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La relation franco-algérienne

[L’Algérie, une puissance régionale ], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Bulletin de vote du Président sortant Abdelaziz Bouteflika à l’occasion du scrutin présidentiel de 2014.
© Wikimedia commons

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Les relations entre l’Algérie et la France se fondent sur des liens humains et historiques sans équivalent. Depuis la fin de la Guerre d’Algérie, elles sont marquées par des rapprochements et des éloignements successifs. La diplomatie n’a que peu de conséquences sur la coopération multiforme entre les deux pays qu'il s'agit des échanges économiques  - la France est le premier fournisseur de l'Algérie et son quatrième partenaire commercial - ou sur les liens étroits noués entre les deux sociétés, notamment à travers la présence en France d'une importante communauté algérienne. 

Le “couple migratoire“ franco-algérien

« En dépit d’un apaisement relatif depuis la fin des années 1990, la relation franco-algérienne reste complexe et influencée par une histoire commune douloureuse. Les tentatives mutuelles de rapprochement se sont certes multipliées et ont favorisé d’importants échanges économiques, mais le lien bilatéral demeure tendu. Afin de faire face aux enjeux sécuritaires liés au terrorisme dans l’espace sahélo-saharien et à la frontière avec la Libye, les gouvernements des deux pays ont engagé un processus de partenariat stratégique. Cependant, des griefs réciproques ainsi que les échéances politiques à venir empêchent d’anticiper les évolutions de la relation à long terme.

Il est difficile d’évaluer le nombre d’Algériens en France, selon que l’on considère les personnes de nationalité algérienne, les binationaux, voire les personnes françaises « d’origine algérienne ». L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) chiffrait en 2008 à 1,7 million le nombre d’immigrés algériens et leurs enfants – au moins un parent né en Algérie –, puis indiquait en 2011 que 3,6 % des enfants nés en France métropolitaine avaient un père né en Algérie. Cette proportion est de 8 à 10 % dans plusieurs départements comme la Seine-Saint-Denis (9,9 %) ou les Bouches-du-Rhône (8,8 %). Des sociologues ou des associations avancent des chiffres incluant binationaux et personnes d’origine algérienne qui oscillent entre 4 et 5 millions, voire 7 millions. Quant aux français inscrits dans les consulats de France en Algérie, depuis plusieurs années ils sont environ 30 000, dont 90 % de binationaux. Ces données, même dans leur imprécision polémique, témoignent du lien qui unit les deux rives.

Rupture impossible, normalisation improbable

Le mémorial du martyr, en mémoire des combattants de la guerre d’indépendance morts pour la libération du pays.

Le mémorial du martyr – monument aux morts surplombant la ville d’Alger érigé en 1982 en mémoire des combattants de la guerre d’indépendance morts pour la libération du pays.

© Fotalia

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Politiquement, chacun des deux pays est présent dans le débat public de l’autre. Une liste non exhaustive des tensions récentes – parfois symboliques, parfois meurtrières – suffit à convaincre : embarras de Paris face aux soubresauts de la vie politique algérienne, depuis la répression de 1988 jusqu’à la réélection d’Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat en 2014, en passant par l’interruption du processus électoral en 1992 et la guerre civile des années 1990 avec, entre autres épisodes, l’assassinat des moines trappistes français de Tibhirine en 1996 ; le détournement de l’Airbus d’Air France Alger-Paris en décembre 1994 ; les drapeaux respectifs brandis ou outragés lors d’événements publics depuis les années 2000 ; la publication en 2001 du livre du général Paul Ausaresses, qui admet et justifie la torture par l’armée française en Algérie ; le projet de loi français du 23 février 2005 qui, dans son alinéa 2 de l’article 4, stipule que les manuels scolaires français soulignent le « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit » ; ce projet avorté fut suivi d’un discours violemment anti-français du président Bouteflika au printemps 2006, évoquant un « génocide de l’identité algérienne » ; la remise en cause de l’apprentissage du français en Algérie pendant les expériences d’arabisation – de l’administration mais aussi des cursus universitaires littéraires – en 1965, puis à nouveau en 1998 ; des projets de musées contestés…

Immigrés algériens en France (2013)

Immigrés algériens en France (2013).

© Qusestions internationales n°81 septembre-octobre 2016

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Derrière les nombreuses tensions demeure, bien sûr, l’ombre de la guerre de 1954-1962, sa mémoire clivante, son instrumentalisation possible. L’historien Benjamin Stora souligne la difficulté de décompter les victimes civiles de la guerre, estimant le nombre de victimes algériennes entre 350 000 et 450 000. La guerre entre le Front de libération nationale (FLN) et le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj aurait tué environ 4 500 personnes en France, 6 000 en Algérie. Le FLN a été tenu pour responsable de la mort ou de la disparition de plus de 30 000 civils algériens. On compte enfin quelque 23 000 militaires français tués jusqu’en mars 1962. Les historiens convergent désormais vers une estimation de 60 000 à 80 000 « harkis » tués en Algérie après le cessez-le feu du 19 mars 1962. Ils seraient environ 45 000 à avoir gagné la France. Près d’un million de Français (Européens et Juifs séfarades) auraient fui l’Algérie, abandonnant leurs biens sur place.

Rupture impossible : la proximité est trop forte, les liens humains trop nombreux. Normalisation improbable : c’est « le passé qui ne passe pas. » La relation franco-algérienne est-elle à cet égard unique ? La relation entre Japon et Corée lui est souvent comparée. Celle entre le Royaume-Uni et l’Irlande, de nature pourtant différente, présente des similitudes possibles. Mais l’intensité de la tension Paris-Alger est rare. »

Extraits de l’article de Frédéric Charillon “La relation franco-algérienne au regard de l’analyse de politique étrangère“ publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

Mis à jour le 13/03/2019

 

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