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Donald Trump, héritier d’une longue tradition populiste américaine

[Le populisme dans le monde], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Foule à Rome, Italie, 1968.
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Excessif, impulsif, sans expérience politique, Donald Trump n'avait au départ aucune des qualités requises pour prétendre entrer à la Maison Blanche. Sa campagne présidentielle fracassante a pourtant fasciné et préoccupé les Américains et le reste du monde. La "majorité silencieuse" a été sensible à son discours américaniste imprégné d’une rhétorique populiste

Donald Trump, portrait officiel du 45ième président des États-Unis, 2016

Donald Trump, portrait officiel du 45ième président des États-Unis, 2016.

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« Alors que son élection a surpris la plupart des observateurs des États-Unis, Donald Trump s’inscrit dans une longue tradition fondée sur la défense des intérêts américains et de l’"américanisme", tant en politique intérieure qu’en politique étrangère. Sur fond de protectionnisme économique et d’anti-internationalisme, Donald Trump a été porté par une intense mobilisation anti-élitiste, qui n’est pas sans rappeler une rhétorique populiste ancienne que démocrates et républicains ont régulièrement utilisée au cours du XXe siècle. »

Tout d’abord, « les discours de Donald Trump se nourrissent d’une culture politique américaine ancienne fondée sur une vision binaire de la société qui oppose le peuple aux élites et aux possédants et qui, ce faisant, valorise l’outsider qui saura nécessairement mieux œuvrer pour le peuple que les élites prétendument corrompues. Ce populisme moderne est également réactionnaire, fondé sur une angoisse identitaire exacerbée par le contexte international, ainsi que sur un rejet du monde extérieur, de la mondialisation et du multiculturalisme.

Durant toute sa campagne, Donald Trump a rompu avec la doxa républicaine conservatrice, chantre du libre-échange et pourfendeur de l’État-providence. Opposé au monde ultralibéral de la finance, il s’est au contraire posé comme le défenseur du peuple paupérisé et déclassé sous l’effet de la crise de 2008.

Entre Main Street et Wall Street, Donald Trump a misé sur le mécontentement des laissés-pour-compte de la mondialisation, des citoyens ordinaires délaissés par les élites de Washington. Contrairement aux politiciens républicains conservateurs traditionnels, il n’a pas promis de mettre un terme aux programmes sociaux fédéraux et a cultivé l’ambiguïté sur son programme fiscal. »

Donald Trump ne s’est pas seulement saisi des problématiques socio-économiques. « Il incarne un populisme réactionnaire et nationaliste. Sa défense des intérêts des citoyens américains et de l’« américanisme » passe ici par l’isolationnisme en politique étrangère et la protection de la loi et de l’ordre en politique intérieure (…). Pour Donald Trump, les États-Unis n’ont pas à défendre des intérêts qui ne sont pas directement les leurs. Les États-Unis assumeraient ainsi de manière disproportionnée le coût financier de la défense collective. Au cours de sa campagne, il a évoqué l’idée de renégocier les alliances de défense liant les États-Unis à ses alliés, notamment l’OTAN, en envisageant de faire davantage supporter le coût de la défense collective aux nations qui ont, selon lui, trop longtemps profité de la générosité américaine. »

Candidat de la loi et de l’ordre, Donald Trump n’a eu de cesse pendant la campagne électorale de « scander le slogan "law and order", reprochant même à son adversaire Hillary Clinton de ne pas utiliser l’expression. De fait, le discours sécuritaire de Donald Trump s’inscrit dans un contexte de repli sur soi identitaire d’une partie de l’électorat américain. (…) Ses déclarations sur la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine afin d’empêcher l’immigration illégale ont fait date. À la suite des tueries de San Bernardino en décembre 2015 et d’Orlando en juin 2016, il a promis un contrôle strict des entrées sur le territoire américain, notamment l’interdiction d’entrée pour les musulmans et l’instauration de visas touristiques pour les citoyens français.

Les projections démographiques américaines alimentent d’autant plus le repli sur soi identitaire. En 2015, les naissances d’enfants non-blancs dépassaient en nombre les naissances d’enfants caucasiens, selon la terminologie américaine, renforçant ainsi les angoisses d’une majorité blanche devenant de moins en moins majoritaire aux États-Unis. »

Extraits de Tamara Boussac, " Le populisme aux États-Unis, du XIXe siècle à Donald Trump ", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.

Mis à jour le 28/04/2017

 

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