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Immigration et présence de l’islam

[Immigration et politique migratoire en France], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Légende : Réfugiés, Joachim Lutz, 1942.
© Wikimedia Commons

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Depuis le milieu des années 1970, les principaux pays d’émigration ne se situent plus dans l’orbite du catholicisme. Non seulement la plupart des immigrés viennent de pays où le catholicisme est marginal, mais la proportion d’immigrés se déclarant athées demeure faible. L’islam constitue à présent la principale religion déclarée par les immigrés.

Scène de vie dans une rue du village de tentes du camp de réfugiés de Kahramanmaraş en Turquie, 2016

Scène de vie dans une rue du village de tentes du camp de réfugiés de Kahramanmaraş en Turquie, 2016.

Photo : Yasin Akgül. © UE

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« Au cours des années 1960-1980, la République française entretient un rapport lointain avec le fait musulman », écrit Philippe Portier dans un article intitulé "L’islam dans la République laïque" (publié dans le n°385 de la revue Cahiers français, La Documentation française, mars-avril 2015). « On entre dans un autre schéma à l’orée des années 1990 sous l’effet de la transformation religieuse de la population française. (…) L’immigration était de passage hier ; la voici qui devient d’installation. Cette installation se trouve facilitée par un dispositif juridique relativement accueillant, dont témoignent par exemple (…) – ce qui ne sera pas sans effet sur la structuration de l’islam –, la possibilité offerte aux étrangers, à partir d’octobre 1981, de constituer librement des associations. Depuis lors, plusieurs générations se sont sédimentées, permettant à la population d’affiliation musulmane d’atteindre quatre à cinq millions de membres. Pour l’immense majorité d’entre eux, ceux-ci ne cultivent plus aucun dessein de retour vers leur pays de provenance. (…)

À l’enracinement de la présence musulmane s’ajoute (…) sa plus grande visibilité. La première génération d’installés avait fait prévaloir, au tournant des années 1970-1980, une requête de "citoyenneté politique ; elle réclamait, comme en témoigne la marche des Beurs à l’automne 1983, la pure égalité des droits, dans l’indifférence aux différences. Un tournant s’opère bientôt. Dans une conjoncture marquée, au plan national, par la persistance de la crise économique et, au plan international, par la montée en puissance, avec la révolution iranienne, du référent islamique, toute une partie de la population musulmane se range du côté d’une foi d’identité. Joue comme un symbole, de ce point de vue, l’arrivée au collège de Creil, en septembre 1989, de trois jeunes filles voilées. Le fait avait été précédé, sans qu’on y ait prêté trop d’attention à l’époque, par l’expression en 1982-1983 de revendications religieuses lors des grèves dans les usines automobiles d’Aulnay et de Poissy et, en 1983, par la création, par des étudiants venus de l’autre côté de la Méditerranée, de l’Union des organisations islamiques de France. (…)

Le paysage politique ne reste pas indemne (…). » La question religieuse « resurgit avec force au tournant des années 1980-1990. Elle devient le support d’un questionnement sur l’hypothèse "multiculturaliste". (…) Certains développent un discours d’ouverture. (…) Inspirés par les philosophies post-hégéliennes de la reconnaissance, ceux-ci entendent bien faire droit à la demande de la publicisation des singularités religieuses et culturelles : c’est, de leur point de vue, une phase nouvelle dans l’histoire des droits de l’homme. (…) D’autres, en revanche, tiennent un langage d’opposition. (…) leurs auteurs défendent l’idée d’une accession par l’école à un "monde commun", fondé sur une conception universaliste de la liberté et de l’égalité. (…)

La controverse se poursuit, d’autre part, sur la scène étatique. Ses acteurs reprennent souvent, sans y faire totalement allégeance, les argumentations émanant de la sphère intellectuelle. (…) Les autorités gouvernementales, sous contrainte cependant des évolutions de l’opinion, ont défini un référentiel d’intervention qu’on appellera (…) intégrationniste, dont elles ont traduit les déterminations dans la législation positive. (…) L’intervention récente de l’État à l’égard de l’islam dessine en fait un régime ambivalent de régulation : (…) elle lui accord des "bénéfices" et lui impose des "restrictions", en s’agençant sur le fondement d’un double dispositif d’interdictions et de reconnaissance. »

Mis à jour le 18/03/2016

 

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