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Une transition politique en suspens

[L’Algérie, une puissance régionale ], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Bulletin de vote du Président sortant Abdelaziz Bouteflika à l’occasion du scrutin présidentiel de 2014.
© Wikimedia commons

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Dans le système politique algérien, l’opposition organisée  demeure soumise aux évolutions, blocages, avancées et reculs du régime politique en place. L’ouverture amorcée entre 1989 et 1991 a permis l’émergence d’une opposition plurielle. Mais le radicalisme islamiste et l’explosion de la violence terroriste ont donné aux gouvernants la possibilité de revenir sur les avancées réalisées.

L’apparence de la stabilité

« En Algérie, le défi de la transition politique est à la fois permanent et récurrent. Récurrent avec la question de la succession du président Bouteflika qui se profile. Dans une démocratie ordinaire, une telle succession ne soulève pas de difficulté et s’insère dans le fonctionnement régulier des institutions, elle est prévue et organisée par une votation authentiquement pluraliste. Dans les régimes autoritaires, elle est toujours un moment de doute et de fragilité, avec un risque de saut dans l’inconnu.

Ceci renvoie à une question plus permanente, celle de la démocratie et de l’État de droit, qui sont loin d’être réalisés en Algérie. Le pays a progressé dans cette voie, il existe un certain pluralisme, la liberté des médias est plus forte, mais les verrous autour du pouvoir sont toujours présents, renforcés par les menaces sécuritaires. La dévolution du pouvoir gouvernemental apparaît encore relever d’un processus opaque, et l’élection davantage une ratification qu’une décision. L’indépendance des corps intermédiaires est également sujette à caution, même si le FLN a cessé d’avoir une emprise dominante sur le pays.

L’État algérien est en profondeur un État solide, en dépit des fragilités inhérentes à ce type de régime, fondamentalement autoritaire.

Comment le caractériser ? Deux types de comparaison se proposent. Le premier, contemporain, est le modèle poutinien, régime nationaliste dont le ressort est la frustration après la disparition de l’URSS et la volonté de réaffirmation nationale, appuyée par un fort soutien populaire et relayée par des oligarques qui ont largement tiré profit de la privatisation des richesses collectives. Peut-être y a-t-il quelques éléments communs, notamment avec certaines formes de clanisme et de corruption. La situation est cependant différente. Le président Bouteflika n’a ni le rayonnement ni l’autorité effective d’un Vladimir Poutine, et le problème de l’Algérie n’est pas de transformer un empire défunt en État-nation, il est plutôt celui du développement.

Une deuxième référence possible est un modèle plus ancien, le modèle Atatürk (1923-1938), un pouvoir personnel et même personnalisé, d’apparence civile, appuyé sur un État profond dominé par l’armée, avec un souci de modernisation de la société. Là aussi, quelques éléments communs, notamment quant au rôle de l’armée, colonne vertébrale du régime. Mais on peut douter de sa volonté de moderniser la société, et la société civile algérienne, dynamique et moderne, se définit plutôt en opposition avec le régime.

Fête de village, Grande Kabylie, 2014

Fête de village, Grande Kabylie, 2014.

© Malo

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Le régime algérien ne se compare pas non plus avec ceux de la Tunisie ou du Maroc. L’empreinte étatique du colonisateur, plus forte en Algérie, et les conditions violentes de la décolonisation lui ont donné des traits originaux. L’un de ceux-ci est la violence politique, une certaine dureté des rapports humains, une société sans doute plus égalitaire et plus éruptive que dans les pays voisins. Un autre, d’origine plus ancienne, tient à un pluralisme culturel et social, avec la question kabyle ou de la vallée du Mzab, qui s’ajoutent à un esprit public très politique et volontiers rebelle. Bien sûr, opacité, corruption et clanisme accompagnent le pouvoir. Ce modèle est toutefois loin d’être propre à l’Algérie, il tend même à se développer partout derrière une façade démocratique et pluraliste. Quoi qu’il en soit, l’État a dominé des périodes agitées, il a largement équipé le pays – communications, logements – et favorisé l’éducation d’une jeunesse surabondante. Il reste nombre de défis qui s’ajoutent aux menaces extérieures, le moindre d’entre eux n’étant pas la succession de l’actuel président. »

Extraits de l’article de Serge Sur, « Algérie, un souvenir, un regret » publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016.

La question de l’avènement d’un pouvoir civil

Plage en Kabylie, 2014

Plage en Kabylie, 2014.

© Malo

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« Plutôt que l’avènement d’un régime civil, les péripéties récentes de la vie politique algérienne traduisent des continuités et confirment des évolutions entamées de longue date. Dans le contexte d’incertitude entourant l’état de santé du président Bouteflika, l’armée conserve son rôle central dans le processus de désignation du successeur, ce qui s’est traduit par les tensions qui ont récemment secoué l’institution, et notamment par la dissolution du Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Dans le même temps, compte tenu de la faiblesse persistante des partis politiques, les hauts fonctionnaires formés à l’école de l’État développeur, diplomates et technocrates cooptés par la présidence, continuent à se charger de la gestion du pays.

Quant aux changements constatés, ils accompagnent le processus d’ouverture politique et économique entamé il y a plus de trente ans, sous le président Chadli Bendjedid (1979-1992). Ils concernent en particulier la visibilité politique croissante des hommes d’affaires qui sont présents à la fois au sein de l’entourage présidentiel ou comme hérauts d’une critique d’inspiration libérale. Cependant, cette ouverture ne saurait être sur-interprétée. Rien n’indique que pour mettre en place les réformes qu’ils appellent de leurs vœux, ces libéraux, aujourd’hui “démocrates” autoproclamés, ne seront pas les premiers à s’appuyer demain sur la “démocratie de façade” et le tout sécuritaire. »

Extraits de l’article de Thomas Serre, “Fin de règne en Algérie : la question de l’avènement d’un pouvoir civil“ publié dans « L’Algérie. Puissance régionale », Questions internationales, n° 81, septembre-octobre 2016

Mis à jour le 13/03/2019

 

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