La crise de Kargil (1999)

A l'issue de la guerre du Bangladesh, les relations entre les deux États connaissent une plus grande stabilité. De mai à juillet 1999, c'est une nouvelle dégradation de la situation au Cachemire qui conduit l'Inde et le Pakistan à s'affronter. Une fois de plus, le conflit, de moindre importance que les précédents, se conclut par une défaite d'Islamabad.

"Le conflit du Cachemire connut, à l'été 1999, de nouveaux développements violents lorsque des militants cachemiris, soutenus par l'armée pakistanaise dirigée par le général Musharraf, s'infiltrèrent au-delà de la Ligne de contrôle et s'emparèrent de positions montagneuses au moment de la fonte des neiges. Cette action mit fin à la tentative de détente amorcée en juillet 1998 entre le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif et le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee. L'Inde réagit très fermement en engageant des moyens importants, notamment aériens. La tentative pakistanaise de remettre en cause la situation du Cachemire fut condamnée par la communauté internationale. Les États-Unis, notamment, exercèrent une forte pression et obtinrent le retrait des militants et de l'armée pakistanaise. Le recul du pouvoir civil face aux pressions internationales lors de la "crise de Kargil" est d'ailleurs l'une des raisons du coup d'État militaire ayant porté le général Pervez Musharraf au pouvoir en octobre 1999."

Les conséquences du 11 septembre 2001

Les attentats perpétrés contre les États-Unis le 11 septembre 2001 par Al-Qaida et la guerre que Washington a, en représailles, livré en Afghanistan contre le régime des talibans qui accordait alors sa protection à l'organisation terroriste, ont fortement influé sur les relations indo-pakistanaises. En dépit d'une opposition interne, le gouvernement de P. Musharraf a clairement choisi d'appuyer les États-Unis dans leur lutte contre le terrorisme international.

Pervez Musharraf rejoint le camp des États-Unis

"Les attentats du 11 septembre et la guerre en Afghanistan ont eu des conséquences très graves sur la situation intérieure du Pakistan, sur la situation au Cachemire et donc sur les relations indo-pakistanaises, provoquant l'une des plus graves tensions entre les deux pays depuis la crise de Kargil en 1999 […]. Le gouvernement du général Musharraf, soumis à des pressions américaines très fortes a très rapidement choisi de mener le combat contre le terrorisme au côté des États-Unis, en mettant à leur disposition l'espace aérien pakistanais et des bases au sol. Il les a également assurés de son soutien pour contrôler la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan. Assumant ce choix difficile et se désolidarisant des talibans, le Pakistan a pu obtenir rapidement la levée des sanctions diplomatiques et économiques qui le frappaient depuis les essais nucléaires de 1998 et qui avaient été aggravées après le coup d'État de 1999. Il a également pu obtenir la poursuite et l'augmentation de l'aide internationale, lui permettant de faire face à ses échéances financières alors que le pays était confronté à un important afflux de réfugiés afghans et à une grave crise économique liée au conflit."

Tensions politiques et violences

"Cependant, ce revirement de politique étrangère, qui s'est traduit par des mutations au sein de l'armée et notamment à la tête des services secrets militaires, a provoqué d'importantes tensions politiques qui se sont traduites par des attentats contre des personnalités étrangères ou des intérêts étrangers. C'est dans cette perspective que l'on doit comprendre la prise d'otage et l'assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, puis l'attentat à la grenade dans un temple protestant du quartier diplomatique d'Islamabad en mars 2002 et enfin les terribles attentats à Karachi contre les employés de DCN en mai et en juin [2002] devant le consulat des États-Unis."

La crise de 2002

"Les attentats du 11 septembre et la guerre en Afghanistan ont eu des retombées sur la situation au Cachemire puisque progressivement, au cours des années 1990, des liens s'étaient établis entre les talibans, Al-Qaida et les différents militants du djihad au Cachemire en raison de sa proximité géographique. Le Cachemire est rapidement apparu comme le terrain de repli potentiel des militants islamistes. Trois attentats, deux au Cachemire et un à New Delhi, le 12 décembre 2001, contre le Parlement indien, ont conduit les deux pays au bord d'un conflit ouvert, nécessitant une médiation internationale active."

Après ces violences, l'Inde et le Pakistan mobilisent et massent des centaines de milliers d'hommes de part et d'autre de la Ligne de contrôle.

Après l'intervention des États-Unis, la détente ?

Fin 2002, les relations entre l'Inde et le Pakistan connaissent une détente indéniable, grâce à la mobilisation de la communauté internationale, et notamment l'intervention des États-Unis (témoignent des efforts diplomatiques réalisés par Washington le voyage effectué dans la région, en mai, par le secrétaire d'État Donald Rumsfeld et la demande, présentée par George W. Bush au président Musharraf, de faire cesser les attaques terroristes commises au Jammu-et-Cachemire). En octobre-novembre, les deux pays retirent une large partie des troupes déployées. Début mai 2003, nouveau signe de détente, l'Inde et le Pakistan rétablissent leurs relations diplomatiques, interrompues depuis 2001. Fin novembre 2003, les deux États décident d'observer un cessez-le-feu de part et d'autre de la Ligne de contrôle. Les 5-6 janvier 2004, en marge du 12e sommet de l'Association de l'Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC) organisé à Islamabad, le président P. Musharraf et le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee annoncent la reprise d'un "dialogue global" entre les deux pays (incluant le différend du Cachemire), fondé sur la disparition des hostilités et de la violence, le Pakistan s'engageant à empêcher l'utilisation de son territoire par des groupes terroristes.

Source : l'ensemble des citations de cette page est extrait du rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

La relation avec l'Inde connaît une période d'apaisement

« Conscient que les affrontements directs avec l'Inde à propos du Cachemire ont chaque fois débouché sur des échecs militaires, le président Moucharraf a ouvert un dialogue qualifié de "composite" avec New Delhi. Ce dialogue prend acte du différend existant sur le Cachemire, mais part du principe qu'il ne fait pas, ou plus, obstacle à l'examen des autres problèmes bilatéraux. Le président Moucharraf a ainsi répondu favorablement, en 2003, à une initiative du Premier ministre indien de l'époque, Atal Behari Vajpayee. Les conversations, amorcées en janvier 2004, se sont poursuivies avec le nouveau gouvernement indien, issu des législatives de mai 2004. Elles ont abouti à une décision symbolique : l'ouverture d'une ligne d'autocars reliant les "capitales" des Cachemire indien et pakistanais, Srinagar et Muzaffarabad. L’Inde a également porté secours aux populations cachemiries pakistanaises touchées par le séisme d'octobre 2005. Cependant, la question du Cachemire reste entière. Le Pakistan continue de demander à la communauté internationale de s'en saisir au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui fondait la décision de l'ONU en 1948. Celle-ci prévoyait qu'un référendum déciderait de l'avenir du Cachemire. Mais l'Inde s'y étant toujours fermement opposée, la communauté internationale laisse aux deux pays le soin de régler la question entre eux. Le Cachemire cessant d'être un préalable, les relations indo-pakistanaises connaissent une détente propice à la solution des autres problèmes, notamment un développement de leurs échanges commerciaux ».

Source : Rapport d'information du Sénat, n° 316, fait au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées à la suite d'une mission effectuée du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan.

Mis à jour le 01/03/2007

 

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