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Une grande puissance régionale

[L’Algérie, une puissance régionale ], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Bulletin de vote du Président sortant Abdelaziz Bouteflika à l’occasion du scrutin présidentiel de 2014.
© Wikimedia commons

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L’Algérie est un pays d’Afrique du Nord qui fait partie du Maghreb. Il est bordé à l’est par la Libye et la Tunisie, au sud par le Niger et le Mali, à l’ouest par la Mauritanie, le Sahara occidental et le Maroc. Il est bordé au nord par la mer Méditerranée.

Une position unique en Afrique

« L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique, la seconde population arabe après l’Égypte, un verrou contre le terrorisme. Elle affirme fortement son identité arabo-islamique. Elle est animée par une permanente volonté d’indépendance diplomatique et stratégique. Chacun de ces éléments comporte ses défis et ses contraintes. Dans une région marquée par une instabilité croissante, le pays apparaît comme un pôle de stabilité, tout en restant sous une menace extérieure diffuse et difficile à maîtriser.

Plage, petite Kabylie, 2014.

Plage, petite Kabylie, 2014.

© Malo

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Le gigantisme du territoire algérien, surtout par rapport à ses voisins immédiats du Maghreb, doit être mis en relation avec l’étroitesse de son espace fertile et peuplé, une large et profonde bande côtière au bord de la Méditerranée occidentale. Le Sahara est loin d’être sans ressources. Il est à l’inverse riche en hydrocarbures, mais son immensité, ses frontières ouvertes sur des voisins dont beaucoup sont fragiles et pour certains défaillants sont autant de défis sécuritaires pour le pays. Le Sahara est notamment le chemin de multiples trafics criminels et de migrations incontrôlées en provenance de l’Afrique subsaharienne. En revanche, l’importance de la population algérienne dans son environnement régional est un élément d’influence que le pays ne met peut-être pas suffisamment à profit.

Afrique du Nord et Proche Orient

Afrique du Nord et Proche Orient.

© Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, 2017.

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L’Algérie dispose aussi de la deuxième armée du continent, avec ses composantes terrestres, aériennes et maritimes. Son équipement s’alimente à des sources variées – Russie, Chine, pays européens – avec un grand souci de diversification et un effort de développement national d’une industrie de défense. Le lien entre politique de défense et politique étrangère servie par un réseau diplomatique de qualité est puissant, le souci de cohérence constant, ce qui est un signe parmi d’autres du poids de l’armée dans le pays. Pour les pays tiers, le partenariat avec l’Algérie est recherché, même s’il est incommode en raison d’un souverainisme sourcilleux, et toujours incertain du fait de l’opacité du pouvoir et de son goût pour les menées souterraines. Un souci, le Maroc, l’autre grande puissance du Maghreb, pays frère et rival dont les principes internes et internationaux lui sont opposés – une monarchie à fondement religieux, un enracinement occidental marqué. Mais surtout, considération géopolitique, affleure le désir algérien d’avoir un accès à l’Atlantique, dont la République arabe sahraouie démocratique (RASD) du Front Polisario, qu’elle soutient fermement, serait l’instrument.

Un verrou contre le terrorisme

Dans la décennie 1990, l’Algérie (…) a été frappée par un terrorisme islamique intérieur, celui du Groupe islamique armé (GIA). Il a été la préfiguration d’une expansion plus internationale au début du XXIe siècle jusqu’à nos jours, dont l’origine est davantage moyen-orientale et qui tend à se diffuser dans divers continents, dont l’Afrique. Si l’Algérie semble avoir éradiqué son terrorisme intérieur et permis la réconciliation, la disparition de la menace intérieure n’a pas pour autant éliminé l’instabilité aux frontières et les dangers qui en résultent pour le pays.

L’Algérie est en effet enserrée par des menaces terroristes, qu’elles proviennent de la Tunisie, de la Mauritanie, des pays du Sahel subsaharien, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Daech qui s’implante en Libye. La circulation autour voire à l’intérieur des frontières, la prolifération dans ces espaces des armes de petit calibre liées à l’intervention récente en Libye, la faiblesse des États voisins, toutes ces données créent une tension permanente dans l’environnement immédiat du pays et même en son sein. Dans ces conditions l’Algérie, de par sa position géopolitique, de par sa politique sécuritaire et son poids militaire, apparaît comme un partenaire indispensable et précieux contre des mouvements nomades, fluides et fugitifs, qui frappent, détruisent, tuent, rançonnent et s’évanouissent avant de resurgir un peu plus loin. Les puissances occidentales qui interviennent au soutien des États affectés ont besoin du concours logistique de l’Algérie, des facilités qu’elle accorde, des appuis militaires discrets qu’elle donne. C’est le cas pour la France au Mali, tandis que les États-Unis participent à la surveillance au et du Sahara. »

Extraits de l’article de Serge Sur, Algérie : “un souvenir, un regret“, publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

Singularité algérienne sur la scène arabe

Cheikha Remitti (1923-2006), chanteuse algérienne de raï traditionnel et de bédouin, considérée comme la mère spirituelle du Raï.

Cheikha Remitti (1923-2006), chanteuse algérienne de raï traditionnel et de bédouin, considérée comme la mère spirituelle du Raï. 

© Wikimedia commons

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« Les printemps arabes n’ont que peu affecté l’Algérie et confirment la résilience du régime. Ils lui ont donné l’occasion de réaffirmer ses principes de non-ingérence, de non-intervention et de règlement pacifique des conflits. Mais cette attitude n’a pas empêché un certain traitement différencié. Si Alger a pris le parti des militaires contre les Frères musulmans en Égypte, elle n’est pas allée jusqu’à considérer ces derniers comme une organisation terroriste, se distinguant en cela des pays du Golfe. En revanche, elle soutient la Tunisie transitionnelle. Hormis les critiques formulées par les partis d’opposition algériens concernant le soutien du régime aux militaires égyptiens, ce traitement différencié ne soulève pas de véritables problèmes. Cependant, la manière d’appréhender les crises libyenne, syrienne et yéménite est source de tension avec un certain nombre de pays.

Concernant la Libye, l’Algérie s’est opposée à une intervention étrangère et a affirmé sa neutralité, même si elle a accueilli, pour un certain temps, des membres de la famille Kadhafi. Elle soutient désormais les nouvelles autorités libyennes et continue à militer pour une solution politique inclusive rejetant toute nouvelle intervention. S’agissant du conflit syrien, l’attitude et les principes invoqués sont les mêmes. Toutefois, en continuant à entretenir des relations avec le régime syrien, l’Algérie prend position d’une manière beaucoup plus affirmée que lors du conflit libyen. Face au conflit yéménite, elle a invoqué les mêmes principes au nom desquels elle a rejeté toute participation à l’intervention militaire tout en se prononçant en faveur d’un dialogue inclusif. (…)

S’agissant du terrorisme, ses positions sont diamétralement opposées à celles des pays du Golfe, de l’Égypte et du Maroc, d’où des tensions dans ses relations avec l’Arabie saoudite en particulier. Cette fermeté lui a valu des représailles. L’Arabie saoudite l’a ainsi accusée de ne pas assez lutter contre le financement du terrorisme et a engagé des investissements au Sahara occidental sous contrôle marocain... Ces désaccords viennent se greffer à d’autres contentieux tels que ceux occasionnés par le soutien saoudien aux islamistes algériens dans les années 1990 ou la diffusion continue du salafisme wahhabite. L’Arabie saoudite essaye de sanctionner les États qui ne s’alignent pas sur ses positions. L’islam sunnite non inféodé au royaume est ainsi jugé menaçant, dans la mesure où il reflète la diversité sunnite et remet en cause l’opposition chiite-sunnite structurant sa politique.

Extraits de l’article de Abdennour Benantar, “Les principes de la politique étrangère et de sécurité de l’Algérie mis à l’épreuve “, publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

Mis à jour le 13/03/2019

 

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