L’implantation de l’islam quant à elle constitue une réalité inédite, et quoiqu’elle heurte parfois l’identité laïque consubstantielle à notre République, on observe l’institutionnalisation d’un islam de France dialoguant tant avec les autres confessions qu’avec les pouvoirs publics. La diversité c’est aussi une mémoire nationale désormais plurielle, loin donc de la tradition rassembleuse du « roman national » illustrée par Lavisse. C’est encore les langues régionales, même si, hormis dans les territoires ultra-marins, leur transmission est en très net déclin et même si la France n’a pas ratifié la charte du Conseil de l’Europe les concernant. À partir de 2002, les moyens d’action de la politique d’intégration ont été notablement renforcés, un dispositif élaboré d’aide aux primo-arrivants a notamment été mis en place. Mais l’intégration pâtit de l’affaiblissement ou de la disparition d’instruments sur lesquels elle s’appuyait autrefois – service militaire, École, syndicats… – et la persistance des handicaps dont souffrent les descendants d’immigrés des anciennes colonies questionne le modèle français. Le recours éventuel à l’établissement de « statistiques ethniques » destiné selon ses partisans à mieux mesurer les discriminations subies suscite d’âpres controverses. Philippe Tronquoy |
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