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L'élection présidentielle de 2010

Bureau de vote à Abidjan

Bureau de vote à Abidjan.

Photo : Basil Zoma © ONU

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Alors que la Côte d'Ivoire avait l'opportunité de mettre un terme à onze années de crise politique et économique, le pays menace de s'embraser, à nouveau, à l'issue de l'élection présidentielle de novembre-décembre 2010.

Une élection maintes fois reportée depuis 2005

La dernière fois que les Ivoiriens avaient été appelés aux urnes pour élire leur président, en 2000, Laurent Gbagbo avait lui-même qualifié de "calamiteux" le scrutin qui l'avait porté au pouvoir. Celui-ci se tenait en effet au lendemain du coup d'Etat de 1999 qui avait ouvert une période d'instabilité politique dans le pays.
En 2002, un mouvement de rébellion s'emparait de la moitié nord du pays instaurant une partition de la Côte d'Ivoire qui n'a pris fin qu'avec la signature des accords de paix de Marcoussis en 2007.

Ces accords établissaient notamment les conditions de l'élection présidentielle reportée depuis 2005. A partir de 2007, le gouvernement ivoirien s'est donc engagé dans un processus électoral très coûteux qui comprenait l'identification et le recensement des populations, la formation des agents, l'informatisation des données et la fabrication de cartes d'identité ainsi que la couverture médiatique nationale et internationale de ces différentes opérations. On a estimé à quelque 200 milliards de francs CFA (environ 305 millions d'euros), le coût de son organisation. Le scrutin a finalement été fixé à l'automne 2010. Quatorze candidats se sont présentés, bénéficiant pour certains de l'investiture de partis politiques tandis que d'autres étaient indépendants. Ils se sont soumis au vote des 5 725 520 électeurs inscrits.

Un deuxième tour contesté

Le premier tour a eu lieu le 31 octobre 2010. Le Président sortant, Laurent Gbagbo, a recueilli 38 % des suffrages, devançant son adversaire Alassane Ouattara, qui a obtenu 32 % des voix, ainsi que l'ancien Président, Henri Konan Bédié (25,1 %). Le taux de participation s'est élevé plus de 83 %. L'élection "s'est globalement tenue dans un climat démocratique", selon le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies.

Le deuxième tour, qui a opposé le Président sortant Laurent Gbagbo et l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara s'est tenu le 28 novembre 2010.

Cependant, la Commission électorale indépendante (CEI), organisme composé de représentants des principales tendances politiques, notamment de celles des deux adversaires, ayant rencontré de nombreuses difficultés dans ses travaux, les résultats n'ont pu être annoncés dans le délai légal de trois jours après le scrutin. Le camp présidentiel a alors exigé que le Conseil constitutionnel, institution contrôlée par des proches de L. Gbagbo, soit chargé de la proclamation officielle des résultats.

Blessés lors des affrontements de décembre 2010

Blessés lors des affrontements de décembre 2010.

Photo : Basil Zoma © ONU

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Le 2 décembre 2010, dans une salle de conférence de l'Hôtel du Golf à Abidjan, et sous la protection de blindés des Nations unies, la Commission électorale indépendante a proclamé la victoire d'Alassane Ouattara avec 54,1 % des voix contre 45,9 % pour Laurent Gbagbo. Les Nations unies ont salué l'annonce de ces résultats. Le Président sortant a alors déposé un recours devant le Conseil constitutionnel, lequel a jugé les résultats de la CEI non valables et a annoncé le 3 décembre 2010 la victoire de Laurent Gbagbo avec un score de 51,5 %.
 
La Côte d'Ivoire s'est alors trouvée dotée de deux Présidents, de deux Premiers ministres et de deux gouvernements.

La reconnaissance d'Alasane Ouattara par la force

Alassane Ouattara reçoit les honneurs militaires le 21 mai 2011, à Yamoussoukro, après son investiture

Alassane Ouattara reçoit les honneurs militaires le 21 mai 2011, à Yamoussoukro, après son investiture.

© Sia Kambou/AFP

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Reconnu légitimement élu par la communauté internationale, Alassane Ouattara s’en remet aux organisations internationales pour obliger Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir. Ainsi dès le 5 décembre 2010, l’Union africaine (UA) s’attelle à cette tâche par l’entremise de Thabo Mbeki, ancien président sud-africain, tandis qu’entre fin décembre 2010 et début janvier 2011 la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) organise des rencontres entre ses émissaires et  les deux prétendants au pouvoir ivoirien.

L’échec de ces négociations déclenche début janvier 2011 des heurts entre partisans des deux camps à Abidjan, principalement concentrés dans le quartier d’Abobo, majoritairement favorable à Alassane Ouattara. La Résolution 1967 du Conseil de sécurité de l'ONU, en date du 19 janvier, autorise l'envoi de 2 000 casques bleus supplémentaires dans le cadre de l'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire). Les combats se poursuivront jusque fin mars, alors qu’au début de ce même mois, les violences s’étaient propagées à l’ouest du pays. Les Forces nouvelles, pro-Ouattara, enregistrent plusieurs succès militaires en prenant successivement les villes de Toulépleu, Doké et Bloléquin. La création des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) par Alassane Ouattara, permet de faire tomber Duékoué.

Le 30 mars 2011, la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l'ONU impose des sanctions ciblées contre Laurent Gbagbo et exige son départ immédiat. Progressivement les affrontements se généralisent. Le 31 mars Abidjan est totalement encerclée par les forces pro-Ouattara. Le 11 avril, au cours d’un assaut contre le palais présidentiel où il est retranché, Laurent Gbagbo est fait prisonnier, en compagnie de son épouse, par les forces d'Alassane Ouattara, soutenues par l'ONUCI et la Force Licorne. Des combats sporadiques continuent dans le secteur d'Abidjan. Le 4 mai, les FRCI contrôlent la commune de Yopougon, dernier bastion des fidèles à l'ancien président. Le même jour, une décision du Conseil constitutionnel proclame Alassane Ouattara président de la République, lequel est investi le 21 mai 2011 en présence de chefs d'Etat africains, du président français Nicolas Sarkozy et du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Mis à jour le 01/06/2011

 

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