De toutes les réalisations de l’Union européenne, il n'en est probablement aucune qui soit aussi présente au quotidien que l’euro. Au départ, la monnaie unique est née de la volonté des pays de l'Union de se protéger de l'instabilité monétaire.
Son succès semble incontestable à l’aune de cet objectif, mais d’autres interrogations ont surgi au sein des opinions publiques ou sur le terrain de la gouvernance économique. La consolidation du succès de l’euro reposera sur sa capacité à répondre à ces défis.

Les principales étapes de la construction de l’Union monétaire européenne

Lancement de l’euro

Lancement de l’euro.

© CE

Agrandir l'image

Plusieurs fois évoquée dans les années 60, dans ses grandes lignes, l’union économique et monétaire était dessinée dès 1970 dans le rapport de Pierre Werner, Premier ministre luxembourgeois de l’époque (Rapport concernant la réalisation par étapes de l'Union économique et monétaire (PDF, 2 Mo), 8 octobre 1970).
Ce rapport préconisait un transfert du pouvoir économique des États à la CEE ouvrant la voie à la mise en place d’une monnaie commune. Mais les conditions politiques du moment n’étaient pas favorables à une telle entreprise.
En 1971 cependant, les États-Unis décident unilatéralement de supprimer la relation fixe entre le dollar et l’étalon-or. C’est la fin du système de taux de change fixes né de l’après-guerre et le début d'une longue période d'instabilité monétaire.
Dès 1972, les gouverneurs des banques centrales des pays de la CEE essaient de protéger leur pays contre cette situation, ils réduisent les marges de fluctuation entre les monnaies européennes, tout en s’efforçant de maintenir une parité relativement stable avec le dollar, monnaie dominante : c’est le «serpent monétaire européen».
Tout au long des années 70, cependant, ce système s’est révélé impuissant à assurer la stabilité des changes entre les monnaies des pays membres et invariablement, la spéculation l’emportait sur les coûteux efforts des banques centrales pour défendre telle ou telle monnaie acculée à la dévaluation.

Le Système monétaire européen (SME)

En 1979, un nouveau système entre en vigueur, le système monétaire européen (SME). Il repose sur trois éléments : création d’une nouvelle unité de compte européenne, l’ECU (European Currency Unit), dont la valeur est calculée sur un ensemble pondéré de toutes les monnaies des États membres, des marges de fluctuation maximum de 2,25% pour les monnaies autour du cours pivot de l’ECU, le transfert à un fonds commun de 20% des réserves de change des États.
Ce système s’est également révélé insuffisant pour assurer la stabilité monétaire dans la CEE.
Assez rapidement, une étape supplémentaire est devenue d’autant plus nécessaire que l’Acte unique, signé en 1986, programmait pour 1993 un marché intérieur complètement unifié.

L'Union économique et monétaire

C'est au Conseil européen de Madrid en juin 1989 que les dirigeants de l'Union européenne adoptent le plan de Jacques Delors (Rapport sur l'Union économique et monétaire dans la Communauté européenne, (PDF, 2 Mo) 12 avril 1989) d'une union économique et monétaire en trois phases. Ce plan sera intégré au traité de Maastricht sur l'Union européenne, signé en 1992.

Comme pour illustrer l’urgence d’une union monétaire, 1992 est également marqué par des tensions monétaires spectaculaires qui obligent la lire italienne et la livre sterling à quitter le SME.

  • La première phase du plan Delors, de 1990 à 1993, comprend la fin du contrôle des changes dans l’Union, l’augmentation des moyens destinés à corriger les déséquilibres entre les régions européennes et la convergence des économies européennes avec un mécanisme de surveillance des politiques économiques des États.
  • La deuxième phase de 1994 à 1998 implique la mise en place de l’Institut monétaire européen (IME), l’indépendance des banques centrales nationales, la réduction des déficits budgétaires nationaux. C’est à cette deuxième phase que s’arrêteront trois pays, la Grande-Bretagne, la Suède et le Danemark.
  • La troisième phase de 1999 à 2002, est marquée par la naissance de l’euro : les monnaies des États participants (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal) rejoints par la Grèce le 1er janvier 2001, voient leur parité irrévocablement fixée par rapport à l’euro. L'euro est pour la première fois coté le 4 janvier 1999

La Slovénie adopte l’euro le 1er janvier 2007

La Slovénie adopte l’euro le 1er janvier 2007.

© Conseil de l'Union européenne

Agrandir l'image

La Banque centrale européenne remplace l’Institut monétaire européen et est désormais responsable de la politique monétaire qui est définie et exécutée en euros. Le 1er janvier 2002, la troisième phase s'achève, les billets et les pièces libellés en euros sont mis en circulation et remplacent rapidement les billets et pièces nationaux.

En janvier 2007, un élargissement de la zone euro, avec l’entrée de la Slovénie, porte le nombre des membres de la zone à treize.

Pour l’aspect historique, consulter les sites de la Banque centrale européenne et d'Europa :

> http://www.ecb.int/ecb/history/emu/html/index.fr.html

> http://ec.europa.eu/economy_finance/emu_history/index_en.htm

Les acquis de l’euro

Parmi les avantages les plus marquants de l’euro pour les entreprises et les consommateurs, on peut citer la fin des frais de change ou de retrait d’espèces dans les pays de la zone euro, la simplification de la comptabilité des entreprises européennes, opérant sans risque de change et avec une seule unité de compte sur un vaste marché, la garantie de disposer d’une épargne en une monnaie dont la valeur est garantie par une institution indépendante. A ces avantages s’ajoutent ceux qui sont attachés à son statut de deuxième monnaie de réserve du monde : possibilité de payer directement en euros dans bien des pays périphériques aux monnaies plus faibles, possibilité croissante pour les entreprises de régler des importations de pays d’autres zones économiques directement en euros (un exemple récent : le gouvernement iranien a décidé de remplacer le dollar par l'euro dans ses échanges extérieurs, notamment pétroliers, et pour ses avoirs à l'étranger).
Enfin, pour les États qui ont connu les dévaluations, comment ne pas souligner l'avantage de la stabilité monétaire. Les réserves de change à la disposition de la Banque centrale européenne sont suffisantes pour dissuader efficacement toute velléité de spéculation contre l'euro.

Les contraintes de l’euro

L'appartenance à la zone euro passe par le respect d'une discipline contraignante.
Pour les pays nouvellement membres de l’Union, qui doivent donc adopter l’euro, c'est le respect des cinq critères de convergence :

  • stabilité des prix : le taux d’inflation ne peut dépasser de plus de 1,5 % la moyenne des trois États ayant la plus faible inflation,
  • taux d'intérêt : les taux d’intérêt à long terme ne peuvent varier de plus de 2 % par rapport à la moyenne des taux des trois États ayant les taux les plus bas,
  • déficits : le déficit public national doit être inférieur à 3 % du PIB,
  • la dette publique ne peut excéder 60 % du PIB,
  • stabilité des cours : les taux de change devront être restés dans la marge de fluctuation autorisée durant les années précédentes.

Pour les pays membres, ce sont les contraintes du pacte de stabilité et de croissance adopté en juin 1997, système relativement assoupli lors d’une réforme en 2005. Ce pacte autorise notamment la Commission à sanctionner un pays dont le déficit budgétaire serait durablement supérieur à 3 %.

Les défis de l'euro

La question de la gouvernance économique

Pièces d'un euro

Un certain déséquilibre a été souvent souligné entre la structure de gouvernance économique de la zone euro, l'Eurogroupe, groupe informel réunissant les ministres des finances des pays membres, et la Banque centrale européenne, institution qui exerce le pouvoir monétaire.
En effet, la Banque centrale européenne, institution indépendante dans ses décisions, fait prévaloir avant tout la stabilité de la monnaie et la lutte contre l'inflation.
L'Eurogroupe, quant à lui, exerce un pouvoir économique reposant encore largement sur la coopération de partenaires dont les situations et les préoccupations ne sont pas toujours convergentes.

Le projet de Constitution européenne de 2004 prévoit des mesures de rééquilibrage : une plus grande reconnaissance de l’Eurogroupe, des dispositions spécifiques aux membres de la zone euro pour la coordination de leur discipline budgétaire, le renforcement de la capacité décisionnelle des pays de la zone euro, une plus grande visibilité extérieure de la zone euro au sein des institutions financières internationales, un renforcement du pouvoir de surveillance de la Commission en matière de coordination des politiques économiques et de surveillance budgétaire de la zone.

Le scepticisme des opinions publiques

Un sondage effectué en septembre 2006 (sondage Eurobaromètre) (PDF, 6,02 Mo) montre à quel point le scepticisme est répandu quant aux avantages de l'euro, cinq ans après son introduction.
Le pourcentage des Européens qui jugent que la monnaie unique est globalement avantageuse est passé de 59% en septembre 2002 à 48% seulement en septembre 2006.
Le premier inconvénient cité par 81% des Européens sceptiques est la hausse des prix.
Les opérateurs économiques auraient trop souvent profité de la disparition des repères habituels des consommateurs pour ajuster à la hausse leurs prix. Ce sentiment est pourtant contredit par les statistiques de l’inflation, restée aux environs de 2% par an depuis le passage à l’euro.
Dans un communiqué du 28 décembre 2006, la Commission fait état d’une "perception erronée" de la réalité et rappelle les avantages tangibles et mesurables de la monnaie unique.
Le résultat négatif du référendum suédois de septembre 2003 sur l’adoption de l’euro ainsi que les sondages auprès de l’opinion britannique, régulièrement défavorables au passage à l’euro, donnent toutefois la mesure du scepticisme des opinions publiques à l’égard de l’euro.

Mis à jour le 12/03/2007

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires