Palais du Gouvernement général de l’Afrique équatoriale française (AEF) à Brazzaville en 1944

Palais du Gouvernement général de l’Afrique équatoriale française (AEF) à Brazzaville en 1944, devenu palais du Président de la République du Congo après l’indépendance.

Photo : Robert Carmet. © Archives La Documentation française

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Bernard Droz a consacré une livraison de la Documentation photographique (mars-avril 2008) à la décolonisation. Il y explique notamment ce processus en Afrique (extraits de l’introduction).

« On désigne par décolonisation le processus d’émancipation de la tutelle et de l’occupation imposées à des territoires par un État étranger. Historiquement, ce lien de sujétion découle des deux âges successifs de la colonisation. Le premier, de type mercantiliste, est consécutif aux grandes découvertes et à la naissance de l’économie-monde. Fondé sur l’économie de traite et de plantation, il s’est en partie achevé avec l’indépendance des États-Unis et de l’Amérique latine, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Le second âge est lié au progrès de la révolution industrielle, la colonisation étant censée ouvrir un accès privilégié aux matières premières et un débouché aux produits de l’industrie. À cet impératif, d’autres se sont ajoutés, d’ordre démographique, stratégique ou de simple prestige. L’Europe a été le moteur de ce nouvel âge impérialiste et l’Afrique le continent désigné de cette expansion au prix de guerres épuisantes et meurtrières. (...)
L’accession des colonies d’Afrique noire à l’indépendance ouvre une troisième étape de la décolonisation - après l’Asie et l’Afrique du Nord -, à vrai dire beaucoup plus précoce que les gouvernements avaient pu le prévoir. (...)

Bureau de vote à Dakar (Sénégal) lors du référendum du 28 septembre 1958

Bureau de vote à Dakar (Sénégal) lors du référendum du 28 septembre 1958.

Photo : Information AOF. © Archives La Documentation française

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On distingue trois phases. La première phase s’étend de 1957 à 1960 et concerne l’Afrique occidentale, partie la plus riche et la plus évoluée du continent. Par son ampleur - une quinzaine de colonies accèdent à l’indépendance - comme par son caractère négocié et pacifique, elle est volontiers citée comme modèle d’émancipation réussie. La Gold Coast, devenue Ghana, donne le signal en 1957, suivie par la Guinée l’année suivante. Ces exemples contagieux abrègent l’existence de la Communauté franco-africaine instaurée par le général de Gaulle qui reconnaît en 1960 l’indépendance de douze possessions françaises (dont Madagascar) et des deux territoires sous tutelle (Togo et Cameroun), alors que le Congo belge l’obtient dans la précipitation et une totale impréparation.

La seconde phase couvre les années 1960-1965, dominées par la décolonisation plus hésitante des possessions britanniques d’Afrique occidentale (Nigeria, Sierra Leone), orientale (Tanganyika, Kenya, Ouganda) et centrale (Nyassaland et Rhodésie du Nord). La bonne volonté du Premier ministre McMillan – qui aura été avec le général de Gaulle l’homme d’État le plus ouvert aux indépendances africaines – est moins en cause que la résistance du Colonial Office à abandonner des modes de gestion perpétuant en fait la domination des Blancs. D’où la conclusion de compromis laborieux fondés, en principe, sur la triple garantie du régime parlementaire, de la représentation équitable des minorités et de l’appartenance au Commonwealth des futurs États.

La proclamation unilatérale de l’indépendance de la Rhodésie du Sud par la minorité blanche, en novembre 1965, ouvre une troisième phase. Plus longue et plus conflictuelle, elle est dominée par la résistance des "bastions blancs" (colonies portugaises, Rhodésie et Afrique du Sud) à toute perspective d’indépendance négociée. Il s’ensuit des conflits meurtriers qui juxtaposent l’obstination du Portugal, alors dirigé par le président Salazar, à maintenir coûte que coûte les derniers vestiges d’un empire déchu, et celle des populations blanches d’Afrique centrale et australe à institutionnaliser leur domination au mépris des injonctions de la communauté internationale. La Révolution des œillets à Lisbonne, en avril 1974, permet aux possessions portugaises d’accéder à l’indépendance l’année suivante. Mais il faut attendre 1980 pour que la guérilla sud-rhodésienne impose l’indépendance du Zimbabwe, et dix ans encore pour que l’écroulement de l’apartheid permette à la Namibie d’accéder à l’indépendance.

Monument célébrant l’indépendance du Kenya, à Nairobi

Monument célébrant l’indépendance du Kenya, à Nairobi.

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S’il apparaît avec le recul du temps combien la décolonisation, produit des contradictions d’un système et d’un rapport de force inversé, était un événement inéluctable, les puissances coloniales s’en sont montrées très inégalement conscientes. C’est cette inégale perception qui commande les modalités variables de l’émancipation qui invite à tenter une typologie des décolonisations, étant entendu qu’aucune indépendance n’a été acquise sans quelque tension préalable, et que pas moins d’une vingtaine d’entre elles ont été conquises au terme d’une guerre de libération. (...)

L’indépendance des possessions de l’Océan indien n’a guère posé de problèmes, qu’il s’agisse de l’île Maurice, des Seychelles et des Maldives. Celle de l’archipel des Comores, en 1975, a soulevé le cas de l’île de Mayotte qui par référendum du 8 janvier 1976, a opté pour son maintien dans la République française. »

Mis à jour le 18/07/2011

 

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