Les actions humanitaires et de solidarité pourraient entrer dans le cadre d’un service civil obligatoire

Les actions humanitaires et de solidarité pourraient entrer dans le cadre d’un service civil obligatoire.

Photo : Antoine Agoudjian/Rapho © La Documentation française

Agrandir l'image

Dans sa préface au rapport de l’amiral Béreau sur le service civil obligatoire, le président du Conseil d’analyse de la société Luc Ferry synthétise les différents arguments échangés dans le débat.

« En faveur de la création d’un service civique obligatoire, on avance généralement trois arguments qui ne manquent pas de force – ce qui, pourtant, ne préjuge en rien, comme on va le voir, des difficultés que le projet peut par ailleurs rencontrer :

  • le premier rappelle la nécessité d’un «creuset républicain ». Le service militaire était un des rares lieux, peut-être même le seul, à assurer une forme réelle de brassage social. Cette institution une fois suspendue, il ne reste plus guère que l’école à assurer une telle fonction, mais nous savons qu’elle le fait dans une mesure et avec une efficacité moindres ;
  • on souligne, ensuite, que nous vivons sans cesse davantage dans un monde où la conscience de ses droits se développe de manière exponentielle tandis que décroit dans les mêmes proportions celle des devoirs. Les jeunes entrent dans une société où les «branchements sont déjà faits», le plus souvent sans avoir conscience de ce qu’ils doivent à la collectivité dans laquelle ils vont prendre place : les avantages qu’ils en retirent apparaissent dès lors plus comme un dû que comme une dette. Or rien, et notamment pas l’argent, fût-ce celui des impôts, ne peut remplacer l’engagement personnel en faveur du collectif pour favoriser une prise de conscience de ce que nous lui devons ;
  • enfin, c’est un constat banal sans doute, mais cependant juste, la crise des autorités – de l’autorité en général – est telle qu’il n’est pas inutile d’en rappeler la nécessité à l’aide d’institutions autres que celle d’une famille qui, sur ce point comme sur quelques autres, est manifestement en difficulté.

A ces exigences fortes, il faut bien avouer que le service civil seulement volontaire, quels que soient par ailleurs ses mérites, ne répond pas. Il peut aider des jeunes à donner du sens à leurs vies, il peut leur permettre de se sentir utiles à la collectivité, mais, par sa nature même qui exclut toute forme de contrainte, il n’aborde ni la question de la réciprocité des droits et des devoirs, ni celle de l’autorité. Cela dit, l’idée d’obligation se heurte à son tour à au moins deux objections aussi évidentes que sérieuses – sans même évoquer le risque non négligeables de conflits politiques majeurs :

  • la première part du constat que le service militaire fut créé dans un contexte bien particulier, celui d’un patriotisme fort, et avec une finalité bien précise : la défense de la Nation. Les valeurs patriotiques sont largement en déclin, et, s’agissant de notre défense, l’armée de métier a pris aujourd'hui le relais. Comment, dans ces conditions, justifier la restauration d’un service national obligatoire, fût-il civil, sans donner à la jeunesse le sentiment qu’il s’agit d’une brimade du monde des adultes à son endroit ? Le débat, à tout le moins, mérite d’être ouvert ;
  • la seconde objection est plus triviale, mais, dans la période actuelle de déficit budgétaire, sans aucun doute incontournable : comme le montre notre rapport, le service national coûte cher, et même très cher. Ce n’est pas en soi une objection absolue, mais on ne peut pas non plus continuer à faire comme si nous pouvions indéfiniment éluder les choix difficiles».

Source : Luc Ferry, préface de « Faut-il instituer un service civil obligatoire ? », Conseil d’analyse de la société, 2006.

Dans son étude, Alain Béreau évalue le coût total d’un appelé au service civil à 10 500 euros par an, comprenant une rémunération mensuelle de 350 euros. Il estime à quelque 600 000 garçons et filles la population qui pourrait être appelée à accomplir ce service chaque année. Cette période pourrait concilier des activités d’information ou de formation et une participation à une tâche en situation de travail au service de la communauté (aide à la personne, action dans les quartiers défavorisés, action humanitaire…)

Mis à jour le 16/10/2006

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires