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Le Sahara, un refuge pour les réseaux jihadistes

[L’Algérie, une puissance régionale ], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Bulletin de vote du Président sortant Abdelaziz Bouteflika à l’occasion du scrutin présidentiel de 2014.
© Wikimedia commons

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Le Sahara est aujourd’hui intégré aux logiques de la mondialisation : des groupes terroristes s’y sont réfugiés et ont constitué des réseaux. Le Sahara représente près de 85 % de la superficie de l'Algérie et couvre la majorité de son territoire. Le Sud algérien alterne entre paysages volcaniques et lunaires, plaines de pierre et de sable d’où jaillissent de magnifiques oasis.

Des racines algériennes

Le Sahara algérienne, 2017

Le Sahara algérien, 2017.

© Wikimedia Commons

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« Le Sahara est aujourd’hui dans les turbulences. Celles-ci sont la conséquence d’une accumulation de difficultés et de défis depuis le début du siècle. L’implantation de réseaux jihadistes sur les frontières des États sahélo-sahariens, et désormais au sein d’États en déshérence, ainsi que les soubresauts politiques consécutifs aux printemps arabes sont les signes les plus visibles de la crise saharienne des années 2010.

La guerre civile, qui a secoué l’Algérie entre 1992 et le début des années 2000, a eu d’évidentes répercussions dans les régions frontalières des États sahélo-sahariens. Au tout début de l’année 1992, l’annulation du second tour des premières élections législatives pluralistes du pays, que le Front islamique du salut (Fis) était sur le point de remporter, déclencha une vague de violences sans précédent qui est généralement connue sous le nom de Décennie noire.

Le jihadisme saharien des années 2000 trouve ses racines dans cette période. Les cellules terroristes liées à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) sont en effet issues pour la plupart du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), né en 1998 d’une dissidence avec le Groupe islamique armé (GIA) qui s’était constitué après l’annulation des élections algériennes. Le GSPC a été l’auteur de nombreux attentats en Algérie. Il s’est replié au Sahara à la fin des années 1990 pour échapper aux poursuites de l’armée algérienne.

Un refuge pour les groupes criminels

Dans les pays du nord du Sahara, les conséquences des printemps arabes sont venues se surimposer à la déstabilisation causée depuis de nombreuses années par l’activité des groupes jihadistes. Dans cette zone géographique déjà tourmentée, l’instabilité s’en est trouvée accrue. Le Sahara connaît un fonctionnement géopolitique de type systémique. Ainsi, la chute du régime de Mouammar Kadhafi, accélérée par l’intervention armée franco-britannique sous couvert de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), a débouché sur la déstabilisation d’une autre région du Sahara en 2012 et 2013, à savoir le nord du Mali ou Azawad. De nombreux Touaregs qui avaient été enrôlés dans l’armée libyenne ont profité de la chute du régime libyen pour s’approvisionner en armes dans les vastes stocks constitués par Kadhafi. Dans le contexte de la sécession de l’Azawad, proclamée par le MNLA le 6 avril 2012, certains d’entre eux, proches des mouvements islamistes au premier rang desquels Aqmi, ont très rapidement marginalisé le MNLA et se sont emparés des villes de Tombouctou, Gao et Kidal, avant d’en être chassés par l’armée française. Ces groupes ont alors profité de l’affaissement de l’appareil d’État libyen pour se réfugier dans ce pays aux frontières désormais grandes ouvertes. Profitant du chaos, le groupe terroriste Daech est à son tour venu s’y implanter en se posant en concurrent d’Aqmi. Le ralliement du groupe islamiste nigérian Boko Haram à Daech en mars 2015 a donné du poids à ce retournement de la puissance terroriste au Sahara.

Tous ces groupes connaissent mieux que quiconque les pistes caravanières du désert. Forts de ce savoir et de leurs relations, ils ont développé de nombreux trafics : marchandises (cigarettes), migrants et drogues – notamment le haschisch marocain et la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud. Afin d’éviter les routes caribéennes de plus en plus surveillées, les cartels sud-américains ont en effet cherché à créer de nouveaux itinéraires transitant par des zones de non-droit échappant à tout contrôle, comme c’est aujourd’hui le cas du Sahara.

Ces trafics participent au financement des groupes jihadistes. Une autre source de revenus provient des rançons obtenues à la suite des enlèvements d’occidentaux.

Vers une surenchère djihadiste

Les espaces de la guerre civile en Algérie de 1993 à 1997

Les espaces de la guerre civile en Algérie de 1993 à 1997

© Documentation photographique - 2006

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Le premier enlèvement d’Occidentaux dans le Sud algérien (trente-deux touristes) a eu lieu en 2003. De nombreux enlèvements ont été perpétrés depuis cette date, ainsi que divers accrochages entre groupes jihadistes et forces armées. L’attaque la plus grave a été menée par le groupe de Mokhtar Belmokhtar, sur le site gazier d’In Amenas en Algérie, entre le 16 et le 20 janvier 2013.

Ces trafics et ces enlèvements sont l’œuvre de groupes plus ou moins affiliés à Aqmi, mais ayant souvent de fortes divergences entre eux. Aqmi est maintenant concurrencé au Sahara et au Sahel par Daech qui a profité du chaos libyen pour s’implanter dans ce pays. Un autre point de fixation jihadiste s’est organisé au sud du Sahara avec Boko Haram, installé dans le nord du Nigeria, qui a fait allégeance à Daech en mars 2015. Ainsi, le Sahara devient-il le théâtre de la concurrence à laquelle se livrent désormais les deux principales nébuleuses terroristes, Aqmi et Daech. »

Extraits de Bruno Lecoquierre, “Le Sahara, un désert mondialisé“, La Documentation photographique, n° 8106, juillet-août 2015.

Mis à jour le 13/03/2019

 

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