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Le Sahel sur la carte du monde

[Le Sahel, un enjeu international], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Touareg au téléphone cellulaire.
© AFP Photo Georges Gobet

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Immense bande de terre aride s’étendant de l’océan Atlantique à la mer Rouge, le Sahel est formé de cinq pays parmi les plus pauvres du monde, que peuple une mosaïque d’ethnies dont l’économie est basée sur la rente et la subsistance.

Une géographie déterminante

Gérard-François Dumont, professeur à l’université de Paris-Sorbonne, trace les contours géographiques du Sahel dans l’article "Des dynamiques sociodémographiques génératrices d’instabilité" paru dans Questions internationales (n° 58, novembre-décembre 2012, La Documentation française).« Dans sa stricte définition géographique, le Sahel est par conséquent assez bien délimité, même si son étendue peut évoluer au fil des variations climatiques. Faute de pouvoir disposer de statistiques à l’échelle exclusive de la région, il est plus difficile d’appréhender ses dynamiques sociodémographiques. C’est la raison pour laquelle la géo-démographie doit prendre en compte non le Sahel mais les pays dont une partie significative du territoire est sahélienne. Le mot Sahel peut alors avoir un périmètre resserré recouvrant cinq États, allant de la Mauritanie au Soudan en passant par le Mali, le Niger et le Tchad. Il convient alors de noter que la proportion du territoire du Soudan de nature sahélienne s’est nettement accrue depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, puisque celui-ci se situe en dehors du Sahel. Le périmètre ci-dessus exclut le Sénégal, le Burkina Faso ou le Nigeria, pays dont seule une partie minoritaire du territoire peut être considérée comme sahélienne ».

Un environnement fragile

Arbres morts dans le bush au Burkina-Faso

Arbres morts dans le bush au Burkina-Faso.

© Wikimedia Commons

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Dans l’article "Défis écologiques : environnement fragile, populations vulnérables" paru dans Questions internationales (n° 58, novembre-décembre 2012, La Documentation française), Lucile Maertens, doctorante et chercheuse à Sciences-Po Paris et à l’université de Genève, explique que « le Sahel marque une zone de transition entre le sud du désert saharien et la ceinture soudano-sahélienne moins aride. Il se caractérise par une pluviométrie se situant entre 200 et 600 millimètres par an. Les précipitations ont lieu pendant la saison des pluies et les plus fortes d’entre elles sont enregistrées au mois d’août. Ces conditions climatiques difficiles semblent communes à cette région ; toutefois, les inégalités – notamment en termes de PIB et de développement humain – demeurent et on ne peut attribuer au seul climat ces différences régionales. De même, si les études portant sur le changement climatique et la sécurité au Sahel se multiplient, elles ne concluent pas pour autant à un simple rapport de cause à effet. Les défis environnementaux au Sahel et leurs conséquences socio-économiques et politiques s’insèrent dans des rapports complexes d’influence mutuelle entre des populations vulnérables et un environnement fragile (…).

Le renouvellement des ressources naturelles sahéliennes connaît d’autres défis environnementaux. La pauvreté des sols du Sahel en carbone et en nutriments fragilise leur fertilité. Elle amoindrit également leur résistance face aux précipitations torrentielles de la saison des pluies difficilement absorbées. Sujets à la détérioration et à l’érosion, les sols, en particulier de la zone aride, sont aussi menacés par la désertification et l’intrusion des sables. Ainsi, alors que l’on a observé un déplacement vers le Sud de 20 à 25 kilomètres des zones écologiques sahélienne, soudanaise et guinéenne durant la seconde moitié du XXe siècle, on estime qu’en Afrique 46 % des terres sont vulnérables à la désertification. Cet ensablement progressif met également en péril certains des principaux bassins hydrographiques de la région que constituent le lac Tchad, les fleuves Niger – troisième plus grand bassin africain –, Sénégal et Gambie. Alors que la surface du lac Tchad a diminué de 90 % depuis 1963 et que le lac Faguibine au Mali est resté à sec entre 1976 et 2004, les autres ressources hydriques sont tout aussi instables. Les aquifères peu profonds dépendent intégralement des précipitations annuelles et les anciens bassins sédimentaires séculaires sont peu accessibles du fait de leur profondeur ».

Une économie de survie

Dogons portant des ballots de fourrage

Dogons portant des ballots de fourrage.

© Wikimedia Commons

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Pour Gérard-François Dumont, la première caractéristique socio démographique des pays du Sahel est leur pauvreté. « En effet, alors que la moyenne mondiale du revenu national brut (RNB) par habitant, en parité de pouvoir d’achat (PPA), est de 10 760 dollars en 2010 selon les statistiques de la Banque mondiale, les RNB des pays sahéliens varient entre 2 410 dollars par habitant pour la Mauritanie et 720 dollars par habitant pour le Niger. Le RNB le plus élevé est celui de la Mauritanie, pays sahélien disposant d’une façade maritime sur l’océan Atlantique. Le deuxième niveau de RNB des cinq pays considérés s’observe au Soudan, avec 2 030 dollars par habitant, ce pays bénéficiant aussi d’une façade maritime, mais sur la mer Rouge, et disposant de rentes pétrolières. Ces deux pays ont un RNB supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (1 970 dollars par habitant), mais inférieure à la moyenne de l’Afrique (2 630 dollars par habitant). Les trois autres RNB sont extrêmement faibles. Celui du Tchad, en dépit de ses exportations de pétrole, n’est que de 1 220 dollars par habitant. Celui du Mali est seulement de 1 030 dollars par habitant. Le plus faible RNB est celui du Niger, pays qui dispose pourtant de mines d’uranium, d’étain ou de fer. Le Mali, le Niger et le Tchad souffrent d’une situation d’enclavement qui handicape leur développement économique et conditionne, voire fragilise, leur posture géopolitique ».

Alain Antil, directeur du programme Afrique subsaharienne de l’IFRI, et David Vigneron, doctorant en géographie politique (UMR IDESS 6266), université de Rouen, exposent dans leur article "Le Sahel, entre rentes et économie de subsistance", in Questions internationales (n° 58, novembre-décembre 2012, La Documentation française), les raisons de la faiblesse économique du Sahel. « Que l’on prenne comme référence le PIB par habitant en dollars courants ou l’indice de développement humain (IDH) du PNUD, les États sahéliens se retrouvent parmi les 40 pays les plus déshérités de la planète. Au Sénégal, en Mauritanie, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, un peu plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 2 dollars par jour. Les facteurs explicatifs les plus fréquemment avancés sont de nature extrêmement diverse et semblent parfois autant des conséquences que des causes des infortunes des économies nationales. Souvent réductrices, voire erronées en ce qui concerne la place excessive accordée au facteur climatique, ces grilles de lecture méritent d’être dépassées au profit de l’analyse des interactions complexes entre champs politique et économique. (…)

Les quatre registres suivants, quoique réducteurs, sont fréquemment utilisés pour évoquer les difficultés des économies sahéliennes.

• L’analyse spatiale. L’enclavement des pays sahéliens est une réalité, même pour des pays comme le Sénégal et la Mauritanie présentant des façades maritimes. Une part non négligeable des territoires nationaux est très médiocrement innervée par les infrastructures de communication, ce qui se traduit par des coûts élevés de transport qui se répercutent sur le prix des produits importés et distribués sur les territoires.

• L’analyse de l’offre de services. La situation des infrastructures de transport est à l’image de la qualité des services que peuvent offrir les États sahéliens à leurs populations. Que l’on évoque les secteurs de la santé, de l’éducation, du logement, des politiques publiques de soutien à l’économie et en particulier à l’agropastoralisme, la capacité des États à offrir des services est limitée. Les investissements sont souvent extrêmement mal répartis sur le territoire et favorisent seulement quelques villes.

• L’analyse en termes de contraintes extérieures. Elle souligne que les politiques économiques libérales imposées par les institutions de Bretton Woods dans les années 1980-1990 ont contribué à l’effondrement des capacités des États à réformer leurs sociétés.

• L’analyse agro-écologique. Même si le déterminisme simpliste de cette posture est depuis longtemps dénoncé, certaines agences et des analystes insistent encore sur l’aléa climatique et ses conséquences sur le couvert végétal pour expliquer les piètres résultats d’économies où l’agropastoralisme occupe la majorité de la population active ».

Une mosaïque ethnique

Doctorante rattachée au CERI de Sciences-Po Paris, Pauline Poupart met l’accent sur la diversité ethnique de la zone sahélienne, dans l’article "Identités religieuses, ethniques, tribales au cœur des crises", paru dans Questions internationales (n° 58, novembre-décembre 2012, La Documentation française). « Les habitants du Sahel se distinguent en plusieurs centaines de groupes ethniques, dont l’inventaire exact demeure difficile dans la mesure où certains de ces groupes doivent être eux-mêmes distingués en sous-groupes.

En Mauritanie, les deux tiers de la population sont réputés maures, mais cette proportion inclut la plupart des Haratines, serviteurs noirs descendants d’esclaves qui vivent au service de leurs maîtres, les Beidanes, Maures blancs pour la plupart. Les Noirs occupent plutôt la bordure sahélienne et la vallée du Sénégal et se trouvent sous la domination des Maures depuis l’indépendance. La Mauritanie est donc traversée de rivalités entre les Maures, les Arabo-Berbères et les Négro-Africains. (…)

Au Mali, on distingue en général 23 ethnies réparties en cinq principaux groupes : mandingue (Bambara, Soninké, Malinké, Bozo), pulsar (Peul, Toucouleur), voltaïque (Bobo, Sénoufo, Minianka), saharien (Maure touareg, Arabe) et songhaï. Les neuf dixièmes de la population, des Noirs sédentaires, se concentrent dans le sud du pays, dans le “Mali utile” en termes de potentialités agricoles. Le groupe le plus nombreux est celui des Mandingues, environ les deux cinquièmes de la population du Mali, dont une composante est formée des Bambaras. (…)

Au centre de l’espace sahélien, le Niger est un territoire tripolaire composé à l’ouest des Djerma-Songhaïs, environ 22 % de la population totale du pays, au centre et à l’est des Haoussas, 56 %, et au nord des Touaregs, environ 10 % de la population. Le Niger compte aussi d’autres ethnies comme les Fulas, les Kanouris, les Toubous ou les Gourmantchés. (…)

Au Tchad, l’une des caractéristiques marquantes de la population tient à une différenciation en trois zones de peuplement. […] Dans la moitié Nord du pays, la zone saharienne, soit 47 % de la superficie totale du Tchad, […] abrite seulement 5 % de la population. L’étude de ces trois zones conduit à distinguer de très nombreux groupes ethniques, sans doute plus d’une centaine, dont la recension reste difficile. (…)

Au Soudan, pays indépendant depuis 1956, une première distinction conduit à distinguer les Noirs, environ 52 % de la population, les Arabes, 39 %, et les Bejas, 6 %. »

Mis à jour le 07/05/2013

 

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