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Une société sous tensions

Des espoirs déçus

« L’apparente stabilité du régime algérien voile les dynamiques profondes travaillant une société algérienne éprouvée par une longue guerre civile. La période ouverte en 2011 par les révolutions arabes a suscité autant l’enthousiasme des opposants désireux de voir se reproduire le scénario tunisien, malgré leur faible ancrage, que la crainte de la population, aidée en cela par la propagande étatique, à l’idée d’assister à l’importation du conflit syrien. Le passage de relais entre les élites formées durant l’ère coloniale et celles formées dans l’Algérie indépendante, le dépassement des clivages politiques de l’opposition ainsi que la persistance des inégalités économiques font partie des paramètres à prendre en compte pour envisager l’avenir du pays et, au-delà, celui de la région.

Marché à Alger, 1914

Marché à Alger, 1914.

© August Macke (1887-1914) – Wikimedia Commons

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Si le gouvernement a tenté, après les émeutes de 2011, de désamorcer une fronde sociale qui s’est tout de même maintenue à un niveau significatif dans tout le pays en raison d’un chômage qui touche officiellement près de 30 % des jeunes, la baisse de ses ressources consécutive à la chute du cours des hydrocarbures et la diminution du pouvoir d’achat des salariés rendent incertaine la possibilité d’acheter dans les mêmes termes la paix sociale en échange du statu quo politique. D’autant que le choix d’une politique d’austérité, qui reviendrait sur les subventions de produits de consommation courante suspendrait des projets d’infrastructure et supprimerait les recrutements dans la fonction publique, pourrait avoir des conséquences sociales majeures. »

Extraits de l’article de Nedjib Sidi Moussa, “Une société sous tension. L’illusion de la stabilité algérienne dans une région troublée“, publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

L’apparence de la stabilité

« Les défis sociétaux tiennent en Algérie pour une part à la croissance démographique qui aboutit à ce que nombre de jeunes Algériens aspirent à l’émigration, alors que les pays européens tendent à restreindre l’immigration pour des raisons économiques autant que culturelles. Ils tiennent aussi à ce que l’Algérie est elle-même zone d’accueil de migrants en provenance d’Afrique subsaharienne, immigration qui ajoute à ses difficultés et dont le transit vers l’Europe est de plus en plus difficile. L’Algérie est un pays jeune et sa jeunesse semble manquer de confiance en son avenir, face à un pouvoir à la fois fermé et gérontocratique. S’y ajoute l’emprise de l’islamisme, dont la fraction insurrectionnelle a été combattue et réduite, mais dont la pression sur la société civile et les contraintes sur les mœurs, la liberté individuelle et le statut des femmes restent puissantes. »

Extraits de l’article de Serge Sur, “Algérie, un souvenir, un regret“ publié dans “L’Algérie. Puissance régionale“, Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

Entre modernité et crispation

L'équipe d'Algérie de volley-ball féminin  aux Jeux olympiques de 2012

L'équipe d'Algérie de volley-ball féminin  aux Jeux olympiques de 2012.

© Wikimedia Commons

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« Dans l’Algérie actuelle se mêlent les couches d’inconscient et de conscient construites par l’histoire qui s’est faite. L’Algérie a un passé riche, elle en a une perception ambivalente. Elle est en cela semblable à nombre de sociétés humaines. Le poids du passé a accusé les contrastes entre dévalorisation de soi-même et autovalorisation.

Aujourd’hui, le pays souffre du blocage de la clôture, les jeunes sont obsédés par l’idée de la fuite (al-ḥarraqa, littéralement le « brûlage des frontières »). Et, dans un contexte d’économie productive longtemps laissée à l’abandon, de chômage de masse, de prévalence des trafics, entre islamistes et nouvelles générations souvent avides d’ouverture, entre islamo-arabité et regain de la langue française – « butin de guerre » pour l’écrivain Kateb Yacine (1929-1989) –, les Algériens vivent vaille que vaille. »

Extrait de l’article de Gilbert Meynier, “L’Algérie et le poids du passé“ publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

Mis à jour le 13/03/2019

 

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