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Asie : le nouveau défi populiste

[Le populisme dans le monde], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Foule à Rome, Italie, 1968.
© Wikimedia Commons

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Alors que les effets de la mondialisation ont fait trébucher cette région, le populisme s'observe aussi en Asie orientale, au service de projets nationalistes. Entre 2013 et 2016, Najib Razak en Malaisie, Prayuth Chan-o-cha en Thaïlande, Narendra Modi en Inde et Rodrigo Duterte aux Philippines ont conquis le pouvoir dans des pays qui s'étaient pris au jeu démocratique.

« L’Asie, dans sa diversité, est parcourue par un mouvement commun : la reviviscence des nationalismes (Inde, Chine, Japon…) et, de façon inédite, l’expansion des populismes. À l’instar d’autres régions du monde, elle associe ces deux éléments, qu’elle configure dans une relation particulière. Les crispations idéologiques et les interactions conflictuelles qui en découlent désorientent les opinions publiques et les gouvernements. Elles inspirent un rapport au monde lourd de tensions et de menaces. »

Le syndrome national-populiste en Asie orientale

Rodrigo Duerte est président de la République des Philippes depuis 2016

Rodrigo Duerte est président de la République des Philippes depuis 2016.

© Wikimedia Commons - 2016

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« Le nationalisme reste une idéologie bien vivante en Asie. Il est même en voie de réinvestissement. Stimulés par la globalisation et l’émulation qu’elle implique, les États-nations redoublent d’ardeur pour affirmer leur singularité et leur souveraineté, ressenties comme toujours menacées et devant être défendues à tout prix. (…) Une nouvelle configuration idéologique est aussi apparue en Asie orientale, le populisme, (…) qui y est généralement ressenti comme une attitude légitime et non comme une déviance démocratique. (…)

Source de légitimité, au même titre que la nation et la religion, le peuple souverain a longtemps regroupé tous les habitants du pays. Réduit à l’acception de "couches populaires" », le peuple s’inscrit désormais dans une logique de contestation sociale et exprime une volonté de revanche contre les hiérarchies inégalitaires.

Cette évolution sémantique autorise le " populisme ", une notion qui reste aujourd’hui peu usitée dans le discours public asiatique mais dont la réalité est bel et bien attestée. En revêtant le manteau de légitimité véhiculé par le peuple, celui qui s’en réclame – même s’il n’en provient pas – parle en son nom pour dénoncer le pouvoir en place. Les populistes prennent pour cibles les oligarques, les politiciens traditionnels, les parlementaires, et vilipendent leur corruption et leurs manquements au nationalisme.

Deux versions du populisme se développent. " Par le haut ", les régimes autoritaires invoquent le peuple pour légitimer la dictature. " Par le bas ", les démocraties naissantes génèrent un people power contestataire des élites et porteur des frustrations suscitées par les aspirations déçues. Dans les deux cas, le populisme est un style de communication, plus agressif, sourcilleux, un nationalisme poussé à l’extrême, refusant les admonestations de l’Occident dénoncées comme des ingérences dans les affaires intérieures. »

Philippines : les outrances de Rodrigo Duterte

Najib Razak  est Premier ministre de la Malaisie depuis 2009.

Najib Razak  est Premier ministre de la Malaisie depuis 2009.

© Wikimedia Commons, 2008

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Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte, élu en 2016, est perçu comme le « Punisher », voire comme le Donald Trump philippin. « Il utilise le langage comme une arme de destruction massive contre les élites bien élevées et détentrices du bon goût. Il provoque pour exister et être applaudi, sans paraître tenir compte de la portée de ses propos. Par son irrespect systématique, ses défis permanents et ses bravades tous azimuts, il prétend exprimer la révolte d’une base sociale excédée. Et son intempérance verbale est illimitée. Il a promis de faire exécuter 100 000 criminels et de jeter leurs corps dans la baie de Manille. Les dizaines de journalistes assassinés aux Philippines méritaient la mort, a-t-il affirmé. (…)

Son passé et ses postures lui valent d’être considéré par de nombreux Philippins comme le leader qui dirigera d’une main de fer la lutte contre  " l’oppression des élites, la criminalité et la corruption" . Les électeurs ont également été séduits par ses promesses en faveur du peuple, qu’il a d’ailleurs mises en œuvre dès l’inauguration de son gouvernement : retour sur leurs terres ancestrales des populations déportées par les compagnies minières et forestières, irrigation gratuite pour les petits exploitants agricoles, application rigoureuse des lois écologiques et contrôles de santé gratuits pour les 20 millions de Philippins les plus pauvres. »

Extraits de François Raillon, " Asie orientale : le syndrome national-populiste " et " Philippines : Rodrigo Duterte, un sudiste au pouvoir " , Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.

Mis à jour le 28/04/2017

 

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