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La Grande Coalition renouvelée (14 mars 2018)

La chancelière Angela Merkel dirige à présent la troisième Grande Coalition (2005, 2013) qui rassemble chrétiens-démocrates, chrétiens-sociaux et sociaux-démocrates. Sa tentative de former à la suite des élections fédérales du 24 septembre 2017 une « coalition dite jamaïcaine » (Jamaika-Koalition)  réunissant la CDU-CSU, le FDP et Les Verts a échoué malgré des pourparlers intenses qui se sont terminés par le départ du FDP de la table de négociation en novembre 2017.

171 jours pour former un nouveau gouvernement

  • Le 14 mars 2018, Angela Merkel (63 ans), chancelière sortante, est réélue à ce poste au premier tour : 364 des 702 députés présents renouvellent par bulletin secret son mandat une quatrième fois. La Grande Coalition composée de la CDU-CSU  et du SPD réunit 399 des 709 parlementaires qui composent le Bundestag. Angela Merkel obtient ainsi 35 voix de moins que les 399 sièges qu’occupent les trois partis politiques qui forment sa coalition. Au total, 315 députés se sont prononcés contre le renouvellement de son mandat, neuf se sont abstenus.
  • Le 4 mars 2018, les adhérents du SPD approuvent à 66 % l’accord et permettent à la direction du parti de le signer avec ces partenaires le 12 mars 2018. Le document n’est pas contraignant au niveau juridique mais il donne le cadre politique pour le travail gouvernemental des trois partis.
  • Le 9 février 2018, la CDU-CSU et le SPD concluent un accord de coalition intitulé « Un nouveau départ pour l’Europe. Une nouvelle dynamique pour l’Allemagne. Une nouvelle cohésion pour notre pays »  Placée au début des 180 pages du document, l’Europe est une priorité du nouveau gouvernement.

Quelles priorités pour la Grande Coalition ?

L’accord de coalition se présente sous forme de triptyque : « Un nouvel élan pour l’Europe. Une nouvelle dynamique pour l’Allemagne. Une cohésion sociale renouvelée pour notre pays ».

Une coalition pour l’Europe

C’est la première fois que l’Europe figure de manière aussi prééminente dans un accord de coalition. L’ambition du gouvernement fédéral pour relancer l’Europe est présente : la notion apparaît plus de 300 fois dans le document (transformer le Mécanisme européen de stabilité, le « parachute de sauvetage de l’euro », en un fonds monétaire européen, lutter contre le chômage des jeunes en Europe, étendre le programme d’échanges Erasmus+, créer des conditions-cadres pour un SMIC européen …)

Économie et social

Le portefeuille des finances passe des mains de la CDU à celles du SPD, mais l’objectif d’avoir un budget à l’équilibre demeure.

La marge de manœuvre de 45 milliards d’euros sera répartie entre investissement et baisses d’impôts. Le contrat de coalition ambitionne un vaste chantier de rénovation et de renouvellement des équipements publics.

L’accord comprend une « petite » réforme fiscale : l’impôt de solidarité sera limité à partir de 2021 (5,5 % de l’impôt sur le revenu, soit 13 milliards d’euros pour le budget fédéral), une mesure qui allègera les citoyens et les entreprises.

D’aucuns qualifient le nouveau gouvernement de « coalition pour les petits gens qui constituent les classes moyennes ». Des améliorations sont prévues dans le domaine du logement, des retraites. En matière de droit du travail, le recours à des contrats à durée déterminée est plus strictement encadré.

Transition numérique

La transition numérique marque l’accord comme un fil rouge. L’accord de coalition pose les jalons pour une "digitalisation" accélérée (écoles, entreprises, administration, start-up …). En 2017, l’Allemagne est classée au 17e rang sur 35 pays dans le domaine du numérique, dans une étude de la Fédération allemande de l’industrie et de l’Académie allemande des sciences techniques : accès insuffisant au haut débit, fibre optique rare. 

Migration

Si le terme « plafond » en matière de politique migratoire a crispé le débat sur la crise des réfugiés en Allemagne depuis 2015, l’accord affirme l’établissement d’une fourchette annuelle comprise entre 180 000 et 200 000 personnes nouvellement arrivées dans le pays.

Neuf hommes et sept femmes au quatrième gouvernement d’Angela Merkel

La CDU (Défense, Économie et Énergie, Santé, Éducation et Recherche, Agriculture et Alimentation, ministre d’État auprès de la chancellerie) et le SPD (Finances,  Affaires étrangères, Justice et Protection du consommateur, Travail et Affaires sociales, Famille, Environnement) comptent chacun six ministres de plein exercice ; la CSU (Intérieur, Coopération et Développement et Transports et Infrastructure numérique) pour sa part a trois portefeuilles.

La couleur de la coalition (« noir-rouge ») et le nombre de portefeuilles ne changent pas, mais l’équipe gouvernementale, elle, est remaniée et rajeunie, l’équilibre entre expérience et jeunesse étant recherchée. Le gouvernement compte une nouvelle génération de responsables politiques : un trentenaire (Jens Spahn à la Santé) et plusieurs quadragénaires (Katarina Barley à la Justice, Helge Braun à la chancellerie, Julia Klöckner à l’Agriculture, Franziska Giffey à la Famille, Hubertus Heil aux Affaires sociales, Anja Karliczek à l’Éducation, Svenja Schulze à l’Environnement, Andreas Scheuer aux Transports).

Enfin, deux personnalités bien connues en Allemagne intègrent l’équipe: Olaf Scholz quitte la mairie de la ville-État de Hambourg pour le ministère fédéral des Finances et le titre de vice-chancelier, et Horst Seehofer, ancien ministre-président de la Bavière, quitte Munich pour Berlin où l’attend un ministère de l’Intérieur élargi.

En termes de compétences, les juristes conservent la main. Ils sont quatre: Olaf Scholz (Finances et vice-chancelier), Heiko Maas (Affaires étrangères), Katarina Barley (Justice) et Peter Altmaier (Économie). Sur le plan géographique, la grande majorité des ministres sont originaires de l’Ouest à l’exception d’Angela Merkel et de Franziska Giffey (Famille).

Trois Sarrois sur le devant de la scène

Trois personnalités du Land de la Sarre, région frontalière, européenne et francophile, sont appelées sur le devant de la scène politique : le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas et le ministre de l’Économie, Peter Altmaier.

L’ancienne ministre-présidente de la Sarre, Annegret Kramp-Karrenbauer, quitte le siège du gouvernement de Sarrebruck pour être élue Secrétaire générale de la CDU le 26 février 2018 lors du congrès fédéral du parti à Berlin. Elle est désormais  la numéro deux du parti politique après Angela Merkel et prend en charge le renouveau de l’Union chrétienne-démocrate.

Mis à jour le 14/12/2018

 

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