Crises financières et impact sur les pays en développement

La remise en cause du "consensus de Washington"

Dix pays à revenu intermédiaire ont connu entre 1994 et 1999 de graves crises financières qui ont fait sombrer le niveau de vie, parfois causé la chute des gouvernements et aggravé le sort de millions de personnes.
Avec la crise asiatique de 1997-1998 notamment, qui a fait resurgir le spectre du "jeudi noir" de 1929, un autre débat est apparu. Les décideurs ont soudain été confrontés à la menace de la contagion financière, et les économistes ont remis en question le rythme et l'enchaînement des mesures de déréglementation et de libéralisation.
Car ces crises ont frappé des économies émergentes, et ont eu des répercussions sur l'ensemble de l'économie mondiale.
Elles ont engendré une nouvelle réflexion sur le rôle et l'architecture des institutions financières internationales.

« Les crises financières en Asie, en Amérique latine et centrale, en Russie ont ouvert la première crise de la mondialisation libérale. Les institutions de Bretton Woods ont été incapables de les prévenir. Les conséquences de la dérégulation systématique ont mis en évidence la fragilité du système.
Le "consensus de Washington" fondé sur la primauté des marchés financiers et l'acceptation de la direction déterminante des États-Unis est alors remis en cause dans un débat qui oppose les néo-keynésiens aux ultra-libéraux. Il porte sur la nature de la régulation et sur le rôle de l'État. Les uns, avec Milton Friedman, estiment que les institutions financières sont responsables de la crise et qu'il vaudrait mieux les supprimer en faisant confiance au seul marché pour réguler l'économie. D'autres, avec Joseph Stiglitz, insistent au contraire sur les dysfonctionnements du marché, sur le rôle de l'État, et sur les politiques sociales. Cette confrontation a alimenté les réflexions qui ont débouché sur le rapport "Meltzer", adopté en novembre 1998 par la commission de contrôle des institutions de Bretton Woods, mise en place par le Congrès américain. »

Source : Yves Tavernier Les activités et le contrôle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale Documents d'information de l'Assemblée nationale, n° 3478, 2001

La crise financière de 2007-2008 et ses conséquences sur les pays en développement

Après avoir frappé d'abord les pays avancés puis les pays émergents, la crise financière mondiale initiée par la crise américaine des "subprimes" touche, dans une troisième vague, les pays les plus pauvres et les plus vulnérables du monde. Plus de 20 d'entre eux sont particulièrement vulnérables aux effets de la crise.
Selon le Comité du développement du FMI réuni le 25 avril 2009 à Washington, "L'économie mondiale s'est considérablement détériorée depuis la réunion de 2008. Cette évolution a des conséquences particulièrement graves dans les pays en développement où la crise financière et économique se transforme en catastrophe humaine et en désastre au plan du développement. Les progrès réalisés au prix de durs efforts en direction des objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) sont maintenant compromis. La crise a déjà fait basculer dans une extrême pauvreté plus de 50 millions de personnes, surtout des femmes et des enfants. Nous devons atténuer son impact sur les pays en développement et faciliter la contribution de ces derniers à une reprise mondiale."

La réponse du FMI

Financement
Le FMI a accru sensiblement son aide financière aux pays à faible revenu. Face à la montée des prix des produits alimentaires et des carburants en 2008, le nombre des nouveaux accords de financement en faveur de ces pays est passé de 5 en 2007 à 23 en 2008, et les ressources disponibles au titre des 12 accords existants ont été relevées. Les prêts concessionnels du FMI ont doublé, pour avoisiner 1,5 milliard de dollars en 2008, et 4 milliards de dollars supplémentaires ont été prêtés à des conditions non concessionnelles à des pays à faible revenu. Le FMI est prêt à aider les pays membres à faible revenu à faire face aux retombées de la crise en leur octroyant des financements concessionnels supplémentaires en 2009.
Assistance technique
Le FMI met au point une riposte à la crise, en collaboration avec les pays à faible revenu, et renforce l'assistance technique qu'il offre aux pays en développement pour y améliorer l'élaboration de la politique économique. Il vise aussi à accroître le rôle et la participation des pays en développement au débat en cours dans les forums multilatéraux.

Fardeau de la dette extérieure des pays en développement

2 450 milliards de dollars : tel est à peu près le stock de la dette des pays en développement à la fin 2001 - soit 450 milliards de dollars de dette multilatérale, 500 de dette bilatérale et 1 600 de dette privée - alors qu'elle était d'environ 560 milliards de dollars en 1980. Le poids de l'endettement des PED s’accroît depuis trente ans, sans remède efficace.
Amorcée par la crise mexicaine de 1982, avec sa rupture de paiements, la crise de la dette a entraîné la création des plans d'ajustement structurels (PAS) : les pays en développement, afin d'éviter des cessations de paiement, ont été tenus de passer des accords avec les institutions financières internationales, garantissant l'assainissement de leurs finances publiques, et le retour à l'équilibre de leurs balances des paiements. Ces programmes ont entraîné des politiques de privatisation sans garde-fous, et des coupes sombres dans les dépenses publiques, notamment de santé et d'éducation.
Les critiques de l'UNICEF, du PNUD et plus récemment de nombreuses ONG ont commencé à être entendues, mettant en cause, non seulement les politiques des institutions financières internationales, mais aussi les gouvernements et pouvoirs locaux, responsables d'inégalités et de corruption.

Allègement de la dette : l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE)

Le Groupe des Sept (G7) a lancé une Initiative en faveur des pays les plus pauvres très endettés (PPTE), lors du sommet de Lyon en juin 1996 et en a confié l’exécution au système de Bretton Woods.
Cette initiative, renforcée en 1999, lors du sommet du G7 à Cologne, repose sur l'idée qu'une réduction globale de la dette est une condition nécessaire au développement des pays les plus pauvres.
Elle prend acte des limites d'une approche bilatérale de la dette, au sein d'organismes tels le Club de Paris, groupe informel de pays industrialisés créanciers, spécialisé dans la normalisation des défauts de paiement des pays en développement.

Plusieurs critères sont définis pour bénéficier de ce traitement :
• une dette "insoutenable" (rapport du volume de la dette compris entre 200 et 250 % du PIB, rapport du service de la dette aux exportations compris entre 20 et 25 %) et un PIB (produit intérieur brut) annuel par habitant inférieur à 875 dollars. Ce qui revient à écarter des pays "insuffisamment endettés" (tel Haïti), ou au PIB trop élévé (Indonésie).
• en contrepartie, les pays éligibles sont censés mettre en œuvre des politiques de réduction de la pauvreté, sous l'égide du FMI.

42 pays ont été listés, dont seulement 37, actuellement, ont vocation à bénéficier d'allègements de leur dette.

Les institutions financières estiment que, combinées à d'autres mécanismes traditionnels d'allégement et à des annulations volontaires additionnelles de dettes bilatérales, ces opérations devraient permettre de réduire la dette de ces pays des deux tiers environ en moyenne en valeur actualisée nette.
Selon le FMI, "Pour que la réduction de la dette ait un effet tangible sur la pauvreté, les ressources qu'elle libère doivent servir à améliorer le sort des pauvres. Avant la mise en place de l'Initiative PPTE, les pays admissibles dépensaient en moyenne un peu plus pour le service de la dette que pour la santé et l'éducation combinées. Ce n'est désormais plus le cas pour les 30 [en 2007] premiers bénéficiaires de l'Initiative PPTE : tous allouent aujourd'hui près de quatre fois plus de ressources, en moyenne, aux services sociaux qu'au service de leur dette, et tous ont notablement accru la part de leur budget qui est consacrée à la santé et à l'éducation dans le cadre des programmes récents appuyés par le FMI."

Une initiative qui marque le pas
Les critiques portent sur le nombre de pays bénéficiaires, trop peu nombreux, sur le faible montant des allègements, et sur la lenteur du processus. Les critères d'éligibilité à ce mécanisme pourraient être revus par le FMI. La CNUCED propose en effet une suppression de certains critères.

Le coût total de l'aide apportée aux 40 pays qui ont été déclarés admissibles à bénéficier d'un allègement de dette au titre de l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés est estimé à environ 64 milliards de dollars en valeur actualisée nette à la fin de 2005.
En 2007, vingt-deux pays ont atteint le point d'achèvement de ce processus.
Dix pays, sur les 42 qui figuraient sur la liste initiale des candidats au mécanisme "renforcé" à la suite du sommet du G7 de Cologne en 1999, attendent toujours d’entamer le processus. Il s’agit pour la plupart de pays sortant de conflits.

Annulation de la dette

L'annulation totale de la dette fait l'objet de campagnes internationales de diverses organisations non-gouvernementales.
Cette revendication repose sur l'idée que la dette constitue un fardeau insupportable bloquant toute perspective de développement, voire un fardeau "odieux" en ce qui concerne les dettes héritées de gouvenements non-démocratiques. Un autre argument avancé est celui de la dette "déjà remboursée", du fait de l'augmentation des taux d'intérêt.
Si ces campagnes n'ont pas débouché sur une annulation pure et simple, elles ont de fait contribué à l'émergence de l'idée d'une dette "insoutenable" reprise par le FMI et la Banque mondiale, et à la reflexion sur la co-responsabilité prêteurs - emprunteurs.

Le collectif d'associations Jubilee 2000, notamment, a lancé une pétition internationale et a organisé, dans une cinquantaine de pays, des campagnes pour la renégociation ou l'annulation de la dette.

Le 10 juin 2005, les ministres des finances des sept principaux pays industrialisés, réunis à Londres, décident l'annulation de la dette multilatérale (contractée auprès du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement) de 18 pays pauvres très endettés (PPTE) : Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Guyana, Honduras, Madagascar, Mali, Mauritanie, Mozambique, Nicara gua, Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Ouganda et Zambie), pour un montant de 40 milliards de dollars.

Baisse de l'aide publique au développement (APD)

Baisse de l'aide : état des lieux

Selon James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, "un monde où l’aide publique, à 56 milliards de dollars par an, est au plus bas niveau depuis quarante ans, alors que les pays riches dépensent 300 milliards en subventions à leur agriculture et 600 milliards pour leur défense, est "un monde sans équilibre" (Assemblée annuelle de la Banque et du FMI, Dubaï, septembre 2003).

Montant net de l'aide publique au développement reçue, par région, en 1990 et 2001 (en dollars de 2000)

Montant net de l'aide publique au développement reçue, par région, en 1990 et 2001 (en dollars de 2000)

Région

Par habitant des régions destinataires

1990

Par habitant des régions destinataires

2001

En pourcentage du PIB

1990

En pourcentage du PIB

2001

Total pays en développement

15

10

1,61

0,81

Pays les moins avancés

33

20

12,92

8,45

Pays arabes

59

18

2,85

1

Asie de l'Est et Pacifique

5

4

0,77

0,32

Amérique latine et Caraïbe

13

12

0,48

0,32

Asie du Sud

6

4

1,18

0,84

Afrique subsaharienne

34

21

6,13

4,55

Monde

14

10

1,28

0,77

 Source : OCDE, Comité d'aide au développement, 2003.

Cependant, alors que l’économie mondiale tourne au ralenti, et malgré les bonnes intentions affichées depuis trois ans par les bailleurs de fonds, l’aide au développement est de plus en plus concurrencée par la lutte contre le terrorisme international et les dépenses militaires.
Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a pour sa part dressé un vif réquisitoire fin octobre 2003, devant l’Assemblée générale des Nations unies, concernant les promesses non tenues au moment où le VIH-sida touche 40 millions de personnes, dont 26,6 millions en Afrique subsaharienne, et où l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l'agriculture (FAO) estime que la faim dans le monde regagne du terrain.
Il a affirmé que l’APD demeurait insuffisante pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire et les engagements de la Conférence de Monterrey de mars 2002 sur le financement du développement, malgré un léger accroissement, avec 57 milliards de dollars en 2002, contre 52 milliards de dollars en 2001.
Il a constaté que le transfert net de ressources en 2002 s’était effectué, pour la sixième année consécutive, au bénéfice des pays développés et non des pays en développement, atteignant le niveau record de 200 milliards de dollars.

Critiques de l'aide publique au développement

L'aide publique au développement a été mise en place afin de permettre l'accompagnement de la période de décolonisation, puis de la guerre froide. La fin de la guerre froide verra la diminution de l'aide publique au développement, qui n'avait cessé de croître de 1945 à 1990. Elle n'est plus, en effet un enjeu géostratégique, ni pour l'Est, ni pour l'Ouest.
A partir de 1992, le montant des flux de capitaux privés dépasse celui des flux de capitaux publics, mais se dirigent principalement vers les pays dits "émergents", et pour une bonne part, sous forme de capitaux à court terme.
Face à cette baisse ou au mieux cette stagnation de l'aide, un débat sur son efficacité a été lancé.
La Banque mondiale tente de donner une nouvelle légitimité à l'aide publique, basée sur une sélection des "bons élèves", et qui étendrait la "conditionnalité" du champ économique à de nouveaux domaines : l'environnement, la "gouvernance", la gestion sociale....

« C’est la récupération des critiques faites aux institutions, notamment à la Banque mondiale, qui a été à l’origine de l’institutionnalisation de nouvelles formes de conditionnalités.
Ces critiques concernent la protection de l’environnement, les aspects sociaux et les conditions politiques de l’ajustement. (...)
- Si des projets sont trop polluants, ils mettent en cause la viabilité de la planète et s’ils se traduisent par des déplacements forcés de populations, ils deviennent source de contestations. Les organisations multilatérales devront donc s’attacher à ne financer que les projets respectueux de l’environnement local, géographique, humain, et mondial.
- Si l’ajustement à moyen-long terme se fait au détriment des populations les plus pauvres, un trop grand déficit social peut créer les conditions d’une remise en cause des programmes structurels. Devraient être aidés en priorité les gouvernements qui font l’effort de se préoccuper des conditions sociales de leur population, en établissant par exemple des filets de sécurité pour des populations cibles particulièrement touchées par l’ajustement, et qui portent attention aux questions relatives à l’éducation, à la santé.
- Enfin, si le pouvoir en place laisse peu de place à la démocratie, aucun consensus politique n’est possible pour un ajustement et un développement à long terme. Ne devraient être favorisés que les pays qui respectent ce consensus démocratique. »

Source : Christian Chavagneux, LaurenceT ubiana, François Bourguignon , Développement, Conseil d'analyse économique, n° 25, 2000.

Les années 2000 voient l'émergence du thème "trade, not aid..." (le commerce, pas l'aide...). C'est ainsi que l'agenda du développement, adopté par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) lors de la conférence de Doha en novembre 2001, est chargé de mettre en oeuvre l'intégration des pays en développement au commerce mondial.

D'autres financements : le microcrédit

Créée en 1983 au Bangladesh par Mohammed Yunus, la Grameen Bank, qui possède aujourd'hui 1 200 bureaux dans le monde et emploie 12 000 personnes est désormais citée en exemple dans le monde entier pour son système de microcrédit. Le système, qui a vu le jour dans le village de Jabra, en 1976, au Bangladesh, a été reproduit dans près de 60 pays.
La Grameen Bank a initié d'autres modes de financement, avec l'instauration du "microcrédit", prêt de petites sommes d'argent à des personnes jusque là exclues du système bancaire, car non solvables.

Microprojet de développement, Mali

Microprojet de développement, Mali.

© AIF

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La Banque mondiale encourage, à partir des échecs d'ambitieux programmes de développement, ce type de financement plus en phase avec le terrain et souvent géré par des ONG.
Ce crédit s'adresse en priorité aux personnes vivant dans "l'extrême pauvreté", seuil que la Banque mondiale fixe à moins d'1 dollar par jour et par personne

Mis à jour le 22/04/2012

 

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