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Assimilation, intégration, multiculturalisme : quel modèle d’accueil ?

[Immigration et politique migratoire en France], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Légende : Réfugiés, Joachim Lutz, 1942.
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Multiculturalisme, intégration, assimilation. Si le débat n’a pas fini de faire rage sur les modalités du "vivre ensemble", c’est aussi  parce que les termes ne sont pas bien définis.

Affiche Mai 1968

Affiche Mai 1968.

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Les modèles d’accueil ne sont pas neutres et reposent sur des philosophies politiques différentes. Dans un article sur "L’intégration segmentée : citoyenneté, mixité et mobilité sociale" (publié dans le n°385 de la revue Cahiers français, La Documentation française, mars-avril 2015), Patrick Simon considère que la « question de l’intégration est débattue depuis plus de trente ans en France et [qu’] il est toujours difficile de tirer des conclusions claires sur les tenants et les aboutissants d’une crise permanente. S’il y a globalement accord sur le constat d’un épuisement du modèle français d’intégration, les diagnostics suivent des logiques d’explication opposées. Pour les uns le modèle d’intégration paie l’abandon de l’approche assimilationniste – l’imposition de pratiques, normes et valeurs aux immigrés – au profit du multiculturalisme. Ce changement d’approche est associé à l’inassimilabilité des immigrés venus de l’ancien empire colonial, majoritairement musulmans, dont la culture, les valeurs et les modes de vie sont par trop éloignés des standards de la population majoritaire (…). Pour d’autres, les ratés de l’intégration résident dans les difficultés de socialisation liées à la ségrégation, aux spécificités des modèles éducatifs familiaux et au déficit de reconnaissance culturelle (…). Ces difficultés conduisent à l’échec scolaire et à une petite délinquance  qui obèrent les chances de mobilité sociale, tandis qu’apparaît une culture de la pauvreté dans les marges des grandes métropoles. Un troisième courant trouve dans les positions sociales des populations immigrées et les inégalités auxquelles elles sont confrontées la principale explication à leurs difficultés d’intégration, celles-ci étant relativement similaires à celles rencontrées par les milieux modestes autochtones. L’origine, la religion ou la culture ne déterminent pas les trajectoires des immigrées, même si ces dimensions jouent un rôle dans les ressources dont ils disposent et dans les stigmatisations qu’ils subissent (…). Du reste, l’intégration fonctionne peut-être à "bas bruit" et les descendants d’immigrés connaissent finalement une certaine mobilité sociale qui pourrait, à terme, confirmer la vigueur du modèle français (…). Sans nier ces signes de mobilité, un autre courant encore voit dans les discriminations subies par les immigrés venant de l’ancien empire colonial et leur infériorisation sur des bases culturelles, raciales ou religieuses, le facteur principal  qui rend  compte de leurs difficultés à participer à part entière à la société (…). Là encore, le prisme n’est pas univoque et les ressources sociales ne sont pas ignorées, mais la comparaison entre les trajectoires suivies par les immigrés d’Europe du sud et celles des immigrés d’Afrique qui occupent des positions similaires à leur arrivée dans la hiérarchie sociale montre que les premiers accèdent à de meilleures situations et sont mieux acceptés par la population majoritaire – on peut dire sont mieux intégrés dans et par la société – que les seconds qui continuent à cumuler les difficultés à la génération suivante. »

Fête de Ganesh  à Paris

Fête de Ganesh  à Paris.

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Dans un article sur "Assimilation versus multiculturalisme" (publié dans le n°385 de la revue Cahiers français, La Documentation française, mars-avril 2015), Michèle Tribalat explique que « assimilation et multiculturalisme se situent aux deux pôles du spectre de l’intégration, prise dans un sens générique. En France, nation centralisée qui a connu une immigration précoce, l’assimilation est longtemps allée de soi.

L’assimilation est un processus social de convergence des comportements qui s’effectuent dans un rapport asymétrique entre la société d’accueil et les nouveaux venus. Des changements de comportement des immigrants et de leurs descendants sont donc attendus. Cependant, ce processus asymétrique n’équivaut pas, comme on se complaît trop souvent à le raconter, à la perpétuation d’une société figée dans laquelle les immigrées et leurs descendants auraient à se fondre, sans y laisser la moindre trace. Si Ferdinand Braudel écrit que l’assimilation a été la voie française, de "l’immigration sans douleur", il écrit aussi que les immigrés et leurs descendants ont apporté une nuance de plus à notre culture complexe. (…) Les mariages mixtes sont décisifs dans le processus d’assimilation. (…) C’est un moyen d’entrer dans l’histoire du pays, de se fabriquer des descendants communs. (…)

Or, l’assimilation a été répudiée par l’ensemble du spectre politique, à l’exception du Front national pour qui l’abandon de toute fierté nationale (…) [est] une véritable aubaine. (…) La France a, depuis 2004, opté (…) pour un modèle multiculturaliste. » Le multiculturalisme considère une nation « comme un espace géopolitique dans lequel des communautés culturelles séparées coexistent paisiblement avec un même statut légal et social. La communauté autochtone peut ou non rester majoritaire, mais sans statut spécial. »

Une rue dans Paris

Une rue dans Paris.

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Contrairement à Michèle Tribalat qui parle de l’abandon politique de l’assimilation au profit du multiculturalisme en France, Alain Renaut pour sa part, affirme que « le moins qui semble devoir être dit concernant la situation du multiculturalisme en France est qu’elle risque peu d’aller trop loin, dans la mesure même où il n’existe rien, dans ce pays, qui s’apparente à une quelconque affirmation de multiculturalisme. (…) il n’existe, de jure, aucune forme de multiculturalisme en France, alors même que, de facto, le caractère multiculturel (la multiculturalité) de la population hexagonale (…), est incontestable. Ce décalage entre le fait et le droit, entre une multiculturalité forte et un multiculturalisme au degré zéro de son éventuelle insertion dans une identité reconceptualisée du  "peuple français", ne peut qu’apparaître préoccupant et profondément conflictogène à terme. »

Dans un texte intitulé "Législations et politiques migratoires en France" publié dans "Les immigrés en France" (collection Les Etudes, La Documentation française, 2014), Jean-Yves Blum Le Coat et Mireille Eberhard affirment quant à eux que les récentes évolutions « ont imposé un usage injonctif de la notion d’intégration. Alors que celle-ci peut être lue comme un long processus d’installation "réussie" de l’étranger dans la société française (voire comme l’aboutissement de ce processus), elle est devenue un impératif préalable adressé au migrant. La possibilité de sa présence durable est désormais conditionnée par son "intégration républicaine" dans la société française, "appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes, et de sa connaissance suffisante de la langue française." En cas de non-respect du contrat qui lui est imposé, l’étranger peut ne pas se voir renouveler son titre de séjour temporaire ou ne pas se voir accorder sa carte de résident. »

Mis à jour le 18/03/2016

 

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