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Des atouts et des handicaps économiques

[L’Algérie, une puissance régionale ], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Bulletin de vote du Président sortant Abdelaziz Bouteflika à l’occasion du scrutin présidentiel de 2014.
© Wikimedia commons

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Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika, en 1999, jamais l’Algérie ne s’était trouvée dans une situation économique aussi grave qu’actuellement. Le pays vit avant tout des richesses de son sous-sol ; les hydrocarbures représentent 98 %  de ses exportations, génèrent environ 70 % des recettes fiscales et contribuent pour moitié au PIB. Confronté à la chute du prix du pétrole à partir de 2014, l’État algérien se trouve en quasi-faillite, incapable à assurer la dépense publique. 

Le pétrolier Minerva Roxanne au large de la Méditerranée (près de la petite Kabylie), 2014

Le pétrolier Minerva Roxanne au large de la Méditerranée (près de la petite Kabylie), 2014.

© Malo

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« L’économie algérienne souffre de nombreux maux. Le modèle d’inspiration socialiste, en fait soviétique, axé dès l’indépendance sur le développement d’une industrie lourde est sinistré. L’État, avec une administration pléthorique souvent incompétente et des entreprises publiques mal gérées, reste maître du jeu. La part du budget de l’État, autour de 40 %, consacrée à subventionner les produits ou services de première nécessité – pain, essence, gaz, électricité –, demeure considérable et permet d’assurer la paix sociale. S’y ajoutent des dépenses à caractère social – aide au logement, aide à la création d’entreprise – également fortes et non contrôlées. Ainsi, une grande partie de la population, dont les revenus directs sont par ailleurs faibles, est en état d’assistanat, en chômage volontaire ou en travail partiel : l’absentéisme dans l’administration et les entreprises publiques est connu et toléré.

La forte dépendance vis-à-vis des hydrocarbures ne fait que croître. Après une période faste qui a duré de 2004 à 2014, le moment de vérité est arrivé avec la chute du prix du pétrole. Cette dépendance est d’autant plus dangereuse que la découverte de nouveaux gisements ne suffit pas à compenser la diminution des réserves.

Enfin, une autre caractéristique est la part considérable de l’économie informelle dans le produit intérieur brut (PIB) : on peut l’évaluer à près de 50 % du PIB algérien. Celle-ci est le fait de vendeurs à la sauvette, d’artisans qui travaillent au noir, de particuliers qui montent avec quelques camions une petite entreprise de transports : elle est tolérée voire encouragée. Cependant, à cette économie « artisanale » s’ajoute une économie souterraine, organisée par l’administration, voire l’armée, en filières très actives, essentiellement à l’importation en provenance de Turquie ou de Chine. Cette situation a naturellement des effets négatifs, avant tout sur le budget de l’État en raison de la fraude fiscale. Mais elle peut avoir des effets positifs, ce qui est le cas actuellement, ce type d’économie souterraine servant dans une certaine mesure d’amortisseur à la crise économique.

Parc naturel, Cap Carbon, 2014

Parc naturel, Cap Carbon, 2014.

© Malo

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L’Algérie n’est toutefois pas dépourvue d’atouts. Son endettement extérieur – moins de 2 % du PIB – est très faible compte tenu de la politique menée par le gouvernement et la Banque centrale pendant les années fastes. Elle a donc une capacité à emprunter en devises qu’elle hésite pour l’instant à utiliser, de peur que sa souveraineté en soit affectée, comme tel avait été le cas lorsque le gouvernement avait mené un bras de fer avec le Fonds monétaire international (FMI) en avril 1994. Celui-ci s’était traduit par un plan d’ajustement structurel, considéré comme humiliant.

Un autre atout est la mise en place d’un réseau d’infrastructures qui manquait au pays : un réseau routier développé et la construction de l’autoroute qui traverse d’est en ouest le territoire algérien ; la création ou l’extension d’infrastructures portuaires ou aéroportuaires, la construction d’universités à travers tout le pays, chaque willaya en disposant d’au moins une : au total près d’une centaine d’établissements d’enseignement supérieur accueillent 1,5 million d’étudiants. S’y est ajouté un programme ambitieux de construction de logements, rendu nécessaire par la croissance démographique et sa concentration dans les agglomérations urbaines qui regroupent actuellement 70 % de la population contre 33 % à l’indépendance.

Par ailleurs, une classe d’entrepreneurs privés émerge avec des succès indéniables, le plus souvent avec l’appui du pouvoir. Le cas0 le plus emblématique est celui d’Issad Rebrab à la tête du groupe Cevital qui, avec une fortune estimée à 3 milliards de dollars, figure parmi les premières fortunes du pays. Son rachat de la marque d’électroménager Brandt et ses investissements à Sétif en ont fait un entrepreneur aux ambitions internationales. »

Extrait de l’entretien de Denis Bauchard publié dans “L’Algérie. Puissance régionale“, Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

Fiche pays

Focus sur l’économie

L'Algérie est une économie ouverte, où le commerce extérieur représente 58 % du PIB en 2016, selon la Banque mondiale. L'agriculture contribue à hauteur de 13 % au PIB et emploie 10,8 % de la population active. Les principales cultures sont le blé, l'orge, l'avoine, les agrumes, la viticulture, les olives, le tabac et les dattes. Le pays est un grand producteur de liège et un important éleveur de bétail.

L'industrie contribue à hauteur de 39 % au PIB, en baisse marquée ces dernières années, et emploie près du tiers de la population active. Le secteur du pétrole et du gaz représente la majorité des recettes budgétaires et la quasi-totalité des recettes d'exportation. L'Algérie est le deuxième plus grand exportateur de gaz du monde. Le secteur tertiaire contribue à près de 48 % du PIB et emploie près de 60 % de la population active. 

Algérie : indicateurs statiques

Algérie : indicateurs statiques

Nom officiel

République algérienne démocratique et populaire

Continent

Afrique

Population

41 267 046 habitants (2017)

Taux de croissance démographique

2,20 % / an

Superficie

2 381 741 km²

Densité

17,33 habitants / km²

PIB

156,080 milliards $USD (2016)

PIB/habitant

3 844 $USD (2016)

Croissance du PIB

3,70 % / an (2016)

Taux de chômage

11,2 % (2015)

Taux de chômage des jeunes (16-24 ans)

29,9% (2015)

Langues officielles

Arabe, Tamazight , Français couramment parlé

Taux d'alphabétisation

80,20 % (2015)

Indice de fécondité

3,10 enfants / femme (2016)

Taux de natalité

26,03 ‰ (2015)

Taux de natalité

26,03 ‰ (2015)

Source : Populationdata.net ; Questions internationales, n°81, p.24.

Mis à jour le 13/03/2019

 

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