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Une vague populiste en Europe ?

[Le populisme dans le monde], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Foule à Rome, Italie, 1968.
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Depuis quelques années, l’Europe est le théâtre d’une montée en puissance de forces politiques qualifiées de populistes. Elles ont en commun une critique radicale de la démocratie libérale et l’affirmation décomplexée du primat de la défense de l’identité nationale et de la souveraineté par rapport aux instances et enjeux européens.

Italie : un populisme assumé

Logo du MouVement 5 étoiles

Logo du MouVement 5 étoiles.

© Wikimedia Common

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« Souvent qualifié de populiste, le Mouvement 5 étoiles (M5S, Movimento 5 stelle) déconcerte tant ses partisans et ses adversaires que les journalistes, politistes et autres commentateurs. La carrière d’humoriste de son cofondateur et principal porte-parole, Beppe Grillo, et son appétence pour la provocation contribuent à brouiller les pistes : le Mouvement refuse de conclure des alliances électorales et de s’aligner sur le clivage droite-gauche, se présente comme un "non-parti", son règlement est un "non-statut", le comique génois se voulant le "non-leader" d’une "non-association". Ce sens de la dérision, à l’origine de l’identité collective de la formation, ajoute à la perplexité qui accompagne son essor fulgurant, dans un contexte de crise socio-économique et de relative fluidité du jeu politique italien. (…)

Fin 2016, le M5S compte 1 267 groupes locaux, 153 000 membres, 2 000 élus, et administre cinq chefs-lieux de province, dont la capitale, Rome. C’est sans conteste la force politique qui a le plus contribué à la nette victoire du "non" (59 % des voix) lors du référendum constitutionnel du 4 décembre 2016 promu par le gouvernement Renzi.

Bien qu’il soit devenu un prétendant sérieux au gouvernement du pays, le M5S demeure un objet politique mal identifié, et ce pour plusieurs raisons. Primo, il bouleverse le clivage droite-gauche, des leaders du centre-droit y voyant le "pire de la gauche" et leurs homologues du centre-gauche le "pire de la droite". Secundo, attirant et provoquant des attaques politiques et médiatiques de toutes parts, son étude est compliquée par l’absence de toute forme de mise à distance. Tertio, son organisation fait constamment l’objet de luttes intestines, violentes au point de mettre en cause sa pérennité. (…) Quarto, il s’agit effectivement d’un objet et d’un sujet politiques inédits, aux contours flous, empruntant tour à tour ou en même temps les traits d’un blog, d’un fan-club, d’une entreprise commerciale, d’un parti politique et d’un mouvement social.

La configuration que forme le M5S reste exceptionnellement hybride et changeante, mélangeant plusieurs logiques sociales et ressemblant à un champ de forces au bord de l’éclatement, notamment parce que sa coordination et sa pratique de la démocratie directe s’avèrent d’une extrême complexité, chaque membre estimant, souvent haut et fort, avoir voix au chapitre. »

Extraits de Hervé Rayner, " Le Mouvement 5 étoiles en Italie : un populisme assumé ? ", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.

Révolution conservatrice en Europe de l’Est

Robert Fico, Premier ministre slovaque, président du parti Direction – Social-démocrate, (SMER-SD)

Robert Fico, Premier ministre slovaque, président du parti Direction – Social-démocrate, (SMER-SD).

Photo: Andrej Klizan © Wikimedia Common

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« Pendant une vingtaine d’années après 1989, les pays d’Europe centrale et orientale se sont employés à imiter au cours de leurs transitions démocratiques les modèles politiques et constitutionnels occidentaux. Lorsque apparaissaient des signes de "fatigue démocratique", voire des risques de "rechute" dans tel ou tel pays, on attribuait cela aux héritages du passé communiste et au retard des démocraties à l’est du continent. Désormais, avec la poussée des populismes eurosceptiques en Europe occidentale, après le référendum sur le Brexit et l’élection à la présidence des États-Unis de Donald Trump – le jour de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin –, la perspective change et l’Europe centrale passerait presque pour "l’avant-garde" d’un phénomène qui touche les démocraties occidentales. (…)

La Hongrie et la Pologne ont été aux avant-postes de la vague populiste à l’est du continent. Avant même d’arriver au pouvoir à Varsovie en octobre 2015, le parti PiS (Prawo i Sprawiedliwość, Droit et justice) prévoyait d’imiter le modèle hongrois. Leur solidarité ne s’est pas démentie depuis ».

La remise en cause de l’État de droit et un nationalisme souverainiste sont deux thèmes qui unissent le projet de Viktor Orbán en Hongrie et Jarosław Kaczyński en Pologne. La Slovaquie qui les sépare géographiquement connaît une évolution qui n’en est guère éloignée. Le parti Smer – sociálna demokracia (Direction – social-démocratie), que dirige depuis plus d’une décennie Robert Fico, constitue au fond une variante plus modérée du national-populisme de ses voisins.

« Au cours de l’année 2015, la vague migratoire en provenance du Moyen-Orient a constitué un puissant catalyseur de la poussée national-populiste en Europe du Centre-Est. Les dirigeants de ces pays se sont alors présentés comme les défenseurs des frontières face à une "invasion" permise par la défaillance de l’Europe de Schengen et la volonté d’ouverture de l’Allemagne d’Angela Merkel aux migrants, jugée irresponsable. »

Extraits de Jacques Rupnik, " Populismes et révolution conservatrice en Europe de l’Est ", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.

Le Brexit, révélateur d’une crise politique britannique

À l'origine de la fondation du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), qu'il dirige entre 2006 et 2016, il est député européen depui...

À l'origine de la fondation du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), qu'il dirige entre 2006 et 2016, il est député européen depuis 1999.

Photo : Gage Skidmore © Wikimedia Common

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Le Brexit a dévoilé les multiples visages d’une crise politique sans précédent au Royaume-Uni. Au-delà de la crise constitutionnelle et identitaire, le référendum « a révélé l’ampleur d’un profond malaise illustré par l’émergence d’un nouveau populisme, sous les traits de l’UKIP (United Kingdom Independence Party) qui, au-delà de la question européenne, lutte contre l’immigration et pour la sécurité des frontières nationales au nom des intérêts de ceux qu’il définit comme les laissés-pour-compte de la mondialisation.

L’UKIP s’affiche comme le nouveau parti du peuple contre l’élite, notamment celle des partis traditionnels, et interprète le résultat du scrutin comme un désaveu de la classe politique élue à Westminster, puisque plus de 60 % des députés, tous partis confondus, ont déclaré avoir voté pour le maintien du pays au sein de l’Union européenne. »

Extraits d’Agnès Alexandre-Collier, " Le Brexit, symptôme d’une crise politique britannique ", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017,

Autriche : l’instrumentalisation des peurs

« Depuis la fin des années 1980, le FPÖ Freiheitliche Partei Österreich Parti de la liberté d’Autriche) a joué un rôle important dans le système politique autrichien. (…).

Idéologiquement, le FPÖ est un parti anti-Union européenne, anti-immigration, nationaliste, sécuritaire, partiellement critique de la mondialisation et du libéralisme intégral. (…) Le parti attire un électorat très varié : protestataires, perdants de la mondialisation – ouvriers, prolétaires, chômeurs et groupes marginalisés économiquement et socialement –, xénophobes.

S’y ajoutent des bénéficiaires du système ayant peur de perdre soit leurs acquis du passé – retraite, système de santé, économies et placements –, soit leur identité autrichienne – peur de l’acculturation, de l’immigration, de l’islam. Enfin, le style et les discours du leader du part, Heinz-Christian Strache, plaisent aux jeunes, inquiets d’un avenir perçu comme incertain. Le FPÖ est devenu le premier parti chez les moins de 25 ans, chez les chômeurs et les ouvriers et les personnes peu qualifiées. Selon les sondages, il est le premier parti politique autrichien (35 %).

Si l’instrumentalisation des peurs est évidente – par exemple la théorie du remplacement des populations par l’immigration, la montée du chômage –, on ne peut nier le fait que le FPÖ est à l’écoute des craintes collectives et offre aux électeurs des "solutions", comme le repli sur la nation, la préférence nationale, l’enracinement culturel allemand et autrichien, l’ordre social, la sécurité. Il ne fait en revanche pas appel à l’ordre moral de type catholique ou réactionnaire. Les faiblesses du FPÖ sont claires : il reste peu attractif pour les diplômés de l’université, même si l’on observe l’adhésion grandissante des classes moyennes à ce parti. Les femmes et les retraités résistent aussi à son attraction. »

Extraits de Patrick Moreau, " La montée en puissance du parti national-populiste autrichien ", Questions internationales, n° 83, janvier-février 2017.

Mis à jour le 28/04/2017

 

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