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Les mutations du populisme en Amérique latine

[Le populisme dans le monde], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Foule à Rome, Italie, 1968.
© Wikimedia Commons

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En Amérique latine, les actuelles tendances populistes prennent origine dans les vieilles cultures politiques autoritaires distinctes mais plus vastes et profondes que leurs seules expressions idéologiques. Alors que la naissance du populisme étatiste dans les années 1930 a été suivie par le populisme néolibéral des années 1990, les années 2000 pour leur part ont connu une coexistence des populismes mais aussi leur affaiblissement.

« L’Amérique latine apparaît depuis plus d’un siècle comme une " terre d’élection " du populisme. (…) Plusieurs générations de dirigeants populistes se sont succédé dans les pays de la région, avec toutefois des différences notables entre des modes de gouvernements étatiste ou néolibéral. Alors que toutes les économies de la région se sont dorénavant ouvertes aux marchés extérieurs, ces deux facettes du populisme latino-américain du XXe siècle sont toujours présentes sur la scène politique du XXIe. »

Deux types de populisme

Obsèques du président argentin Juan Domingo Peron, 1974

Obsèques du président argentin Juan Domingo Peron, 1974.

© Wikimedia Commons

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Deux types de populismes apparus à des moments historiques distincts, ont existé en Amérique latine : un populisme étatiste et un populisme néolibéral. « Le premier, très présent depuis les années 1930 jusqu’à la fin des années 1980, avait pris forme avec un modèle de développement économique centré sur un marché interne protégé, dans lequel l’État était à la fois acteur et régulateur. Le second est apparu dans les années 1990, après l’effondrement du modèle de développement autocentré. Cette décennie est celle au cours de laquelle, à des rythmes divers, toutes les économies de la région se sont ouvertes à la mondialisation, le moteur du développement devenant la présence sur les marchés extérieurs.

On est donc passé d’un populisme ne mettant aucune limite à l’action de l’État à un populisme voulant restreindre au maximum les champs d’intervention de ce dernier. Depuis le début du XXIe siècle, les deux types de populismes perdurent et coexistent dans diverses politiques, mais sont, au fur et à mesure, insuffisants au niveau des politiques mises en oeuvre. Ne demeure vraiment présent désormais que le discours populiste, ressource politique utilisée en Amérique latine peut-être plus qu’ailleurs dans le monde par le leader politique pour accéder puis se maintenir au pouvoir. »

Le discours populiste

Hugo Chavez était président de la république bolivarienne du Vénézuela de 199-2013

Hugo Chavez était président de la république bolivarienne du Vénézuela de 199-2013.

© Victor Soares/ABr - Agência Brasil

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« Que faut-il entendre par discours populiste ? (…) Dans la communication politique populiste, le primat de l’émotion sur la raison est absolument essentiel : le leader s’appuie sur les attentes, les rêves, les frustrations ou les angoisses de son auditoire pour obtenir son soutien. Le corollaire presque inévitable de ce type de discours est le maintien d’une polarisation constante de la société. La rhétorique discursive populiste se situe entièrement dans l’opposition ami/ennemi. L’ennemi, source de tous les maux, peut être externe – la mondialisation, la finance internationale, la bureaucratie de Bruxelles, les États-Unis… – ou interne – les banques, les immigrés, l’establishment. Ce type de discours est promis à un bel avenir dans la majeure partie des démocraties, mais plus encore sans nul doute en Amérique latine. »

La première raison est que dans cette région, comme ailleurs dans presque dans tous les pays, « les partis sont en crise, y compris les partis de masse. Ces formations n’encadrent plus aussi efficacement, ne sont plus des instances d’élaboration de programmes ni de sélection des dirigeants. (..) Les partis sont de plus en plus de simples machines électorales dont la fonction première, à l’occasion des élections, est de constituer des alliances qui ne sont pas nécessairement pérennes. Les candidats ou gouvernants privilégieront donc la communication directe, personnelle, d’autant plus aisée que les medias modernes la facilitent comme jamais auparavant.

Mais à cela s’ajoute qu’un peu partout en Amérique latine on a assisté à un renforcement des exécutifs, les Constitutions leur accordant des pouvoirs importants. Ce que l’on a appelé le decretismo , gouverner par décrets-lois, est devenu une pratique courante dans nombre de pays, en faisant avaliser par le Parlement un "état d’exception " ou des " circonstances exceptionnelles ".

Cette pratique, que l’on retrouve dans nombre de pays d’Europe (lien vers article P@ges Europe sur les états d’exception. Il sera publié début mai 2017), procède autant d’une volonté de gouvernants d’établir un rapport direct avec la population que d’une forme de mépris des Chambres, l’exécutif voulant s’abstraire des freins de la délibération pour agir vite en faisant fi des oppositions. Mais lorsque la Constitution ne le permet pas ou que l’on est en présence d’un "présidentialisme de coalition", le gouvernant cherchera à faire voter ses projets de lois soit en ayant recours auprès des parlementaires aux recettes classiques du clientélisme, soit en s’appuyant directement sur l’opinion publique pour vaincre les résistances à la Chambre.

Si ces pratiques se retrouvent dans d’autres pays, leur utilisation est plus problématique dans les jeunes démocraties d’Amérique latine, compte tenu de la faiblesse de leurs institutions. Après la période de forte croissance qui a renforcé le caractère plébiscitaire des politiques mises en œuvre, le réveil de la société civile et l’austérité risquent de favoriser des politiques à court terme, propices à l’énoncé de solutions simplistes, c’est-à-dire au discours populiste. »

Extraits de Georges Couffignal, " Amérique latine : déclin mais mutations du populisme ? ", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.

Mis à jour le 28/04/2017

 

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