L'évolution territoriale des Etats des Balkans (1941-2006).

Définir la région des Balkans, partie intégrante de l'Europe sur le plan géographique, mais souvent perçue, culturellement et politiquement, comme quasi exclusivement dotée de caractéristiques négatives par opposition aux images positives de « l'Europe » et de « l'Ouest », est un exercice auquel géographes, ethnologues, historiens, sociologues, linguistes et politologues se livrent sans toutefois parvenir à s'entendre. A la fois périphérie et pont entre l'Europe et l'Asie, « région de transit » et « zone de rencontres » entre peuples et cultures, où participent à part égale l'Occident et l'Orient, les Balkans sont une constellation spatiale changeante où les frontières ressemblent parfois à des fictions passagères, produits de rapports historiques toujours remis en question.

Une définition

Balkans

Dubrovnik (Croatie)

Dubrovnik (Croatie), 2006.

© CE

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A partir du XVe siècle, le mot turc Balkan (montagne boisée), est utilisé pour désigner la chaîne montagneuse qui divise la Bulgarie centrale d'Est en Ouest, s'étendant en arc de cercle sur 500 km, des Portes de fer à la mer Noire. Les Balkans sont le terme historique et géographique qui désigne un territoire dans le sud-est de l'Europe situé au sud des fleuves Sava et Danube. Il est souvent qualifié de péninsule balkanique car entouré par l'eau de trois côtés, à l'Est par la Mer noire, au Sud et à l'Ouest par la Méditerranée.
Géographiquement, le terme Balkans comprend l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie. La Turquie bien que partiellement située dans les Balkans, se trouve en Asie sur le plan géographique, alors que la Moldavie, dont les liens culturels et ethniques sont étroits avec les peuples balkaniques, est considérée comme un pays est-européen. Au XIXe siècle, les Balkans sont entrés dans une longue période de déchirements, qui après la parenthèse de la guerre froide, se poursuit jusqu'à nos jours. La région a été ainsi, peu à peu, associée à des images de violence et de désordre. La balkanisation évoque la fragmentation et le conflit. Ceci a empêché la mise en place chez les Balkaniques d'un sentiment d'appartenance à la même région ou à une même communauté. Rares sont ceux qui revendiquent la balkanité en essayant de revaloriser son image.
Des notions différentes ont été créées pour éviter les connotations négatives, à savoir Europe du Sud-Est ou Balkans occidentaux mais sont souvent sources de confusion.

Europe du Sud-Est

Skopje (Macédoine)

Skopje (Macédoine), 2006.

© CE

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Dans son acception la plus vaste, l'Europe du Sud-Est comprend l'Albanie, la Bulgarie, l'ex-Yougoslavie, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie et la Turquie européenne. L'Europe du Sud-Est est traitée comme une entité dont les Balkans ne constituent qu'une sous-région.

Balkans occidentaux

A partir de 1999, le vocabulaire politique de l'Union européenne se réfère sous le terme de Balkans occidentaux à cinq, puis six pays depuis l'indépendance du Monténégro en juin 2006 :

  • Albanie
  • Bosnie-Herzégovine
  • Croatie
  • Macédoine
  • Serbie
  • Monténégro

Quartier de Novi Pazar (Serbie)

Quartier de Novi Pazar (Serbie), 2007.

© OSCE/M. Obradovic

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Ces pays étaient restés à l'écart du processus d'intégration européenne. Les frontières géographiques extérieures des Balkans n'ont pas changé, mais depuis la disparition de la Yougoslavie socialiste en 1991, cinq nouveaux Etats ont vu le jour, dont le Monténégro en juin 2006, dernier né des Etats balkaniques et européens. Le Kosovo, province autonome de la Serbie est sous administration internationale des Nations unies depuis 1999. Son statut (projet d'Etat indépendant) est en débat entre l'ONU, l'UE et la Russie.

  • Voir le dossier d'actualité de La Documentation française : La Serbie et le Monténégro dans les Balkans en recomposition

  • La force d'attraction européenne

    Pont de Mostar (Bosnie-Herzégovine) détruit en 1993 et reconstruit en 2004

    Pont de Mostar (Bosnie-Herzégovine) détruit en 1993 et reconstruit en 2004.

    © ECPAD/L. Fronteau

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    Contrairement à l'Europe occidentale, les Balkans ont vécu pendant deux millénaires dans un monde impérial : Empire romain, Empire byzantin et Empire ottoman s'y sont succédés, marquant la pré-modernité par l'unité et la continuité. La modernité, en revanche, se caractérise par la fragmentation territoriale et identitaire créant des lignes de division en fonction de la religion, des langues, des nationalités, des systèmes politico-économiques et du niveau de développement économique mais aussi en ce qui concerne l'intégration euro-atlantique, à travers l'accession à l'UE et à l'OTAN. Certains parlent ainsi d'une région qui partage l'espace sans partager le temps. En l'absence d'une notion commune, ce qui constitue la région est souvent défini par l'extérieur. Cette tâche a récemment incombé à l'UE qui, grâce à sa force d'attraction, est perçue comme l'acteur le plus capable d'exporter de la stabilité dans cette région. En effet, les conflits consécutifs à l'éclatement de la Yougoslavie ont laissé les Etats issus de l'ancienne fédération – à l'exception de la Slovénie – hors du processus d'élargissement européen pendant la majeure partie des années 1990. Une fois la guerre de Bosnie terminée en 1995, une nouvelle logique visant à définir un groupe régional s'est imposée. La réussite de l'accord de Dayton dépendait en effet des relations entre Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), Belgrade (Serbie-et-Monténégro) et Zagreb (Croatie). L'Albanie et la Macédoine ont été ajoutées à ce groupe car ces efforts de stabilisation ne pouvaient être couronnés de succès sans ces deux pays, en raison d'une population albanaise majoritaire au Kosovo et dans l'ouest de la Macédoine.

    Le terme de « Balkans occidentaux » a été officiellement introduit dans le vocabulaire de l'UE à l'occasion du Conseil européen de Vienne de décembre 1998, et depuis 1999 le processus de stabilisation et d'association (PSA) précise le cadre des relations entre la région et l'UE. Les liens entre ces pays et Bruxelles sont ainsi devenus le principal critère pour définir une région qui ne devait pas immédiatement rejoindre l'UE.

    Mis à jour le 01/02/2008

     

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