Texte extrait de « Les grands débats parlementaires de 1875 à nos jours », Michel Mopin, Notes et études documentaires n°4871-72-73, (La Documentation française, 1988).

Le 11 novembre 1918, à 4h de l'après-midi dans l'hémicycle du Palais Bourbon comble, « des applaudissements s'élèvent, grandissent, se propagent, et l'on voit s'avancer, très entouré, un vieillard, la tête nue et un peu courbée, vêtu de gris, les bras tombants, comme lassés, donnant l'impression d'un homme brisé par l'émotion qui l'étreint » (Le Temps, 12 novembre 1918). Georges Clemenceau, président du Conseil depuis le 20 novembre 1917, lit les clauses de l'armistice signé le matin même.

Quatorze mois après, Clemenceau, candidat à la présidence de la République sera battu par Paul Deschanel.

M. le président. La séance est reprise. La parole est à M. le président du Conseil (Acclamations prolongées. – MM. Les députés se lèvent.)

 M. Georges Clemenceau, président du Conseil, ministre de la guerre. Messieurs, il n'y a qu'une manière de reconnaître de tels hommages venant des assemblées du peuple, si exagérés qu'ils puissent être, c'est de nous faire tous, les uns et les autres, à cette heure, la promesse de toujours travailler de toutes les forces de notre cœur au bien public. (Vifs applaudissements.)

Je vais vous donner lecture du texte officiel de l'armistice qui a été signé ce matin à cinq heures par M. le maréchal Foch, l'amiral Wemyss et les plénipotentiaires de l'Allemagne.

[...]

Pour moi, la convention d'armistice lue, il me semble qu'à cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli.

Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du Gouvernement de la République française, j'envoie le salut de la France une et indivisible à l'Alsace et la Lorraine retrouvées. (Vives et unanimes acclamations. – Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.)

M. Petitjean. Vive l'Alsace-Lorraine française !

M. Lazare Weiller. Au nom des deux seuls Alsaciens et de nos chers collègues lorrains de cette Chambre, ma poitrine gonflée de joie a besoin de crier "Vive Clemenceau !"

M. le président du Conseil. Et puis, honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. (Nouvelles acclamations unanimes. – Tous les députés se lèvent.) Par eux, nous pouvons dire qu'avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance des armes. (Applaudissements unanimes et répétés.)

M. Petitjean. Vive la victoire !

M. le président du Conseil. Quant aux vivants, vers qui, dès ce jour, nous tendons la main et que nous accueillerons, quand ils passeront sur nos boulevards, en route vers l'Arc de Triomphe, qu'ils soient salués d'avance ! Nous les attendons pour la grande œuvre de reconstruction sociale. (Vifs applaudissements.) Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd'hui soldat de l'humanité, sera toujours le soldat de l'idéal ! (Applaudissements enthousiastes. – MM. Les députés se lèvent et acclament longuement M. le président du Conseil.)

M. le président [de la Chambre des députés]. La voilà donc enfin, l'heure bénie pour laquelle nous vivions depuis quarante-sept ans ! –quarante-sept ans pendant lesquels n'a cessé de retentir en nos âmes le cri de douleur et de révolte de Gambetta, de Jules Grosjean, de Keller et des députés d'Alsace-Lorraine, celui de Victor Hugo, d'Edgar Quinet et de Georges Clemenceau (vifs applaudissements) quarante-sept ans, pendant lesquels l'Alsace-Lorraine bâillonnée n'a cessé de crier vers la France ! Un demi-siècle ! et demain, nous serons à Strasbourg et à Metz ! Nulle parole humaine ne peut égaler ce bonheur !  (Applaudissements unanimes et prolongés.)

Provinces encore plus tendrement aimées parce que vous fûtes plus misérables, chair de notre chair, grâce, force et honneur de notre Patrie, un barbare ennemi voulait faire de vous le signe de sa conquête, non vous êtes le gage sacré de notre unité nationale et de notre unité morale, car toute notre histoire resplendit en vous ! (Très bien ! très bien !) Oui, c'est toute la France, la France de tous les temps, notre ancienne France comme celle de la Révolution et de la République triomphante, qui, respectueuse de vos traditions, de vos coutumes, de vos libertés, de vos croyances, vous rapporte toute sa gloire ! (Acclamations unanimes. – MM. Les députés se lèvent.)

Et maintenant, Français, inclinons-nous pieusement devant les artisans magnifiques du grand œuvre de justice, ceux de 1870 et ceux de 1914. Ceux de 1870 sauvèrent – non l'honneur, certes : l'honneur était sauf, j'en atteste les mânes des héros de Reichshoffen, de Gravelotte, de Saint-Privat, de Beaumont, Beaumont où les fils de compagnons de La Fayette viennent de venger Sedan (Vifs applaudissements répétés) – mais ils sauvèrent l'avenir. Leur résistance a préparé nos victoires.

Et vous, combattants sublimes de la grande guerre, Français et alliés, votre courage surhumain a fait de l'Alsace-Lorraine, aux yeux de l'univers, la personnification même du droit (Applaudissements prolongés – MM. Les députés se lèvent) ; le retour de nos frères exilés n'est pas seulement la revanche nationale, c'est l'apaisement de la conscience humaine (Vives acclamations) et le présage d'un ordre plus haut. (Acclamations unanimes. – Tous les députés se lèvent et applaudissement longuement.)

M. Albert Thomas. Je demande la parole.

M. le président. La parole est à M. Albert Thomas.

M. Albert Thomas. Nous demandons que les députés d'Alsace-Lorraine qui sont présents dans cette salle aient les honneurs de la séance. (vifs applaudissements. – MM. Les députés se lèvent et acclament MM. l'abbé Wetterlé et Weil, députés d'Alsace-Lorraine, qui se trouvent dans une tribune.)

Sur la lecture de la convention d'armistice à la Chambre des députés voir le site de l'Assemblée nationale.

Mis à jour le 09/03/2018

 

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