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La montée des populismes : coïncidence ou phénomène mondial ?

Geert Wilders, homme politique néerlandais, fondateur et président du Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV), 2014

Geert Wilders, homme politique néerlandais, fondateur et président du Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV), 2014.

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Depuis plusieurs années, l’expansion des populismes dans le monde semble générale. En Europe, alors que l'Union européenne a célébré le 25 mars 2017 le 60e anniversaire du traité de Rome, des forces plus ou moins ouvertement populistes y ont le vent en poupe dans de nombreux États membres. Ainsi, en 2016, la victoire des partisans du Brexit lors d’un référendum en juin doit entraîner, à brève échéance, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. En Italie, les électeurs ont, en décembre 2016, largement rejeté la réforme institutionnelle proposée par le Premier ministre Matteo Renzi. À chaque élection, ils plébiscitent le Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 stelle) de Beppe Grillo, dont le caractère populiste est assumé. En Autriche, en 2016, le candidat d’extrême droite Norbert Hofer a certes perdu l’élection présidentielle de peu mais son parti, le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreich), caracole en tête des sondages pour les élections législatives de 2018. Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté (PVV) présidé par Geert Wilders, bien que ses résultats aux élections législatives de mars 2017 aient été moins élevés qu'attendus, est devenu la deuxième force du Parlement. En Hongrie  et en Pologne, le Premier ministre Viktor Orbán et le gouvernement issu du parti PiS (Prawo i Sprawiedliwość, Droit et justice) partagent une même rhétorique anti-migrants et anti-européenne. En Allemagne, le parti eurosceptique et national-conservateur AfD (Alternative für Deutschland), après un premier succès aux élections régionales, est dans la perspective d’une entrée au Bundestag lors des élections législatives qui se tiendront en septembre 2017. En France, des dirigeants politiques comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ne cachent pas leur volonté de rétablir un lien direct entre les institutions et le peuple afin de soustraire ce dernier au pouvoir prétendument dévoyé des élites corrompues.

Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, lors d'une partie de pêche dans la République de Touva (Sibérie), 2007

Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, lors d'une partie de pêche dans la République de Touva (Sibérie), 2007.

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Le phénomène ne se limite pas à l’Europe et revêt un caractère mondial. Gilles Andreani (dans "La vague populiste globale : coïncidence ou transformation de la politique ?", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.) dresse un tableau général du populisme dans le monde : « Le succès de Donald Trump à la présidentielle américaine résulte d’une campagne qui a fait une large place à la transgression et à la provocation, et dont les promesses portaient les marques classiques du populisme –rendre la parole au peuple et "donner un grand coup de balai" à Washington –, mais aussi du nationalisme et du protectionnisme. (…) La Russie et la Turquie, deux puissances historiques qui se ressemblent par leur position en lisière de l’Europe, convergent dans une sorte de populisme d’État, particulièrement accentué en Turquie après la tentative de coup d’État de juillet 2016. (…) En Asie, l’on observe une même montée parallèle du nationalisme et du populisme. Les revendications territoriales et les rivalités politiques en Asie du Sud-Est et du Nord-Est mobilisent les opinions. (…) L’Inde a peut-être précédé des évolutions à l’œuvre en Europe, avec (…) l’arrivée au pouvoir de l'homme fort du nationalisme hindou, Narendra Modi. (…) Aux Philippines, Rodrigo Duterte, candidat affiché "des gens d’en bas de l’échelle", vainqueur des élections en mai 2016, a mené une répression sauvage du trafic de drogue qui s’est traduite par des centaines d’exécutions sommaires. » Quant à l’Amérique latine, les différences entre les politiques mises en oeuvre par des dirigeants politiques qualifiés de populistes, de Juan Peron à Hugo Chavez, en passant par Carlos Menem et Alberto Fujimori, sont grandes. Force est de constater que le populisme, qui s’y était longtemps identifié à la tradition du caudillisme, du leader providentiel charismatique, de droite comme de gauche, est récemment revenu en force sous la forme d’un néo-populisme qui tient surtout du discours.

Narendra Modi, actuel Premier ministre de l’Inde, à Odisha, 2013

Narendra Modi, actuel Premier ministre de l’Inde, à Odisha, 2013.

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Il y a évidemment plus qu’une coïncidence entre ces divers phénomènes populistes, ne serait-ce que par la proximité qu’affichent les uns envers les autres certains des leaders et des pays concernés : convergences entre la Turquie et la Russie, considération professée par Donald Trump envers Vladimir Poutine, et partagée par plusieurs mouvements d’extrême droite européens dont le Front national et le FPÖ, soutien de Donald Trump aux Brexiters britanniques, eux-mêmes pris comme références par les gouvernements nationalistes hongrois et polonais. Il y a, sinon une internationale populiste, du moins des connivences.

Aussi vieux que la démocratie, le populisme recouvre toutefois des réalités politiques très diverses. D’une part, il est loin d’être général ou dominant et de nombreux pays dans le monde en sont exempts. D’autre part, il évolue dans le temps : il n’est en effet pas le même en campagne qu’au pouvoir. 

Mis à jour le 28/04/2017

 

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