Retour
 
 

Richesses de l’Arctique : réalités et contraintes

[L'Arctique, un nouvel Eldorado ?], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Etudes géologiques dans l'est du Groenland.
© F. Delbart / IPEV

Agrandir l'image

Longtemps l’exploitation des richesses énergétiques et minérales de l’Arctique s’est limitée aux bassins anciens. Bien que de nouveaux gisements soient connus, ils sont restés inexploités du fait de l’importance des investissements nécessaires à leur mise en activité. Aujourd’hui, l’épuisement programmé des gisements en cours d’exploitation et le réchauffement climatique rendent les richesses arctiques plus attractives. Cependant, les contraintes liées aux conditions climatiques extrêmes demeurent et de nouvelles incertitudes concernant l’impact du réchauffement sur les installations de production viennent tempérer les attentes.

Pétrole et gaz, quelles réserves ?

Comme le souligne Eric Canobbio dans la revue Documentation photographique "Mondes arctiques, miroirs de la mondialisation" « les inventaires géologiques font apparaître de nouveaux bassins d’opportunités, en particulier pétroliers. En Alaska, au Yukon, dans le détroit de Mackenzie au Canada, dans la plaine de l’Ob en Sibérie, de nouveaux gisements se précisent. […] Actuellement s’opère un glissement progressif des productions nordiques gazières et pétrolières vers les hautes latitudes et du continent vers l’exploitation offshore. ».Yvette Vaguet fait remarquer pour sa part, dans l'article " Russie : les incertitudes climatiques dans l'Arctique pétrolier" (Grande Europe, avril 2010) que « trois des quatre premières régions de l’économie du Nord sont russes (la quatrième est en Alaska) et produisent à elles seules, 60 % du PIB circumpolaire (arrondissements [okrougs] des Khantys-Mansis et des Iamalo-Nenets, République de Sakha)... Le secteur pétrolier contribue à hauteur de 23 % au PIB de la région Arctique dans son ensemble (Alaska, Norvège et Russie). »

Plateforme de forage russe hautement résistante à la glace

Plateforme de forage russe hautement résistante à la glace.

© Gazprom

Agrandir l'image

Les ressources russes sont recensées par Pascal Marchand dans "La Russie et l'Arctique" publié dans le n° 1066 du Courrier des Pays de l’Est (mars-avril 2008, La Documentation française) :  « En Arctique russe, les ressources de gaz offshore inventoriées se montent à 17 000 - 20 000 milliards de m3, auxquelles s’ajoutent les 10 000 milliards de la presqu’île de Iamal, soit l’équivalent de 50 ans de la production russe actuelle. […] Leur exploitation est maintenant à l’ordre du jour, sachant que le débit des gisements de Sibérie occidentale qui assurent l’essentiel de la production actuelle va commencer à décliner. Les ressources arctiques constituent le seul relais connu à ce jour, mais leur mise en valeur représente un défi inédit. Gazprom n’a pas de savoir-faire dans le domaine de l’exploitation offshore et aucune expérience à une telle échelle et à une latitude aussi nordique n’a jamais été tentée de par le monde. L’investissement nécessaire à la mise en valeur des ressources de la seule presqu’île de Iamal, sur la terre ferme, est évalué à plus 70 milliards de dollars. L’aventure dans les mers arctiques sera d’une tout autre dimension. Le dérapage des coûts de préparation à la mise en production du gisement gazier de Sakhaline, lui aussi dans une zone de glaces dérivantes, laisse présager des montants colossaux. [...]
Les réserves de pétrole inventoriées à ce jour sont plus modestes. Celles, offshore, découvertes dans la mer de Barents, sont estimées à 400 millions de tonnes et celles du bassin de Timan-Petchora, dans l’arrondissement autonome des Nénets, qui entrent progressivement en service, s’élèveraient à 700 millions de tonnes d’un pétrole très lourd. Le gisement le plus important, Khariaga, est exploité par Total, mais l’extraction y est ralentie en raison de la saturation des oléoducs terrestres. Pour contourner cet obstacle, un port pétrolier a été construit à Varandeï, mais il n’est accessible qu’à des tankers de 20 000 tonnes, et les glaces interdisent la circulation plus de six mois dans l’année. »

Etats-Unis (Alaska)

Depuis 1977, les Etats-Unis exploitent le gisement de Prudhoe Bay en Alaska, le plus important gisement pétrolier du pays et la zone 1002, territoire littoral (Camdem Bay), contiendrait de six mois à trois ans de la consommation étatsunienne et beaucoup de gaz.

Norvège

Alors que les réserves de l’Atlantique Nord déclinent, la Norvège, grande exportatrice de gaz et de pétrole, a lancé en 2006 un plan stratégique norvégien en faveur du Grand Nord, qui consacre la région de Barents comme la nouvelle province énergétique de l'Europe.

Minerais et diamants

Vue aérienne de la ville minière de Norilsk (Russie)

Vue aérienne de la ville minière de Norilsk (Russie).

© 2010 Norilsk Nickel

Agrandir l'image

L’Arctique détient de grandes réserves de minerais dont la majeure partie se situe en Russie, comme le gisement polymétallique de Norilsk, localisé au nord du cercle polaire arctique, par 69°21’ de latitude nord.
Selon Pascal Marchand, « Norilsk est le premier site d’extraction des minerais non ferreux en Russie, très loin devant l’Oural. Sur les six places d’excellence que la Russie détient parmi les producteurs mondiaux de certains métaux (nickel, palladium, platine, rhodium, vanadium, cobalt), cinq sont dues à ce gisement. »
L’Arctique recèle également d’importantes réserves de diamants, comme le souligne Eric Canobbio : « sur les vingt mines les plus rentables du monde, quinze sont des mines de diamants... La Russie et le Canada, respectivement premier et troisième producteurs mondiaux de diamants, détiennent des gisements dans des régions en carence de moyens de transport… Au Canada, Diavik, au nord-ouest du pays, dispose d’une mine de diamants à ciel ouvert, à 210 km au sud du cercle polaire, qui contiendrait 6 % des réserves mondiales ! »

Autre source de revenus non négligeable pour les populations locales, le tourisme, pour lequel l’Arctique détient un fort potentiel. Ainsi, en 2008, 1,9 million de personnes se sont rendues au Groenland et en Laponie.

Une exploitation difficile

Les conditions climatiques sont difficiles. En Russie, La plupart des sites de forage se trouvent à 200 km au nord de Novy-Ourengoï. Située au delà du cercle polaire, cette région offre des conditions extrêmes : usines et écoles sont fermées lorsque la température descend en dessous de – 42° C°.

Exploitation par Gazprom du champ gazier d’Ourengoi (Russie) situé à proximité du cercle polaire arctique

Exploitation par Gazprom du champ gazier d’Ourengoi (Russie) situé à proximité du cercle polaire arctique.

Agrandir l'image

L’ampleur des investissements que nécessitent les forages offshore sous ces climats et l’évacuation des hydrocarbures jusqu’aux centres de consommation a contraint les Etats à des montages financiers faisant appel à des capitaux extranationaux, limitant de fait leur indépendance de décision. Comme le fait remarquer Eric Canobbio : « L’importance des investissements dans les exploitations et les infrastructures industrielles boréales imposent des alliances industrielles de type Statoil (Norvège)-Total (France)-Gazprom (Russie), société créée en 2008 pour exploiter le site russe de Shtokman). »
Par ailleurs, le réchauffement climatique n’a pas que des côtés positifs dans la mise en exploitation des richesses de l’Arctique. Comme le souligne Yvette Vaguet, « La facilitation des transports du fait de la diminution de la glace maritime (notamment via la route maritime du Nord-Est) amènera aussi des inconvénients. […] Le réchauffement climatique améliorerait certes l’accès aux vastes réserves d’hydrocarbures que recèle la plateforme continentale océanique (quelque 18 000 milliards de m3 de gaz juste pour la partie sibérienne). Toutefois, il induirait aussi la multiplication des icebergs – qui constituent un danger pour les installations – et une remontée du niveau de la mer, submergeant alors des champs de production terrestres [...] de plus, la fonte du pergélisol pourrait entraîner des déformations des sols, lesquelles fragiliseraient les installations humaines (bâtiments, tubes). »

Tanker contenant 16,5 millions de litres de fuel échoué en Alaska, après que des glaces dérivantes l’aient détaché de ses amarres, 2006

Tanker contenant 16,5 millions de litres de fuel échoué en Alaska, après que des glaces dérivantes l’aient détaché de ses amarres, 2006.

Agrandir l'image

Enfin, le risque de catastrophe écologique plane toujours sur la région. En Alaska, les populations locales sont encore traumatisées par la marée noire de l’Exxon Valdez en 1989 qui a déversé 41 millions de litre de brut au sud de l’Alaska et dont les traces sont toujours visibles. Elles craignent beaucoup les projets de forage de compagnies pétrolières en mer de Beaufort (nord de l’Alaska) et en mer des Tchouktches au nord du détroit de Béring.
Pour leurs représentants, comme Martha I. Falk de la tribu des Inipiats, « Dans l’Arctique, il n’y a pas de technologie prouvée pour répondre à une marée noire. Nos baleines, nos phoques, nos ours et tout l’écosystème seraient frappés. »

 

 

 

Mis à jour le 23/01/2012

 

Autres contenus apparentés

Ressources complémentaires