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La dauphine d’Angela Merkel s’impose à la tête de la CDU (7 décembre 2018)

L’élection d’Annegret Kramp-Karrenbauer par les délégués chrétiens-démocrates est une victoire pour la chancelière fédérale Angela Merkel. Cette dernière a annoncé souhaiter se retirer de la direction du parti après des revers électoraux de l’Union sociale-chrétienne (CSU) en Bavière, puis de la CDU en Hesse en septembre et en octobre 2018. Elle a également déclaré ne pas souhaiter briguer un cinquième mandat en 2021. Les élections législatives de 2005, 2009, 2013 l’avaient successivement portée au poste de chancelière fédérale.

Des personnalités politiques très différentes en lice

Trois candidats étaient en compétition pour remplacer Angela Merkel à la direction de la CDU. Après une campagne électorale et six conférences publiques régionales, les délégués étaient appelés, le 7 décembre 2018, à voter pour le candidat qu’ils jugeaient le plus apte non seulement à organiser le renouveau et la cohésion du parti  mais aussi à gagner les prochaines élections au niveau européen, régional, puis national :

  • Député depuis 2002, Jens Spahn, 38 ans, ministre fédéral de la Santé, est un « franc-parleur » ambitieux. Ancré à l’aile conservatrice du parti, il représente la nouvelle génération. Il est battu au premier tour avec un résultat très honorable de 157 voix.
  • Âgé de 63 ans, Friedrich Merz est avocat d’affaires. Il fait un retour en politique après avoir été écarté, en 2002, par Angela Merkel qui n'était alors pas encore chancelière, de ses fonctions de chef du groupe parlementaire de la CDU au Bundestag, un poste que la future cheffe du gouvernement revendiquait pour elle-même. Ce libéral favorisé par l’aile économique du parti,  a réussi à convaincre 482 délégués du bien-fondé de sa candidature lors du deuxième tour qui l’a opposé à Annegret Kramp-Karrenbauer.
  • Ce n’était pas suffisant pour battre la Sarroise, ancienne Ministre-présidente de la Sarre qui a dirigé ce Land pendant dix-huit ans. Elle a remporté le vote avec 517 voix. Cette femme politique a passé sa vie près de Sarrebruck, à 10 km de la frontière française. Rattaché définitivement à la République fédérale d’Allemagne (RFA) en 1957, le plus petit Land allemand a une ouverture naturelle vers la France.

Annegret Kramp-Karrenbauer, pragmatique, européenne, francophone

Élevée en 2016 au rang d’officier de la Légion d’Honneur pour récompenser son engagement en faveur de la coopération franco-allemande, la nouvelle cheffe de la CDU n’est pas inconnue en France. Elle est parmi les hommes et femmes politiques allemands qui ont tissé davantage de liens avec le pays voisin que d’autres avant d’arriver au sommet du parti. En tant que cheffe du gouvernement de la Sarre, elle a encouragé une coopération transfrontalière étroite avec la Lorraine et lancé un plan pour généraliser l’enseignement du français dans sa région où 60 % des élèves apprennent à présent cette langue. Pour cette européenne convaincue, la réalité européenne prend une dimension très concrète dans les régions frontalières où elle se vit plus qu’elle ne se commente.

Annegret Kramp-Karrenbauer se présentait en sa qualité de secrétaire générale du parti. Sans expérience ministérielle nationale, elle a été appelée à cette fonction en février 2018 par  la chancelière et a été élue ensuite par 99% des votants.  A. Kramp-Karrenbauer, a construit sa carrière d’abord au conseil municipal de la ville de Püttlingen, puis dans le Parlement régional et ensuite à la tête de la Sarre.

Ouverture d’une ère nouvelle de la vie politique allemande

La dirigeante de la CDU devra d’abord  s’employer à unifier les ailes de son parti dont les aspirations et les objectifs sont distincts. Pour beaucoup de ses membres voire d’électeurs, la politique centriste pendant les années Merkel comportait trop d’emprunts aux propositions de la gauche. Le vote des délégués en faveur de la candidate soutenue par la chancelière a donc été serré. Ensuite, une façon plus collégiale de diriger la CDU et une clarification des profils et de l’offre politiques sont attendues. On reproche en effet à Angela Merkel de s’être attribué non seulement les profits des actions de ses partenaires politiques mais aussi d’avoir effacé les limites entre les différents courants politiques.

L’année 2019 sera une année de mise à l’épreuve pourAnnegret Kramp-Karrenbauer désormais à la tête d’un des plus grands partis conservateurs d’Europe. Les échéances électorales vont se  succéder, débutant avec les élections européennes et celles régionales en Brême le 26 mai 2019 . Suivront les scrutins régionaux au Brandebourg, Saxe et Thuringe à l’automne, trois Länder est-allemands avec une forte présence politique de l’Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne),un parti populiste de droite, aux tendances nationalistes et ethno-nationalistes.

Mis à jour le 14/12/2018

 

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