Le thème de la pauvreté dans les analyses de la Banque mondiale remonte aux années soixante-dix, avec la présidence de Robert McNamara.
Depuis, la problématique de l'éradication de la pauvreté a pénétré l'ensemble des organisations internationales : du Sommet du Millénaire à New York (6-8 septembre 2000) au Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg (26 août-4 septembre 2002) en passant par la Conférence de l'OMC à Doha (9-13 novembre 2001) ou encore celle de Monterrey sur le financement du développement (18-22 mars 2002). Ainsi, depuis 1997, le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) a mis au point un nouvel instrument de mesure de la pauvreté, l'indice de pauvreté humaine.

Un tournant : le rapport 2000 de la Banque mondiale

« Les pauvres veulent faire entendre leur voix », déclarait James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, lors de l'Assemblée générale de Prague, en septembre 2000.
Dans le rapport de la Banque mondiale 2000-2001 sur le développement intitulé "Combattre la pauvreté", la réduction de la pauvreté est désormais présentée comme la raison d'être de la Banque mondiale.
La Banque, qui reconnaît les insuffisances des stratégies fondées sur les politiques d'ajustement structurel, credo des années 90, réhabilite des idées qui étaient combattues par la doctrine ultralibérale des années 80.

Camembert de la répartition des pauvres dans le monde

Camembert de la répartition des pauvres dans le monde.

Agrandir l'image

Selon ce rapport, « Alors que de nombreux pays jouissent d'une prospérité sans précédent, 2,8 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, ont moins de deux dollars par jour pour vivre. 1,2 milliard d'entre elles subsistent à grand peine avec moins d'un dollar par jour. La richesse mondiale, les liaisons internationales et les capacités techniques n'avaient jamais connu un tel développement. Pour autant, on ne peut qu'être frappé par l'inégalité de la répartition de ces bienfaits. Le revenu moyen des 20 pays les plus riches est 37 fois plus élevé que celui des 20 pays les plus pauvres, écart qui a doublé au cours des 40 dernières années.

Les progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté sont très inégaux suivant les régions. 
En Asie de l'Est, le nombre de gens qui subsistent avec moins d'un dollar par jour est tombé d'environ 420 millions à quelque 280 millions entre 1987 et 1998. 
En Amérique latine, en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, en revanche, le nombre des personnes défavorisées ne cesse d'augmenter.
Quant aux pays d'Europe de l'Est et d'Asie centrale en transition, ils ont vu se multiplier par plus de 20 le nombre des pauvres vivant dans la pauvreté. »

La nouvelle stratégie préconise que la réduction de la pauvreté doit tenir compte des conditions économiques spécifiques et de la situation sociale du pays. Elle doit être définie par les différents groupes sociaux, dans le cadre d'une démocratie participative. Enfin, les objectifs économiques et les objectifs sociaux sont, en théorie, placés sur le même plan.
L'objectif est de parvenir à réduire au moins de moitié, d'ici à 2015, le nombre des habitants des pays en développement vivant dans la misère. Il s'inscrit dans le cadre des Objectifs de développement internationaux pour 2015, approuvés par les Nations unies et d'autres instances internationales.

Les objectifs du Millénaire des Nations unies pour le développement : une nouvelle charte internationale du développement

Le sommet des Nations unies du Millénaire a repris à son compte la philosophie du PNUD. "Civiliser l'économie mondialisée ou garantir que la mondialisation devienne une force positive pour tous les peuples du monde" préconise la Déclaration du Millenaire.
Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), adoptés par les 191 Etats membres des Nations unies, constituent un agenda ambitieux pour réduire la pauvreté, ainsi que ses causes et manifestations. 

OBJECTIFS DU MILLENAIRE POUR LE DEVELOPPEMENT 
1. D'ici 2015, réduire de moitié, par rapport à 1990, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour et la proportion de la population qui souffre de la faim. 
2. Assurer l'éducation primaire pour tous d'ici à 2015. 
3. Éliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire d'ici à 2005, si possible, et à tous les niveaux de l'enseignement en 2015, au plus tard. 
4. D'ici 2015, réduire de deux tiers, par rapport à 1990, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans. 
5. D'ici 2015, réduire de trois quarts, par rapport à 1990, le taux de mortalité maternelle. 
6. D'ici 2015, stopper la propagation du VIH/sida, maîtriser le paludisme et d'autres grandes maladies, et commencer à inverser la tendance actuelle. 
7. Assurer un environnement viable en intégrant les principes du développement durable dans les politiques et programmes nationaux et en inversant la tendance actuelle à la déperdition des ressources environnementales. 
8. Mettre en place un partenariat mondial pour le développement. 
New York, septembre 2000

En 2004, les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs sont mitigés. Certains pays sont en voie de réaliser une partie des objectifs, mais aucun des objectifs du Millénaire pour le développement ne devrait être atteint, au rythme où les progrès sont accomplis à l'heure actuelle au niveau mondial. Les raisons, nombreuses, comprennent de manière récurrente l'insuffisance et l'inefficacité des dépenses publiques, un fardeau de la dette écrasant, un accès insuffisant aux marchés dans les pays développés, et une diminution de l'aide publique au développement. 

Critiques émanant de la CNUCED (Conférence des Nations sur le commerce et le développement)

Dans une étude publiée en septembre 2002 "De l’ajustement à la réduction de la pauvreté : qu’y a-t-il de nouveau ?", la CNUCED préconise, elle, une approche plus audacieuse de la part de la communauté internationale.
Les experts de la CNUCED ont étudié le cas de 27 pays africains ayant appliqué une stratégie de réduction de la pauvreté : ils estiment qu’après deux décennies de programmes d’ajustement structurel, « la pauvreté a augmenté, la croissance est le plus souvent lente et erratique, les crises rurales se sont aggravées et la désindustrialisation a mis à mal les perspectives de croissance. »

La CNUCED critique l’approche fondée sur les "Documents de stratégie de réduction de la pauvreté" (DSRP), qui réaffirme la nécessité de réformes structurelles visant à accélérer l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale par la libéralisation, la déréglementation et la privatisation, éléments présentés comme essentiels pour une croissance soutenue et rapide. Constatant que la croissance ne profite pas automatiquement aux pauvres, elle insiste davantage sur la fourniture de services publics d’éducation primaire et de soins de santé
Elle met également l’accent sur le principe de "responsabilisation" de la société civile et des pauvres.
Les experts constatent que les analyses d’impact social ne font pas encore partie intégrante des DSRP.
Selon la CNUCED, un accroissement des dépenses publiques à tous les niveaux reste le moyen le plus sûr de réduire les inégalités de revenus.
Elle émet par ailleurs des réserves quant à l’insistance des bailleurs de fonds sur l’amélioration de la gouvernance en tant que préalable à une croissance soutenue. "Imposer une norme institutionnelle commune à des pays dont les situations varient sera certainement contre-productif", estiment les auteurs de l’étude. 
Pour eux, l’idée selon laquelle lutter contre la corruption en réduisant les ressources et les responsabilités gouvernementales va entraîner les améliorations souhaitées est totalement fallacieuse. « Ce qu’il faut, affirment-ils, ce n’est pas une administration gouvernementale plus petite, mais une administration gouvernementale de qualité. »
La CNUCED recommande la réduction de la conditionnalité politique afin de simplifier la mise en place de mesures adéquates à chaque pays et d’y renforcer le sens de la responsabilité politique. A cela doivent s’ajouter un appui international financier plus substantiel, l’amélioration de l’accès aux marchés des pays développés et une réduction plus importante de la dette qui continue à peser sur les économies africaines.

Les limites de la lutte contre la pauvreté

Le rapport de la Banque mondiale "World Development Indicators 2003". montre que les années 1990 ont été marquées par un recul rapide du nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour dans le monde, leur nombre ayant baissé de 1,3 milliard en 1990 à 1,16 milliard en 1999. Mais ce progrès a été réalisé en grande partie en Chine et en Inde. En fait, le nombre des pauvres est passé de 6 à 24 millions en Europe de l'Est et en Asie centrale, de 48 à 57 millions en Amérique latine, de 5 à 6 millions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et de 241 millions à 315 millions en Afrique.
Pour l'horizon 2015, le rapport indique que si le rythme de la croissance économique se maintient, le nombre des personnes vivant dans l'extrême pauvreté diminuera probablement dans toutes les régions du monde, sauf en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où les taux de croissance prévus ne seront pas suffisants pour endiguer la progression de la pauvreté.

Nombre de millions de personnes ayant moins de 1 dollar par jour pour vivre

Nombre de millions de personnes ayant moins de 1 dollar par jour pour vivre

Groupes de pays en développement

1990

1999

Prévisions
2015

Asie de l'Est et Pacifique

486

279

80

(Chine non comprise)

110

57

7

Europe de l'Est et Asie centrale

6

24

7

Amérique latine et Caraïbes

48

57

47

Moyen-Orient et Afrique du Nord

5

6

8

Asie du Sud

506

488

264

Afrique subsaharienne

241

315

404

TOTAL

1292

1169

809

Source : Banque mondiale, 2003

Mis à jour le 22/04/2012

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires