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L’Afrique du Sud, un pays leader en Afrique

[L'émergence des BRICS : focus sur l'Afrique du Sud et le Brésil], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Les chefs d'Etat et de gouvernement du Brésil, de Russie, d'Inde, de Chine et d'Afrique du Sud, G20, juin 2012.
Photo : Roberto Stuckert Filho © AFP

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L’arrivée au pouvoir en 1994 de Nelson Mandela a marqué le retour sur la scène africaine de l'Afrique du Sud. Parallèlement à sa démocratisation réussie, l’internationalisation de son économie alliée à l’influence de la place financière de Johannesburg, installent le pays au niveau des grandes nations émergentes.

Les grands groupes miniers, moteurs de la croissance

Gratte-ciel à Prétoria

Gratte-ciel à Prétoria.

© Wikimedia Commons

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Philippe Gervais-Lambony, dans l’article "Une puissance émergente à l’échelle mondiale" (Documentation photographique n° 8088, La Documentation française, juillet-août 2012) indique que « L’économie de l’Afrique du Sud reste caractérisée par l’existence de cinq grands conglomérats financiers qui, à eux seuls, représentent près de 80 % des capitaux boursiers sud-africains. Ces groupes naguère régionaux sont devenus des acteurs globaux. L’exemple de l’Anglo American plc illustre cette tendance. Le groupe est né en 1917 de l’exploitation aurifère puis a pris le contrôle de la société De Beers, premier producteur mondial de diamants. Les activités minières ont été diversifiées tout au long du siècle, avec l’exploitation des mines de cuivre de Zambie dans les années 1930, puis la prise de contrôle de mines de platine, la création de la société Amcoal pour l’exploitation du charbon dans les années 1950 et celle de Mondi, filiale à l’époque spécialisée dans le bois, la fabrication de pâte à papier, pulpe et autres produits dérivés, dans les années 1960. En 1961, l’Anglo American rachète la Hudson Bay Mining au Canada, puis, dans les années 1970, s’implante en Amérique latine. Après 1994, l’internationalisation s’accélère : les acquisitions de mines en Amérique latine se multiplient, ainsi qu’en Australie et en Afrique (au Mali et surtout au Ghana avec l’achat du groupe Ashanti Gold en 2003) ; par ailleurs, le développement des secteurs de l’emballage et des matériaux de construction est considérable. Jusqu’en 1998, les intérêts du groupe en Afrique étaient contrôlés par l’Anglo American elle-même ; un autre groupe (Minorco) était chargé des intérêts hors d’Afrique (à l’exception du diamant). Mais en 1998, les deux branches ont fusionné, en même temps que le siège social de la société quittait Johannesburg pour Londres. Ce mouvement reflète la part croissante des activités non africaines qui, depuis 2003, représentent plus de 50 % des profits de l’Anglo American plc qui reste le premier producteur d’or, de platine, de charbon (privé) et de diamants du monde.
Cette internationalisation n’est pas unique parmi les grands groupes sudafricains. Elle s’appuie sur un des éléments clés de l’émergence économique de l’Afrique du Sud : le Johannesburg Stock Exchange (JSE), la bourse de Johannesburg. (…)
C’est grâce à eux [les grands groupes] et au JSE que l’Afrique du Sud a pu intégrer en 2011 le groupe des BRICS, malgré sa très petite dimension par rapport aux géants brésilien, russe, indien et chinois.
Appartenir à ce groupe a bien sûr des avantages économiques, liés aux complémentarités de ses membres. L’Afrique du Sud a été invitée par la Chine à rejoindre les BRICS pour une raison claire : l’ouverture sur les marchés africains et l’accès aux matières premières dont elle a tant besoin pour maintenir sa croissance. Mais les enjeux sont aussi géopolitiques : être un BRICSc’est se donner un rôle de leader en Afrique, être parmi les nouvelles puissances mondiales au profit desquelles les équilibres planétaires semblent être en train de basculer, avoir un pied dans les grandes organisations internationales. L’Afrique du Sud espère ainsi obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Cette démarche répond à une double logique. Celle d’un pays émergent pour contrebalancer le poids des pays du Nord ; le Brésil et l’Inde y sont associés. Celle d’un pays africain pour la représentation du continent dans cette instance ; l’Afrique du Sud y est en concurrence avec le Nigeria ».

La Bourse de Johannesburg et les marchés mondiaux 

La bourse de Johannesburg, 2007

La bourse de Johannesburg, 2007.

© Wikimedia Commons

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Dans la même revue, Russel Loubser, président directeur général de la bourse de Johannesburg de 2000 à 2011, décrit la place prise dans la finance internationale par cet organisme : « L’Afrique du Sud est chaque jour présente sur les marchés globaux, je suis donc toujours impatient de lire le rapport annuel du Forum économique mondial sur la compétitivité. Dans cette véritable Coupe du monde financière, l’équipe d’Afrique du Sud est en compétition avec 138 autres pays (…). Il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles dans le rapport 2010. Les bonnes nouvelles concernent surtout la catégorie “Développement des marchés financiers”, où je suis fier de dire qu’en terme de régulation de la sécurité des échanges, l’Afrique du Sud (et donc le Johannesburg Stock Exchange ou JSE [bourse de Johannesburg]) est arrivée première ; sixième pour la protection des actionnaires minoritaires ; sixième pour la solidité du secteur bancaire ; septième à la fois pour le financement sur le marché local des capitaux et pour la disponibilité des services financiers. Nos comptables peuvent aussi être salués, car ils sont arrivés premiers en termes de qualité des audits et du reporting […].
Du côté des mauvaises nouvelles, l’Afrique du Sud a perdu neuf places au classement global et se classe 54e. Nous sommes 137e pour la qualité de l’éducation en sciences et mathématiques et 138e en termes d’impact du HIV/Sida sur les affaires. Comme le met en évidence le rapport, par ordre d’importance, les cinq facteurs les plus problématiques pour faire des affaires en Afrique du Sud sont : une bureaucratie gouvernementale inefficace ; une force de travail aux compétences inadaptées ; la criminalité ; des lois du travail restrictives et la corruption ».

 L’Afrique du Sud et le continent africain

« La puissance économique de l’Afrique du Sud contribue fortement à son leadership en Afrique » écrit Philippe Gervais-Lambony dans l’article "L’Afrique du Sud, en Afrique australe et en Afrique", (Documentation photographique, n° 8 088, juillet-août 2012. « Parmi les 500 premières entreprises africaines, 127 sont sud-africaines ; elles réalisent à elles seules plus de 60 % du chiffre d’affaires de ces 500 entreprises. Le second pays dans ce classement est l’Algérie, loin derrière. La domination de l’Afrique du Sud sur le continent se vérifie dans tous les secteurs : agro-industrie, textile, industrie du bois et du papier, travaux publics, production électrique, mines, chimie, téléphonie, transport, assurance, banque. Or, les grandes entreprises sud-africaines, parapubliques ou privées, ont profité de la fin de l’apartheid pour se développer sur le continent africain, comme on le voit à travers les exemples d’Eskom, de Shoprite, de Sasol et de Vodacom/MTN.

Dans tous les cas, on distingue une première aire d’influence, ancienne, en Afrique australe : de nombreux pays de la région, malgré leurs politiques officiellement hostiles à Pretoria, en sont toujours restés dépendants (Namibie, Malawi, Swaziland, Botswana, Lesotho, Zimbabwe) ou le sont redevenus, à l’instar du Mozambique. Cette aire d’influence correspond à l’Union douanière d’Afrique australe (Southern African Custom Union, SACU) élargie à une partie de la Communauté de développement d’Afrique australe (South African Development Community, SADC). Au-delà, l’expansion est récente. La compagnie parapublique Eskom, premier producteur d’électricité du continent, illustre ce nouvel essor. Sa domination est complète en Afrique australe et, depuis 1994, elle se développe au-delà : en République démocratique du Congo (barrage d’Inga), au Nigeria, en Afrique du Nord. C’est à l’échelle continentale qu’elle s’efforce de connecter ses réseaux. La chaîne de distribution Shoprite, groupe privé, suit la même stratégie : elle est implantée dans quinze pays d’Afrique et ses supermarchés diffusent des produits sud-africains du Ghana à l’Ouganda. Vodacom (contrôlée à 35 % par l’État sud-africain) et MTN, groupes leaders sur le marché sud-africain de la téléphonie mobile, se disputent le marché africain depuis seulement quelques années. Sasol, enfin, est une société parapublique, créée sous l’apartheid pour assurer l’approvisionnement énergétique du pays mais aussi la capacité de production industrielle dans le domaine chimique ; c’est aujourd’hui le premier groupe chimique du continent. Il est d’autant plus présent dans l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures que ceux-ci manquent à l’Afrique du Sud. À cette liste de groupes, il faudrait ajouter les grands conglomérats miniers (comme l’Anglo American plc) ou les groupes agroalimentaires (comme la South African Breweries) ».

Le Sud-Africain, mal-aimé en Afrique

Le Parlement sud-africain au Cap

Le Parlement sud-africain au Cap.

© Wikimedia Commons

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Dans l’encadré "Etre Sud-Africain en Afrique, c’est comme être Américain dans le monde" de la même revue, Simon Allison fait une confidence : « C’est un secret [… que] la plupart des Sud-Africains ne connaissent pas. En tout cas, le voici : le reste de l’Afrique ne nous aime pas beaucoup.
Être Sud-Africain en Afrique, c’est comme être Américain dans le reste du monde. On nous regarde avec un mélange d’envie et de ressentiment. Nos richesses et nos pouvoirs par rapport au reste du continent nous permettent la plupart du temps d’imposer notre bon vouloir. Dans tous les pays où je me rends, je me retrouve entouré de symboles de la réussite sud-africaine : bouquet de télévision satellite sud-africain DStv dans ma chambre d’hôtel, centres commerciaux où s’alignent les enseignes sud-africaines comme Shoprite, M. Price et Nandos, grands panneaux publicitaires pour le géant de la téléphonie mobile MTN et la banque Standard Bank. Il n’est pas difficile de voir pourquoi les Africains le vivent mal. Encore une fois, cela ressemble aux relations d’amour-haine qu’entretient la majeure partie du monde avec l’Amérique. Amour pour Hollywood, amour pour la chaîne de télévision musicale MTV, amour pour McDonald’s. Haine de l’arrogance américaine, de l’influence de l’Amérique, de sa richesse et de sa politique étrangère servant des intérêts égoïstes. Une dichotomie similaire existe entre l’Afrique du Sud et l’Afrique. Amour pour la chaîne de télévision M-Net et pour la chaîne de restauration rapide Debonairs, mais haine de la puissance que cela confère au gouvernement sud-africain ».

Mis à jour le 31/08/2012

 

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Ressources complémentaires